Warrior promettrait presque, dans ses premières minutes, de se vautrer dans la déserrance sociale telle que l'affectionnent encore aujourd'hui les films d'auteurs. Mais ce serait mal connaître Gavin O'Connor, qui avait déjà livré en 2008, avec Le Prix de la Loyauté, un puissant drame familial dans l'ombre de La Nuit Nous Appartient.
Car Warrior offre bien plus que cela, tout comme il offre bien plus que des gnons sur un ring. Car sa plus grande réussite, sans doute, c'est que l'on adhère sans réserve à ses personnages et aux combats qui se livrent en eux pour écarter la culpabilité, les vives rancoeurs et préserver la fragilité du peu qu'ils ont réussi à construire.
Bien sûr, dans le coin droit du ring, il n'y a que Tom Hardy, plus musculeux et animal que jamais, identique à un Mike Tyson, véritable rouleau compresseur qui finit ses combats en quelques secondes. Tout en failles, en rage et en autodestruction. Ne pouvant se délivrer d'un passé morne ou caché auquel il est constamment renvoyé.
A l'opposé, Joel Edgerton endosse le rôle du parfait outsider, nouveau Rocky tout en esquives, entraîné par le fond dans la crise financière, incarnant le désenchantement du rêve américain dans une simplicité désarmante.
Deux frères brisés par le trou béant d'une jeunesse marquée par la violence d'un père à la dérive, Nick Nolte incarnant de manière impeccable la borne de leur vie et qu'ils ont voulu chacun fuir pour se fondre dans une autre famille, même d'adoption. Mais deux frères qui continuent pourtant à se battre, chacun à leur manière. Deux frères qui voient dans les yeux de l'autre leurs erreurs et leur abandon mutuel.
Warrior parle de manière authentique de famille, et de violence qui sépare mais qui, in fine, réunit. Le coeur, sur et en dehors du ring, est à fleur de peau, comme dans Rocky, maître-étalon immortel du genre, ou encore The Wrestler. Et ce n'est que dans la libération de la violence que peut s'envisager l'apaisement, la catharsis d'un passé tout aussi pesant que marquant.
L'affrontement à distance mis en scène dans Warrior s'inscrit dans un crescendo puissant, tout comme Gavin O'Connor lorsqu'il filme ses combats successifs, de coups ou de mots, de manière sèche et intense. Faisant que l'on ressort du film comme totalement sonné, enivré par l'humanité de son récit et ses personnages habités qui ne font que rechercher le pardon.
Une fois les plaies de l'âme pansées, que ce soit à la force de leurs poings ou sur le terrain de l'émotion, à coup sûr, ces deux frères auront de grandes chances de vous mettre KO.
Behind_the_Mask, M.M.A., zéro tracas, zéro blabla.