Et pour ce soir :
Vice-Versa, 2015, de Pete Docter, avec les voix (entre autre) de Charlotte Lebon et Marilou Berry dans les rôles respectifs de Joie et Tristesse.
Synopsis neuro-psychologique : A la naissance de Riley, jeune fille du Minnesota sont également née ses émotions, Joie, Tristesse, Peur, Dégout et Colère. Tout ce petit monde pilote dans le quartier cérébral les émotions que Riley expérimente chaque jour, apprends à gérer les nouveautés du quotidien et l'aide à grandir et s'épanouir. Sauf qu'après le déménagement de la famille pour San Francisco, son habituelle joies de vivre se remplie de plus en plus de bille d'émotion négatives, et Tristesse en vient même à altérer les souvenirs essentiels de Riley, au point où ils finissent par accident tous les deux hors du quartier cérébral, débarquant dans la mémoire à long terme. Seul Colère, Peur et Dégout sont donc à la barre et avec un tel trio, si Joie ne revient pas vite, qui sait ce que ça peut donner pour la pauvre Riley ?
Souvenir de cinéphile très particulier et intime (un des rares films vu seul au cinéma et qui a réussi à me décrocher des larmes à la fin), Vice-Versa était un projet qui m'avait paru complètement fou à sa sortie, une tentative assez avant-gardiste pour Pixar de tenter un truc finalement moins orienté pour les enfants (sans forcément s'en séparer pour autant, l'une des grandes forces de ce studio) et pas simple à vendre en abordant le sujet des émotions durant l'enfance et surtout, un thème qui me parlait énormément à l'époque, la dépression infantile. A l'époque, Pixar sortait de Rebelle en 2012 (qui était un film axé quasi exclusivement pour les enfants à mes yeux, plus Disney-proof) et Monstre Academy en 2013 (que je n'ai pas vu alors que j'ai adoré Monstre et Compagnie). Deux ans séparent donc les équipes jusqu'à ce Vice-Versa. Depuis 2006 et Cars, les équipes du studio tournent à 1 film par an, ce qui est un rythme assez conséquent dans cet industrie. Les deux années ne seront pas de trop pour son réalisateur, Pete Docter qui en est à sa troisième réalisation chez Pixar, après les fabuleux Monstres et Cie (2001) et Là-Haut (2009) qui a, encore à ce jour, la plus belle introduction au monde.
Bref, Docter, c'est pas un rigolo. C'est lui qui avait d'ailleurs aussi écrit le scénar de Wall-E et pour Vice-Versa, il rempile en partant d'un souvenir personnel, celui de son départ pour le Danemark quand il était môme et de ses difficultés à s'intégrer, le rendant plutôt introverti. C'est en voyant sa fille suivre le même chemin, le renvoyant à ses propres insécurités, qu'il s'est demandé comment l'esprit humain gère l'arrivé des émotions. Il a donc consulté des psychologues pour mieux comprendre le fonctionnement des émotions et, après avoir couplé la surprise à la colère et avoir viré l'ennui, l'espoir, la fierté et le Schadenfreude (Traduit par "Joie Malsaine", en gros le plaisir dans le malheur des autres, ah ces allemands savent rire, hein...), propose l'idée de 5 émotions qui dirige l'esprit d'un humain pour comprendre comment l'esprit humain fait l'expérience des émotions. Disney dit banco, et le film commence donc sa création. D'ailleurs, dernière anecdote, c'est la première fois que le staff écrivant le scénario derrière le film est composé d'autant de femmes que d'hommes, un choix de la part de Docter pour avoir une plus grande variété de sensibilité autour du sujet. Il faudra 4 ans pour que le projet puisse passer d'une idée au film que l'on connait aujourd'hui. Et du coup, c'est comment Vice-Versa ?
Eh bien, j'adore très fortement ce Pixar (Et je dis Pixar, pas Disney que je trouve terriblement surestimé) qui est à mes yeux le meilleur sorti de ce studio qui a crée pourtant de très grands films. Wall-E ou Monstres et Cie avait mis la barre très haut déjà mais non, lui casse la baraque, tout d'abord grâce à son sujet, d'une justesse absolue sur les difficultés de l'enfance et tous les troubles qu'on y expérimente. Avec un humour très efficace, il dépeint un univers très coloré et étonnamment juste (toute proportion gardé, comme dit plus haut, Docter a quand même viré des émotions primaires au profit de la narration) des émotions déjà, mais aussi et surtout de la mémoire, son stockage, comment on garde des souvenirs et les moyens mnémotechniques mise en place pour la conservation desdits souvenirs.
A cela s'ajoute la très jolie bande sonore composé par Michael Giacchino qui marche du tonnerre, notamment ce moment où Riley décharges toute sa tristesse devant ses parents, un moment très fort dans ma cinéphilie. Elle a quelque chose de très enfantine sans jamais sonner gnangnan ou niaise, gardant une naïveté rafraichissante (elle me rappelle d'ailleurs les musiques des Sims pour la petite histoire). Couplé à la magnifique patte graphique choisie (qui s'amuse d'ailleurs à changer subitement à un moment du film) et certains plans qui confinent aux génie poétique (Ce plan très large dans les oubliettes où on voit Bing-Bong et Joie en arrière plan et un sphère émotionnelle au premier plan qui s'efface, dans un fond très noir, où la seule lumière provient de Joie, juste Wahh...), on obtient un résultat qui tient parfaitement la route artistiquement.
Mais surtout, la plus grande force de Vice-Versa, c'est ce que je retrouve chez Miyazaki, la capacité à raconter une histoire qui aura une résonnance différente entre l'enfant et l'adulte mais qui marche pour les deux. Déjà que faire un film qui marche pour l'un ou l'autre n'est pas facile, mais en plus, quand le message n'insulte pas l'intelligence des enfants et permet aux adultes de prendre du recul sur leur enfance ou leur relation à leurs enfants, bah on s'incline, on baisse son chapeau et on dit merci. 9,5/10