Le grand retour de Joachim Trier, qui m'avait frustré avec Back Homes et Julie en 12 chapitres. Thelma était pas mal mais je n'avais pas retrouvé cette incroyable mélancolie qu'il réussissait à déployer dans Oslo. Je le savais capable du meilleur, mais film après film je me disais que c'était peut-être un alignement des astres et qu'il ne referait pas de film aussi bon.
Eh bien j'avais tort, et quel film ! Il ne se passe pas grand chose pourtant il parvient à retranscrire toute l'émotion des personnages, tous ces non-dits; cette souffrance familiale jamais avouée, qui empêche de se construire sainement. il ne se passe pas un instant sans qu'on soit suspendu à un regard, une parole ou un geste.
Et que dire de la direction et du jeu d'acteurs, notamment ceux qui incarnent Gustav et Nora, qui sont exceptionnels alors que ce sont des personnages très sobres, presque mutiques par moments, mais qui parviennent pourtant à dégager énormément d'émotion, à donner beaucoup. Car s'il est sobre, le film est aussi généreux avec le spectateur, sans jamais tomber dans le pathos, alors que c'est un sujet et un dispositif qui le pourraient largement.
Aussi, les plans sur les bâtiments, les pièces, la maison, tout en sobriété, font vivre le lieu, espace abritant tous les secrets, tous les gestes et habitudes du quotidien que personne ne voit. En étant vidés des personnages, cela redonne paradoxalement du corps à ces derniers, une réalité; à travers leur passage dans ces lieux qu'ils habitent, ils y laissent une trace de leur existence. Contraste d'ailleurs avec le plateau de tournage à la fin, dont les décors, une fois sortis du dispositif filmique ne dégagent rien.
On est vraiment sur un très grand film de Trier qui n'est pas sans rappeler Bergman dans les thématiques et la façon de traiter les douleurs internes des personnages, visibles, évoquées mais jamais vraiment explicitées, et où ce "reste" passe par un mélange complexe entre les gestes, les regards et la parole.