Au début des années 2000, Universal Pictures s’est fixé pour mission de ressusciter ses monstres mythiques et de raviver l’aura terrifiante qu’ils avaient insufflée au cinéma classique. Ce projet s’inscrivait dans la continuité d’un succès récent : The Mummy, qui, avec sa combinaison d’action et d’aventures teintées d’horreur, avait captivé les spectateurs et prouvé que ces figures monstrueuses pouvaient encore fasciner le public contemporain.
Pour reproduire cette alchimie, Universal mise sur Stephen Sommers, le maître d’œuvre derrière The Mummy. Ce dernier a non seulement montré qu’il pouvait redonner vie à des créatures du passé avec une touche moderne, mais également qu’il savait jongler entre frissons et grand spectacle. En confiant à Sommers non seulement la réalisation mais aussi le scénario, Universal Pictures se garantit une vision cohérente et singulière pour ce projet titanesque.
Plutôt que de se concentrer sur une seule créature, Stephen Sommers fait le choix audacieux de les rassembler toutes autour d’un personnage central : Van Helsing, le chasseur de monstres iconique. Apparu pour la première fois dans le roman Dracula de Bram Stoker, Van Helsing est traditionnellement un chasseur de vampires érudit et austère. Mais ici, Sommers le transforme en un héros d’action armé jusqu’aux dents. Ce choix narratif permet à Sommers de connecter les histoires des monstres les plus célèbres d’Universal : le comte Dracula, le monstre de Frankenstein, et les loups-garous. Chaque créature bénéficie d’un traitement visuel distinct, oscillant entre horreur et fantastique, et leurs liens narratifs s’entrelacent dans une intrigue qui aspire à capturer l’essence de leurs mythes.
Sorti en 2004, Van Helsing était censé insuffler une nouvelle vie à l’univers des monstres d’Universal. Cependant, la démarche elle-même a suscité des débats. Si le film adopte une esthétique spectaculaire et un rythme effréné, certains critiques reprochent à Stephen Sommers d’avoir sacrifié l’essence horrifique et mystérieuse des monstres originaux au profit d’un style blockbuster à grand renfort de CGI.
Van Helsing se positionne comme un plaisir coupable assumé, une œuvre qui oscille entre hommage et pastiche, et qui s’affirme dans un mélange étonnant d’influences. Avec Stephen Sommers à la barre, on retrouve sa signature caractéristique : un spectacle décomplexé, rempli d’humour, de gadgets et d’action débridée. Si The Mummy s’inspirait de la saga Indiana Jones, ici Sommers emprunte clairement à l’univers de la saga James Bond pour structurer son récit et ses personnages.
Le parallèle est évident dès l’introduction : Van Helsing fait son entrée dans un prologue spectaculaire affrontant un Mr. Hyde titanesque et présentant son personnage. On retrouve également un briefing dans la veine des films de James Bond, où Carl, le moine maladroit et génial, endosse le rôle de Q, offrant une panoplie de gadgets aussi originaux que rocambolesques. Puis il y a les péripéties et l’attaque finale dans le repère du méchant, comme dans les films de la saga James Bond.
Le film débute avec une séquence en noir et blanc, une véritable déclaration d’intention visuelle qui semble promettre un hommage aux monstres classiques d’Universal. Cependant, cette mise en scène n’est qu’un mirage : le film se détourne rapidement de l’esthétique horrifique des films des années 1930-40 pour plonger tête la première dans une fresque explosive, plus proche du film d’action moderne que du cinéma gothique. De toute façon on le savait, on le connaît le Stephen. Cette transition ne plaira pas à tout le monde. Là où le public attendait une réinvention respectueuse et sombre, Stephen Sommers livre un feu d’artifice de CGI, des créatures exagérées, et un rythme frénétique. Il y a des moments où ce foisonnement peut sembler excessif, comme si chaque scène essayait de surpasser la précédente en intensité, au détriment de l’atmosphère.
L’une des forces indéniables du film est la richesse de sa galerie monstrueuse. Le bestiaire est impressionnant : Mr. Hyde, les harpies, les loups-garous, la créature de Frankenstein, Igor, et bien sûr le comte Dracula. Chaque créature est dotée d’un design distinctif, flirtant avec le grotesque et le spectaculaire. Les loups-garous, par exemple, sont présentés comme des prédateurs terrifiants, mais le film met l’accent sur leur transformation douloureuse et tragique, un élément qui conserve un soupçon de la mythologie classique.
Cependant, tous ces monstres ne brillent pas de la même manière. Le Dracula de Richard Roxburgh divise particulièrement : son interprétation cabotine, bien que divertissante, manque de subtilité. Son sur-jeu, oscillant entre le grotesque et le théâtral, éloigne le personnage de la menace suave et glaçante qui a fait sa renommée. Ce n’est clairement pas le meilleur Dracula du cinéma, et il souffre de la comparaison avec des itérations plus iconiques, comme celle de Bela Lugosi ou de Gary Oldman.
Face à cette armée de monstres, le trio Hugh Jackman, Kate Beckinsale, et David Wenham fait preuve de dynamisme et d’une bonne alchimie. Jackman incarne un Van Helsing plus héros d’action que chasseur érudit, et même s’il manque parfois de nuances, il assure dans les scènes physiques. Beckinsale, qui avait déjà conquis le genre avec Underworld, s’en sort honorablement en princesse guerrière, bien que son personnage reste parfois limité à des archétypes. Wenham, en revanche, apporte une légèreté bienvenue dans ce tourbillon d’effets spéciaux et de drames surnaturels. Son humour maladroit donne au film un ton plus accessible, sans tomber dans la parodie.
Si le film ne brille pas par sa profondeur ou son écriture, il compense par son rythme implacable. Les péripéties s’enchaînent à une cadence vertigineuse, plongeant les spectateurs dans une aventure qui ne laisse aucun répit. Cet aspect frénétique peut être épuisant pour certains, mais pour d’autres, il assure un divertissement constant. Stephen Sommers mise sur une expérience sensorielle, où l’action, les décors gothiques, et les créatures monstrueuses occupent le devant de la scène.
La musique, composée par Alan Silvestri, est un autre point fort. Silvestri parvient à capturer l’essence épique du film tout en rendant hommage à l’œuvre précédente de Stephen Sommers. Si son travail rappelle les partitions envoûtantes de Jerry Goldsmith pour The Mummy, il y apporte sa propre patte, créant un thème principal accrocheur qui accompagne parfaitement les scènes d’action.
Van Helsing est une œuvre qui divise, mais qui incarne parfaitement le plaisir coupable : un tourbillon d'action effrénée, de monstres iconiques réinventés, et d'une esthétique gothique démesurée. Si ses ambitions parfois excessives l'éloignent d'un véritable hommage aux classiques d'Universal, il reste une aventure captivante pour ceux qui savent apprécier un spectacle généreux et sans complexe. Entre cabotinage, humour et batailles grandioses, le film de Stephen Sommers continue de fasciner par son audace, et même avec ses imperfections, il conserve une place à part dans le cœur des amateurs d’histoires monstrueuses.