Là où Robert Zemeckis avait échoué en 2024 à incarner le cadre et cœur familial avec "Here – Les plus belles années de notre vie", Joachim Trier parvient -avec une grâce tout-à-fait nordique- à modeler l'âme d'un Lieu. Le cinéaste norvégien dépose couche après couche sur les parois de son œuvre toute sa palette de sentiments enfouis, d'absences traumatiques, de souvenirs latents et de fissures mémorielles. Mélancolies dosées, traits bergmaniens, rapports contrariés du père et de ses deux filles, la retenue des dialogues et la sobriété très scandinave de la réalisation dessine un Décor où l'on s'échappe pour mieux y revenir, l'on déchire le costume pour y dévoiler ses maux, parmi eux l'irrémédiable incommunicabilité des êtres, des proches. En somme, la réflexion sur l'héritage semble péremptoire : une fille ou l'autre, ou les deux peut-être, tiennent éminemment plus de leur nature existentielle et de leur affect que d'une bâtisse-symbole, repère spatial de leurs réminiscences.