Quelques années avant la rétrocession de Hong-Kong à la Chine, John Woo décide de partir tenter sa chance aux USA.
Notre JCVD national en connaisseur du cinéma HK a tout fait à l'époque pour faire venir au pays de l'oncle Sam, John Woo, Tsui Hark, et Ringo Lam. Il tournera d'ailleurs pour les trois avec le ... euh... succès qu'on connaît (Van Damme n'ayant pas forcément à rougir des films tournés en leur compagnie au sein de sa filmographie, même si l'inverse est plus discutable).
Après un Hard Target assez hard et un Broken Arrow plutôt broken, Woo s'attaque enfin à ce Face Off qui est très clairement le film tourné aux Etats-unis qui ressemble le plus à ce qu'il a pu faire dans sa période HK.
L'idée d'échange d'identite sur laquelle se base le film est particulièrement tirée par les cheveux et ça demandera aux spectateurs un petit effort pour conserver la verisimulitude nécessaire à assurer son déroulé.
Mais une fois les aspects les plus invraisemblables de ce récit acceptés, on se retrouve face à un bon petit film du réalisateur Hong-Kongais.
Comme souvent chez Woo, le scénario est prétexte à une étude sur la dualité. Woo y explore bien entendu la traditionelle opposition flic/voyou,,maïs le scénario devient prétexte à une inversion des valeurs et à un jeu de miroir constant entre Troy et Archer aussi bien d'un point de vue symbolique et psychologique (les deux familles, les deux enfants, etc.) que physique ( de nombreuses scène de miroir, dont la fameuse gunfight au moment de l'invasion de Archer-Troy chez ses anciens amis).
Woo s'amuse à l'evidence avec son sujet mais entraîne ses spectateurs dans son délire également grâce à son casting.
La paire Nic Cage et John Travolta apprécie à l'évidence l'exercice consistant à se moquer l'un de l'autre et d'eux même en faisant un concours de celui qui cabotinera le plus loin.
Difficile de dire qui sort vainqueur de ce duel, mais vous êtes bien aigri si les efforts de notre duo d'acteurs ne vous amusent pas un minimum.
Woo clôturera son film avec tout une série de scènes dont il a le secret: gunfight dans une église au milieu des colombes blanches, belle course-poursuite en bateau, vengeance et rédemption symbolique qui va bien.
Si ce Face Off n'est sans doute pas le meilleur film de John Woo, il est le seul film de sa période americaine qui possède les qualités et la démesure de ses films HK et donc sans aucun doute son travail le plus réussi aux USA