Apparemment oublié et méconnu, « West 11 » mérite d'être considéré au même titre que les œuvres plus célèbres du Free Cinema, de Richardson, Sleschinger, Anderson et consorts.
Ni drame social réaliste, ni film noir classique, « West 11 » remplit tous les critères pour appartenir au genre existentialiste. Davantage évocation du mal-être d’un dépressif chronique tourmenté que film de genre, le film explore les conflits de générations et le désenchantement de l'après-guerre.
Un jeune homme fondamentalement honnête, enchaîne les petits boulots sans but précis, et passe ses nuits dans les bras de jeunes femmes, rencontrées lors de fêtes alcoolisées et enfumées. Désemparé, il accepte une mission du sinistre M. E. Portman : assassiner sa riche tante.
Un portrait juste et saisissant de la vie dans la capitale britannique alors que la Grande-Bretagne se remettait de la crise d'après-guerre. Le scénario est finement écrit. C’est magnifiquement filmé et rythmé par une bande originale jazzy et sensuelle qui accompagne à merveille les passe-temps mélancoliques des jeunes du quartier W11 et des habitués des pubs du début des années 60, pré Beatles.
Le jeu des acteurs est essentiel et permet d'explorer un univers où se mêlent ennui, espoir, aspirations et désillusions individuelles.
La photographie soignée, retranscrit à merveille l'existence misérable des habitants des studios de Notting Hill, quartier assez sombre et sordide en ce début des années d’une 1960, véritable paradis pour les chambres meublées, où des propriétaires terrorisaient leurs malheureux locataires. On aperçoit également Londres, notamment Kensington Gardens, et même une superbe vue de Kenwood House sous la neige