Warfare
6.3
Warfare

Film de Alex Garland et Ray Mendoza (2025)

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Bon, j’avais détesté Civil War pour tout un tas de raisons qu'il serait bien trop long d'évoquer mais ce coup-ci, je pense que j’ai pas aimé Warfare pour beaucoup moins de raisons... Je ne serais probablement pas concis pour autant à propos de ce petit huis clos consacré à une bande de mecs qui déboulent dans une maison et la défoncent de fond en comble pour des raisons un brin fumeuses. Y’a, dans cette mise à sac systématique, un coté funky-patate (j’ai inventé l’expression parce que j’ai aucune idée de ce que je veux dire) qui nous rappelle notre jeunesse quand on déboulait à 12 dans des soirées pourraves et qu’on pillait le fromage râpé dans les bacs à légumes de frigos qui nous apparaissaient alors beaucoup trop grands et trop bien achalandés. Alors, même si j’ai vu des gens passer le balais sur des moquettes plein de nouilles froides ou mettre le feu à des cheminées tandis que des Emma Pille quelconques effectuaient des descentes de cuisine en rafale que n’auraient pas renié les plus grands pillards corsaires de ce merveilleux XVIIe siècle, une époque où on pouvait tout dire et on pouvait tout faire. Alors bon, je rassure les gens facilement impressionnables, on a quand même jamais eu besoin de demander un support aérien pour vitrifier un premier étage même si - je le reconnais volontiers - qu’entre le fromage et les nouilles du sang a parfois été versé, des chiottes bouchées et des drames provoqués. Alors ok mais Warfare c’est pas un film consacré aux soirées qui animèrent jadis les samedis soirs galères à Vic Faizansac ou à Coignières, c’est plutôt une sorte de tragédie moderne ramassée sur une seule échauffourée où des GI américains bla bla bla vous connaissez l’histoire on s’en tape... c’est toujours la même moulinette. Alors c’est Alex Garland qui fait ça, on s’attendait donc à un truc qui refoule, la carcasse invertébrée d’une idée de merde secouée devant nous par l’énergie tonique d’une pétulante prétention. Et c’est là que j’ai été parfois cueilli. Alors non, j’ai pas aimé le film, mais à un moment je me suis fait la réflexion que certaines scènes étaient tout de même assez bien tricotées. Je parle de certaines séquences qui se déroulent à l’intérieur, parce que dès que la caméra déambule dehors, ça n’a aucun intérêt. C’est plutôt bien cadré, la photo est chouette et techniquement, ça déroule un savoir-faire évident. Et puis j’aime bien l’idée des plans séquences, y’a un côté « ah non ce gros pénible de monteur, il nous fait chanter les oléagineuses alors qu’il aille se faire foutre ». On sent qu'il se passe quelque chose en coulisses, ça attise la curiosité. Autre chose reposante, c’est l’idée de ne rien raconter et de foutre presque tout le film dans le salon de cette baraque, tu peux partir pisser une heure, tu reviens t’as rien loupé à part deux appels radios et une scène où un type hurle « mords là dedans » à un type qui braille parce qu’il s’est fait démastiquer les noisettes.

Quel dommage donc que ce truc soit au service de ce projet tout nul au script inepte et se pensant tellement profond qu’il s’affranchit de toute velléité à tenter de nous faire comprendre les raisons et les enjeux de ce récit. Attention, ne soyons pas caricatural, le film propose quand même des réflexions du genre « la guerre ça fait beaucoup de bruit et le bruit ça casse les oreilles » ou « quand t’as la jambe arrachée, eh ben ça fait hyper mal » entre lesquelles se glisse une réflexion plus profonde encore : « casser la maison des gens qui n’ont rien demandé, eh ben en fait, c’est peut-être pas cool »…

Je ne sais pas trop comment est censé fonctionner ce genre de film. On voit clairement des gens faire de la merde et s’en taper le coquillard des conséquences. Est-ce qu’on est censé prendre fait et cause pour eux quand ils se font décapsuler les grelots ? Est-on censé éprouver de l’empathie pour ces têtes de cons jouées par des têtes de cons qui font de la merde et se roulent par terre ? Alors j’ai bien compris que tout ça était très premier degré – c’est Bill Poulter qui joue la tête de fion, c’est dire si ça rigole pas et que ça se prend au sérieux. Mais quelle drôle d’ambition de faire tout un film en délayant ce qui n’est qu’une péripétie lambda semblant sortir d’un film de guerre générique.

Ah bah, en parlant de générique, tiens le v'la enfin, achevant le spectateur patient avec ce procédé ultra ringard qui veut qu'on associe la bobine de chaque acteur avec celle de chaque véritable soldat pour renforcer l'émotion. Mais le film arrive à rendre ce procédé encore plus gênant et ridicule que d'habitude : C'est que la plupart des soldats semblent avoir refusé de voir leurs gueules affichées dans ce truc et c’est donc une succession de photos floutées qui sert de générique. Une astuce qui rejoint l’aspect « temps réel » et les coquetteries de mise en scène dans la grosse marmite de ces films de merde qui te prétendent que « ça s'est vraiment passé comme ça ». La promo ajoutant que le film a bénéficié de la présence sur le plateau d'un des blaireaux de cette histoire consternante qui s’est assuré que la couleur de la moquette et la quantité de boyaux répandus correspondraient à la réalité. Des ambitions qui ne mènent nulle part puisque le cinéma c’est de l’illusion, c’est une interprétation du réel, pas sa reconstitution. C’est juste un argument publicitaire douteux, voyeuriste et malsain..

Après, peut-être que si la caméra était restée pendant tout le film dans la chambre, avec la famille prise en otage par ces soldats yankees, il y aurait eu une histoire à raconter. On aurait préféré celle-là, mais on ne saura jamais… ils ont préféré s'intéresser à leurs trous de balle.

MelvinZed
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le 16 juin 2025

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Melvin Zed

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