Il y a des films qui bousculent, non par leurs cris, mais par leur étrangeté maîtrisée, leur violence nue, leur refus de rassurer. White God de Kornél Mundruczó est de ceux-là. Un film qui commence presque banalement — une adolescente, son chien, un conflit familial — pour se transformer lentement en fable apocalyptique, en cauchemar social où les laissés-pour-compte se révoltent. Sauf qu’ici, les laissés-pour-compte ont quatre pattes.

C’est une idée folle, presque grotesque sur le papier : une armée de chiens errants qui s’organise et se rebelle contre l’humanité. Mais Mundruczó parvient à en faire un poème sauvage et brutal, où le réalisme côtoie l’allégorie sans jamais sombrer dans le ridicule. Le miracle tient à cette mise en scène sèche et tendue, presque documentaire par moments, et à la performance de ses acteurs — y compris, surtout, celle des chiens, filmés avec un respect et une intensité qu’on réserve d’habitude aux humains.

Le cœur du film, c’est Hagen, le chien abandonné, trahi, dressé à la violence, puis échappé. Son parcours rappelle celui de tant d’individus qu’une société trie, exclut, détruit. Il devient malgré lui le symbole d’une colère collective. Et quand les cages s’ouvrent, la vengeance a le goût de l’ordre renversé. Ces scènes où les chiens prennent la ville, filmées sans effets spéciaux, provoquent un vertige viscéral. On pense à Les Oiseaux de Hitchcock, mais aussi aux soulèvements humains, aux révolutions muettes.

À travers cette fable, Mundruczó parle de hiérarchie, de pureté, d’exclusion, de domination. Le titre lui-même — White God — évoque la violence symbolique de l’homme blanc, maître auto-proclamé du vivant. Le film n’assène jamais ses messages : il les laisse infuser dans la chair du récit, dans les regards, dans le silence tendu d’une ville désertée.

La dernière scène, bouleversante, suspendue entre menace et apaisement, n’apporte pas de réponse. Elle fige le moment où la musique — celle que joue la jeune Lili au trombone — devient peut-être la seule forme de communication possible entre les mondes. Une note d’espoir, mais fragile, incertaine.

White God est un film rare : à la fois politique et sensoriel, rageur et poétique, improbable et nécessaire. Il gronde longtemps après la dernière image, comme un aboiement qu’on n’a pas su entendre à temps.

Brain-One
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le 26 mai 2025

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