J'aime beaucoup ce film incompris et un peu trompeur, il est vrai, au vu de l'affiche. Willard n'est pas du tout un film d'horreur, même s'il comporte quelques éléments horrifiques à la fin. Je peux comprendre qu'on soit déçu.

Je l'aime pour ce qu'il est réellement, c'est à dire le portrait psychologique sensible et précis d'un jeune homme très particulier. De loin, il ressemble à Norman Bates. D'abord physiquement, par sa longue silhouette dégingandée et son physique juvénile de gendre idéal. Il vit dans une énorme maison pittoresque qu'il partage, au début du film, avec une mère abusive et hypochondriaque qui rendrait n'importe quel enfant marteau. Il est introverti, solitaire, maladroit et peu sûr de lui. Ses seuls amis sont des rats qu'il élève dans la cave de la maison à l'insu de sa mère.

Mais à la différence de Norman, Willard ne perd pas la boule quand sa maman décède et ne se met pas à trucider son prochain. Il va au contraire commencer à respirer et tenter de prendre sa vie en main. Même s'il est un peu bizarre, il n'a rien d'un tueur en série ou d'un psychopathe. Willard a tout de même deux choses qui lui pourrissent la vie : il est brimé et moqué quotidiennement au boulot par son horrible patron (génial Ernest Borgnine) et il n'a pas de quoi payer les impôts de la maison familiale à laquelle il tient plus que tout. Pire : son patron, non content d'avoir piqué l'entreprise familiale et de faire de Willard son souffre-douleurs, tente par tous les moyens de lui piquer ladite maison, seul bien hérité de ses parents.

Le seul moment où le film verse un peu dans l'horreur, c'est quand Willard, comme on peut le prévoir,

se venge de son patron avec l'aide de son armée de potes rongeurs dans une scène grand-guignolesque et colorée à la limite du fantastique et dans la scène de vengeance des Rattus norvegicus pas très contents d'avoir été utilisés puis brutalement éliminés par leur maître.

L'essentiel du film n'a rien de fantastique ou d'horrifique, ce qui ne l'empêche pas d'avoir un fond très noir.

J'aime beaucoup son ambiance très particulière toute en contrastes. Visuellement, il y a un contraste très marqué entre les sublimes couleurs acidulées du film et la noirceur de l'histoire. Le physique solaire de Willard - il est blond comme les blés et a les yeux bleus - contraste fortement avec son tempérament angoissé et le soleil californien qui baigne le film contraste avec la noirceur de sa situation.

J'apprécie aussi beaucoup les aspects grotesques et grand-guignolesques du film. Willard vit dans un enfer ensoleillé et coloré peuplé de créatures grotesques et à la limite de la caricature, comme sa mère castratrice (jouée par Elsa Lanchester), son patron vulgaire et brutal ou la monstrueuse et envahissante amie de sa mère. Quand les rats attaquent Borgnine, les éclairages du bureau deviennent vert et rouge. La maison - Higgins-Verbeck-Hirsch Mansion à Los Angeles - est somptueuse mais son ornementation excessive et sa taille imposante ont quelque chose de monstrueux et d'étouffant.

Cette maison joue un grand rôle dans la vie de Willard. C'est à la fois un refuge et un piège dans lequel il s'enferme volontairement. Seule Sondra Locke y sera invitée brièvement, mais Willard est trop angoissé pour développer une relation amoureuse. D'abord sous l'emprise de sa mère et de son patron, Willard va peu à peu, comme l'aristocrate de The Servant, tomber sous l'emprise de Ben, mâle alpha et rat en chef qui n'en fait qu'à sa tête et le défie.


Bruce Davison fait une composition remarquable, à la fois délicate, subtile et clownesque, en grand ado névrosé, immature et mal dans sa peau. Il utilise admirablement l'expressivité de son visage, son langage corporel et sa grande silhouette longiligne pour rendre son personnage drôle, inquiétant et très touchant. Borgnine est juste énorme et en fait des caisses en grosse brute répugnante.

Willard est un film au charme étrange, portrait psychologique fouillé à la fois lumineux, splendide visuellement et très noir sur la fin, parfois à la lisière du fantastique et carrément grand-guignolesque par moments.

Créée

le 6 sept. 2026

Critique lue 15 fois

Willard

Willard

7

freddyK

le 7 déc. 2022

Suivre

Power Rongeurs

Sorti en 1971 et petit carton surprise du box office, Willard est l'un des premier films à mettre vraiment en scène des rats attaquant des humains. Succès oblige, le film engendrera de nombreux...

Willard

Willard

7

Boubakar

le 28 déc. 2020

Suivre

Drôles de rats.

J'avais découvert le remake de Willard quelques mois plus tôt, et j'avais été déçu du charcutage du studio ayant contraint Glen Morgan à tourner une fin inutile. Là, j'ai pu découvrir la version...

Willard

Willard

6

Fêtons_le_cinéma

le 21 oct. 2020

Suivre

Du parasitisme à l’émancipation

Willard se distingue des productions horrifiques mettant en scène des animaux tueurs dans la mesure où l’implication desdits animaux n’est pas stricto sensu négative mais sert de métaphore à la...

The Moor

The Moor

8

Mairrresse

le 1 févr. 2025

Suivre

La lande de la moor

Je commencerai par la superbe affiche qui reflète bien, pour une fois, l'ambiance sombre et oppressante du film et qui surtout met bien en évidence son gros point fort, le paysage.Car c'est la lande...

Backrooms

Backrooms

9

Mairrresse

le 22 juin 2026

Suivre

Critique de Backrooms par Maîrrresse

Je pense qu'on pourrait analyser en profondeur ce que représentent ces backrooms d'un point de vue psychologique ou psychanalytique. Toutes ces cloisons, ces longs couloirs, ces salles dépouillées ou...

L'Abominable Docteur Phibes

L'Abominable Docteur Phibes

9

Mairrresse

le 28 mai 2025

Suivre

Symphonie macabre en kitsch majeur

Un authentique chef-d'oeuvre kitsch et outrancier qui mélange allègrement horreur macabre, romantisme échevelé, esthétique Art déco et humour noir.Au milieu de cette orgie visuelle et sonore, Vincent...