One Flew Over the Cuckoo's Nest (Milos Forman, U.S.A, 1975)

Ce n'est jamais évident de trouver les mots pour parler d'un chef d'œuvre. Ce qu'est incontestablement "One Flew Over The Cuckoo's Nest" de Milos Forman, réalisé en 1975. Adaptation d'un roman de Ken Kesey datant de 1962, il fût à sa sortie récompensé de multiples Oscars, dont meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur, pour Jack Nicholson qui a rarement été aussi énorme que dans ce film. Et pourtant chacune de ses apparitions au cinéma est énorme…
Pour évoquer cette œuvre, plusieurs approches sont possibles. La première, et la plus évidente, est de traiter le film sous le jour de la critique au vitriol qu'il fait du système psychiatrique américain. Avec ses dérives, ses limites, et une méconnaissance qui engendre la déshumanisation des personnes souffrant de troubles mentaux. Mais du temps est passé, et depuis 44 ans cette critique a évoluée en témoignage historique, d'une époque révolue.
Puis il y a l'approche de la nature universelle du métrage. Celle qui touche à la condition psychiatrique, et la manière dont elle est mise en scène. Sur ce point, le film de Milos Forman reste d'une actualité incroyable. Par l'expression d'un humanisme fort et touchant.
Aborder la question de la santé mentale au cinéma est un exercice difficile. Mettre en scène des personnages au cerveau cassé, souffrant d'un mal invisible, présent à l'intérieur, n'est pas une mince affaire. C'est là où la virtuosité de ce film extraordinaire éclate aux yeux.
Milos Forman arrive parfaitement à traduire la maladie mentale, par le prisme de son objectif, en captant une mimique, un regard ou une attitude. Pour mieux étaler sa réflexion sur ce qui se passe au delà de l'expression, au cœur des cerveaux abîmés.
Par le biais de son personnage principal, McMurphy, dont les autorités doutent de sa véritable folie et pensent qu'il fait exprès, un doute se pose sur sa condition, et ce, dès sa première apparition. Dès lors, c'est au spectateur de faire la part des choses, et de se construire sa propre idée.
Jamais Milos Forman ne film ses personnages comme des fous. Au contraire, il pose sur eux un regard bienveillant, sans artifice et avec un réalisme parfois glaçant. Vient alors se poser la question de qui sont réellement les "fous"? Les patients d'une institution qui les considère comme tel, où bien cette même Institution usant de son pouvoir pour contrôler des esprits faibles où libres?
La représentation des équipes médicales fait ainsi froid dans le dos. Profitant de leur statut d'autorité, elles sont à la limite de la torture, ironiquement, psychologique. Que ce soit l'infirmière en chef, qui démontre un plaisir sadique à manipuler ses patients. Où les "gardes" qui les méprisent, au point de n'attendre que d'en découdre avec eux, prenant un malin plaisir à les cogner. Dès lors le curseur vrille, qui sont vraiment les "fous"?
Par le microcosme de l'hôpital psychiatrique, c'est ainsi une vision acerbe, et à gerber, de nos sociétés modernes, et de la nature humaine, qui se met en place. Avec ce rapport de force entre équipe médicale et aliénés, qu'il est possible de retrouver entre les autorités et les citoyens. Ceux qui sont épris d'un esprit libre, comme McMurphy, traduisent un danger car ils remettent en question le bon fonctionnement de l'institution. Et bravent l'autorité fantoche de quelques névrosés qui ne se sentent vivant qu'au travers d'un pseudo-pouvoir, qui leur permet de rabaisser les plus faibles.
Penser librement dans une société de plus en plus accrochées à des lois et des traditions qui ne font plus sens, et qui entrent en contradiction avec les nouveaux codes de la vie moderne, c'est devenir l'ennemi. Il faut coûte que coûte se plier aux règles établies, par on ne sait qui, même si elles sont injustes et injustifiées. Il faut les respecter scrupuleusement, et surtout, surtout ne jamais les remettre en question.
Émerge alors une absurdité totale, où plus rien ne fait sens, traduite par l'extraordinaire personnage qu'est McMurphy. Totalement conscient de sa position, et de la vacuité du système, il sème le doute car il ne rentre dans aucune case. Prit pour un fou, où se faisant passer pour tel, il perturbe le corps médicale, et judiciaire. Car il semble assez malin pour simuler, et en même temps c'est ce qui pourrait traduire sa folie.
Et c'est là toute la puissance de "One Flew Over the Cuckoo's Nest", faire disparaître la notion de folie, telle qu'on l'imagine, pour la reporter sur l'institution, car c'est cette dernière qui aliène. C'est la société qui broie les individus. Et non, McMurphy n'est pas fou, il cherche juste à vivre comme il l'entend, selon ses propres règles. Et oui, il est fou car il cherche à être heureux dans un monde putrescent, qui le rejette.
L'injustice et la cruauté de notre civilisation occidentale, sont ce qui le rendent fou. Et toute sa folie vient s'exprimer lors d'une séquence difficile à regarder, qui en quelques secondes expose toute la profondeur du personnage, nous faisant comprendre de quel côté se trouve la véritable folie. Celle de l'Homme (avec un grand H), cruel, sadique et faillible.
Quatre décennies après sa sortie, "One Flew Over the Cuckoo's Nest" demeure ainsi un grand film puissant. Traitant avec brio, intelligence et un humanisme confondant, un mal difficile à aborder. En rendant attachant une bande de types cassés considérés comme fous.
Des types qui finalement ne sont rien de plus que des inadaptés parqués entre eux, exclus du monde, cachés aux regards d'une société où la différence est une tare. Il s'avère ainsi plus facile de leur coller l'étiquette "fou" sur le front, au lieu d'envisager de remettre en question une once du système sociétal à l'origine de leur mal.


-Stork._

Peeping_Stork
10
Écrit par

Créée

le 4 mars 2020

Critique lue 178 fois

Peeping Stork

Écrit par

Critique lue 178 fois

D'autres avis sur Vol au-dessus d'un nid de coucou

Vol au-dessus d'un nid de coucou

Vol au-dessus d'un nid de coucou

10

Strangelove

144 critiques

L'espoir de liberté...

"Vol au-dessus d'un nid de coucou" est un film à part. Un film qui traite d'un sujet que personne à Hollywood ou ailleurs n'avait osé abordé et porté à l'écran. Mais en 1975, un jeune réalisateur...

le 5 févr. 2013

Vol au-dessus d'un nid de coucou

Vol au-dessus d'un nid de coucou

10

SPlissken

290 critiques

Critique de Vol au-dessus d'un nid de coucou par SPlissken

McMurphy est un électron libre, il tente de se soustraire à la prison est choisissant l'option hôpital psychiatrique mais les fenêtres ici aussi ont des barreaux. Il va aussi découvrir que les...

le 8 mars 2013

Du même critique

The Way Back

The Way Back

10

Peeping_Stork

392 critiques

The Way Back (Gavin O’Connor, U.S.A, 2020, 1h48)

Cela fait bien longtemps que je ne cache plus ma sympathie pour Ben Affleck, un comédien trop souvent sous-estimé, qui il est vrai a parfois fait des choix de carrière douteux, capitalisant avec...

le 27 mars 2020

Gretel et Hansel

Gretel et Hansel

6

Peeping_Stork

392 critiques

Gretel & Hansel (Osgood Perkins, U.S.A, 2020, 1h27)

Déjà auteur du pas terrible ‘’I Am the Pretty Thing That Lives in the House’’ pour Netflix en 2016, Osgood Perkins revient aux affaires avec une version new-Age du conte Hansel & Gretel des...

le 8 avr. 2020

The House on Sorority Row

The House on Sorority Row

9

Peeping_Stork

392 critiques

The House on Sorority House (Mark Rosman, U.S.A, 1982)

Voilà un Slasher bien particulier, qui si dans la forme reprend les codifications du genre, sans forcément les transcender, puisqu’il reste respectueux des conventions misent à l’œuvre depuis 3 ans,...

le 29 févr. 2020