Un film qui évolue constamment dans une sorte de flottement, presque de molesse. C'est sans doute voulu par la réalisatrice qui essaye de transposer dans l'ambiance de son film le détachement progressif de cette sororité jusqu'au final attendu.
La fin du film est à l'image du reste: dépourvue de surprise ou de sentiments forts comme pour faire écho à une apathie générale du film qui sonne comme une projection de la psychologie des filles.
Le résultat de ce détachement progressif et de cette aridité voulue c'est qu'on est confronté à un film aussi sec que froid, sans que jamais rien n'éclate ni ne touche vraiment en son sein.
La photographie elle même, toujours un peu terne, reflète le manque d'éclat que ces jeunes filles peuvent trouver dans leur vivie.
Les seconds rôles aussi manquent d'une sorte de force primordiale, d'une veritable force de vie, au point que même la voix off semble si curieusement détachée de tout et d'elle même, qu'on ne croit pas vraiment aux propos tenus à longueur de film par le narrateur sur l'importance de ces filles pour lui et sa bande de copains.
Donc tout ça est voulu, et étudié par Sofia Coppola, et parvient dans un sens à transmettre, sans trop en dire, plus à travers la forme que le discours, le malaise et le vide existentiel qui prend petit à petit la place de la vie chez ces adolescentes - jusqu'à la conclusion thématique inévitable- , mais il y a aussi quelque chose d'un peu factice dans cette absence de sentiments forts, dans cette extériorité esthétisante, qui laisse le spectateur sur le bas côté à regarder un film sans jamais s'y impliquer.
Le film est donc réussi dans ce qu'il cherche à exprimer, mais ne peut réellement toucher autrement qu'à travers sa construction intellectuelle; sa volonté d'extérnaliser le malaise interne et l'apathie de ses protagonistes par son rythme, son esthétique, sa photographie, et sa mise en scène, ne laissant d'autre choix au spectateur que de ne jamais s'enthousiasmer, et de lui aussi rester dans une forme de détachement un peu morose.