J'aime lire un James Lee Burke. On y retrouve cette manière très particulière de faire naître le noir non seulement des crimes, mais du paysage lui-même, de la chaleur, de la vase, de la fatigue des hommes et du poids des fautes anciennes. Vengeance froide n’atteint pas tout à fait cette profondeur-là, mais Phil Joanou en capte malgré tout quelque chose d’important : une atmosphère. Le film existe d’abord par son climat, cette Louisiane humide, poisseuse, traversée par les souvenirs, la corruption et la violence prête à ressurgir au détour d’un chemin d’eau ou d’une route secondaire. On sent que l’ambition n’est pas de fabriquer un simple thriller d’action, mais de plonger un homme déjà abîmé dans un environnement qui l’est plus encore.
Alec Baldwin, dans le rôle de Dave Robicheaux, donne au film son axe moral. Il ne joue pas le flic ou l’enquêteur sur le mode triomphant ; il en fait au contraire un personnage usé, méfiant, parfois raide, qui semble avancer moins par goût de la vérité que par refus de céder complètement à la boue qui l’entoure. Ce n’est pas toujours d’une finesse absolue, mais cela tient, parce que Baldwin a la carrure et la lassitude nécessaires. Autour de lui, le film trouve plusieurs présences fortes, et Teri Hatcher, en particulier, apporte un mélange de séduction, d’ambiguïté et d’énergie qui marque davantage que ne le laisse attendre son statut de second rôle. Elle donne au récit une vibration plus trouble, moins mécanique, et aide à sortir certains passages d’un schéma un peu trop programmatique.
Le film, il faut bien le dire, reste celui d’un bon artisanat plus que d’une vision renversante. L’intrigue suit des rails parfois visibles, certains affrontements opposent un peu trop nettement les figures du bien et du mal, et l’on sent que le scénario simplifie la matière romanesque de Burke au lieu d’en conserver toutes les nuances. Mais Joanou sait tenir une scène, installer une tension, exploiter intelligemment ses décors, et donner aux séquences d’action un vrai relief physique. La course-poursuite sur les toits, notamment, fonctionne très bien parce qu’elle ne repose pas seulement sur la vitesse, mais sur l’espace, la précarité, la sensation de danger concret. Rien de révolutionnaire, donc, mais du travail sérieux, appliqué, parfois inspiré.
Ce qui demeure, au fond, après la projection, ce n’est pas tant le souvenir d’un grand polar que celui d’une ambiance persistante. Vengeance froide ne possède ni la complexité morale ni la puissance littéraire de James Lee Burke, mais il n’en trahit pas complètement l’esprit. Il en garde la mélancolie, le goût des lieux lourds de mémoire, et cette idée qu’un homme peut tenter de faire ce qui est juste sans jamais être certain d’y parvenir proprement. C’est peut-être un film mineur, mais certainement pas négligeable : une adaptation imparfaite, solide, souvent prenante, qui mérite mieux que l’oubli où elle a peu à peu glissé.