Le problème avec les super-héros, c'est que, trahis par leurs émotions, il leur vient à penser que leurs choix sont justes et que, peu importe la tournure qu'ils donneront à leur issue, ce sera forcément la bonne. Ainsi, au travers de ce que nous donne cette industrie, d'un Batman à la Nolan à un Superman de Gunn, on nous présente un attirail de personnages hors des cases, tentant tant bien que mal de nous singer pour nous faire vivre un semblant de bon moment. Le spectateur moyen à ce spectacle absorbe ainsi un concentré de brainstorm synchronisant l'attente d'une hype industrielle d'un côté, et le goût déplacé d'une horde de fans en sempiternelle recherche de ce qui les a fait vibrer un jour. Tout est bon, du moindre moment opportun pour mettre une explosion, à un passage pouvant se prêter à une blagounette.


Si cette critique peut en soi se porter sur les deux tiers de ce qu'a pu produire Marvel et ses clones, Venom est pour moi d'une certaine manière une apothéose, mais aussi un certain début de ce que l'on a vu arriver par la suite dans cet univers des surhommes (et femmes).


Il ne s'agissait plus de porter à l'écran une œuvre littéraire. Il fallait que cela soit plus ! Que chaque licence soit à l'origine de son succès mais aussi de sa mort ; que chaque personnage, chaque moment, chaque souvenir que l'on a soit commercialisé, mainstreamé, que pas un seul être dans ce monde ne soit pas doté d'un avis, bon ou mauvais, pour apporter sa petite pièce au trésor de ses propriétaires. Ainsi, Venom accomplit son destin. Parvenant à décevoir des fans prêts à toutes les concessions pour voir leur personnage briller sur le grand écran n'était pas assez ; il parvient à décevoir les arrivistes, ceux qui ne le connaissaient pas. Ainsi, dans ces 2 cas, on se réveille face à un cauchemar d'enfance ou un être dont on ne reconnait pas l'intention. Vous savez, comme si vous vous retrouviez un matin face à l'esprit même du changement pour la dernière chance. Vous vous lèveriez avec les présupposés qu'on peut lui accoler quand soudain, vous vous retrouveriez face à la pire facette du monde, mêlant manipulation et fourberie pour vous mettre in fine dans une situation pire que la première, sans pour autant y succomber ; piégé dans un film, une vie qui n'est pas la vôtre. Une sorte de frustration, l'impression de perdre pied vous envahirait et, en ouvrant les yeux, vous constateriez que tout ceci n'était qu'un rêve, et que, malgré un parallèle évident à notre actualité, tout ceci venait du film que vous regardiez.


Oui, on vous avait promis divertissement à la romaine, de vous libérer de vos chaînes le temps d'un voyage, plein d'action et de stimulation pour la rétine et votre hypothalamus, oui, le trip sanglant de l'année. On vous avait en fait remis un ticket pour l'ennui et la perte de conscience. Il faut dire que Hardy n'a jamais été très bon. Malgré son effet sur la gente féminine ( et qui sait masculine ), cela n'a pas suffi à rendre notre anti-héros moins détestable qu'il ne l'est. Un playgirl apathique auquel s'impose dans le corps un extraterrestre méchant, mais en fait pas vraiment. Parvenant pourtant à venir d'une lointaine planète, à trouver une espèce pouvant être hôte et à réussir à établir un plan d'évasion, ce n'était pas suffisant pour rendre la personnalité de Venom logique et stable. On connait pourtant les effets de groupe, et le constat de ses congénères était sans appel. Venom devait être un monstre impitoyable, un cauchemar terrestre qui ne connait pas la peur, venant d'un monde à priori sans pitié ni fondement moraux ; sans contrat social. Mais Venom est pourtant le bout-en-train de la bande, le seul à ne pas être comme les autres, le Sasuké des extraterrestres ; un sacré coup de bol pour notre héros qui, bien sûr, n'a pas de chance dans la vie et est obligé de briller qu'avec l'aide d'un sex interest là aussi tout aussi transparent.


C'est vrai que d'habitude, notre repos cérébral se fait dans l'apothéose de l'image, on en montre le plus possible, on tente de réveiller les quelques parcelles neuronales encore en marche normale pour éveiller un plaisir d'un instant. Les réseaux sociaux n'ont pas aidé, mais faut dire que c'est là que tu as vu les trailers passer ; allez chercher une remise en question après ça. Supprimer la cause de notre souffrance et l'origine de ce qui nous apporte un peu de plaisir au quotidien… Nous entrons dans la société du spectacle. Et comme décrit dans le livre, la Grande Mise en scène fait sa ronde. C'est qu'il faut que ça rapporte. On stimulera donc le cerveau avec de la violence mais sans expression de celle-ci car un profit enfantin sera perdu autrement. On élimine donc les blessures, le sang, les morts, la souffrance ; bref, rendez moi ce monde aussi lisse et amorphe qu'un cerveau sorti d'usine en 3 8. Bref retirez moi ce qui fait de nous des êtres vivants, apportez moi une certaine frustration de ma propre existence de manière passive. Par ailleurs, on veut toucher tous les genres. On veillera à rendre les camps heureux par des stimulations d'héroïsme passager pour satisfaire notre égaux.


Et bien sûr, cousu de fil d'or, nous ne manquerons pas de faire oublier au monde qu'à la base, nous venions dans le cinéma pour voir un Art complet. Oui nous venions pour être secoués, tout au moins surpris et réellement partis en voyage. Venom nous ôte cet espoir, mais parvient de même à faire pire que prévu. Non seulement il propose une histoire dont le scénario explose à chaque nouvelle scène, mais en plus il accomplit le miracle de ne rien raconter à son terme. Notre personnage n'a pas changé, sous ses airs de grand gaillard un peu benêt, guette la "pute à buzz" se faisant passer pour investigateur ( nous ne noterons pas la manière dont est traitée par ailleurs la profession, le capitalisme a la fâcheuse tendance de ne rien laisser au hasard malgré lui ).


En clair, ce film est un échec en tout point, mais surtout un miroir de notre monde. Beaucoup qui auront lu cette critique jusque là se diront "Mais ptn, 21rems10 a pété un cable ". Mais laissez moi vous poser la question, pour quelle raison veniez-vous voir ce film initialement. Oui, certains diront bien qu'ils sont fans du personnage, qu'ils ont grandi avec lui et que Marvel est maintenant responsable de milliers de DMLA. D'autres, par curiosité suite au trailer, se disent qu'ils ont perdu un 20 balles pour ça mais que la vie continue. Mais pour beaucoup, c'est l'indiscret morbide qui vous a traîné là. Comme moi, appâté par le sang et, il faut dire, quand même emmerdé de ne pas avoir vu que le grand monde connait. Nous avons décidé d'allouer notre cerveau volontairement à ce que nous savions TOUS au fond nous mauvais. Fan comme novice du MCU, on y est tous allés. Et le pire, c'est que nous avons tous recommencé. Alors oui, un léger bond a obligé ces filières à maquiller un peu plus leur arnaque, mais la réalité est bien là. Notre cinéma est étouffé, mort-né devant nos yeux par, d'une certaine manière, notre faute. à cette heure où je vous écris, un énième exemple m'est arrivé. Pendant que sortait le certes imparfait mais magnifique "Vivaldi et moi" que je m'empressais d'aller voir avec ma Parfaite, un monde a décidé qu'il serait plus pertinent de s'amasser, au risque de faire manquer le plaisir des autres, pour voir " Le diable s'habille en Prada 2". Les files d'attente étaient unanimes, oui on espère que ça va être bien, mais une appréhension générale plane. Pourquoi refaire un film sur un premier épisode qui se suffisait à lui-même, dont l'histoire était achevée, et dont la marque dans l'histoire ne devait être ternie ? Le destin n'a pas manqué de parler à nouveau, nous prouvant par ailleurs que ces derniers temps, la foudre tombe au même endroit. Comment conclure cette éval ? Suffirait-il de ne regarder que Godard et des réal triés sur le volet pour évincer cet enfer en marche ? Je ne crois pas. En fait, comme dans tant d'autres secteurs de vie, nous avons perdu la foi. Je ne parle pas d'un être immanent et supérieur, mais bien de la croyance en l'Homme en tant que constructeur, capable de parler sans dire, de transmettre sans toucher. Cette éval, c'est le moyen pour mon compte de parler de ce pour quoi on est là à la base. Oui on rigole, on frime, mais surtout on parle, on y va de son petit avis, et sans le savoir, on transmet à son prochain son héritage. Je crois que nous devons reprendre cet élan, retourner nous faire plaisir, le montrer, consommer parce que le produit va nous plaire. Si cette phrase sonne capitaliste, elle met pourtant à genoux notre consumérisme, car derrière tout temps se cache la civilisation. Alors vivons, et le monde suivra, pour le meilleur et pour le pire.

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le 9 juil. 2026

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