La première fois que j’ai vu X (et je l’ai découvert avant Pearl), j’ai sincèrement cru tomber sur un film des années 70 que j’aurais loupé. Un de ces films de cinéma bis, poisseux, tournés à la sueur, coincés quelque part entre le cinéma d’exploitation et l’horreur rurale. Et d’ailleurs, je n’y croyais tellement pas que j’avais commencé une autre activité en même temps, avant d’être complètement hypnotisée. Et là… surprise. Je mets pause au bout de quelques plans. J’ai l’impression de regarder une VHS d’un film de 1974. Le grain, le cadre, la photographie me clouent. Rétro, mais jamais pastiche. Je repars. Je regarde. Et je me fais happer. Pas tant par l’intrigue (slasher, porn team dans une baraque texane, ça pue un peu le redneck party free du troisième âge). C’est l’ambiance qui me scotche. Je pense à Massacre à la tronçonneuse, à Marilyn Chambers sur le capot d’une bagnole, aux victimes de Vendredi 13 qui se fendent la gueule, à Shelley Duvall…
Et puis il y a Jenna Ortega, et je comprends que non : ce n’est pas une relique perdue, mais un pastiche soigneusement maîtrisé.
Mia Goth a réveillé en moi quelque chose qui s’appelle littéralement de l’Amour et du désir. Pas un désir sexuel vulgaire, mais une fascination magnétique. Elle capte l’image avec une telle intensité qu’il est impossible de détourner le regard, même pour vérifier s’il reste du pop-corn au fond du carton. D’ailleurs, avec elle, on oublie carrément le pop-corn.
Visuellement, X emprunte frontalement au cinéma sale et organique de Massacre à la tronçonneuse. Ti West adopte une image granuleuse, une lumière souvent écrasante, avec des extérieurs brûlés par le soleil texan et des intérieurs sombres, presque moites. Le cadrage est volontairement brut : beaucoup de plans larges qui laissent respirer le décor, puis des resserrements progressifs qui enferment les corps. La caméra observe, patiente, ne surjoue jamais l’horreur. Elle laisse le malaise s’installer. Le réalisateur refuse le jump scare facile : il préfère la montée sourde, la tension sexuelle et mortifère qui s’entrelacent. Le film avance comme une caresse qui finit par mordre.
Et puis il y a le maquillage. Élément capital. Le vieillissement artificiel de Mia Goth (dans un double rôle vertigineux) n’est pas là pour provoquer le dégoût facile, mais pour matérialiser une peur universelle : celle du corps qui lâche, du corps qui vieillit, du désir qui persiste quand la chair ne suit plus. X parle avant tout du temps qui passe, de ce qu’il vole, et de la violence que cela engendre. Une réflexion cruelle sur le regard, sur le désir, sur l’obsolescence des corps, et sur cette idée insupportable que la jeunesse serait la seule chose digne d’être filmée, désirée, convoitée. Sous ses airs de slasher rural crasseux, le film cache une mélancolie profonde et triste. Et quand la violence éclate, elle n’est jamais jouissive : elle apparaît comme la conséquence logique d’un monde obsédé par la jeunesse, le désir et la starification des corps. Un monde qui ne sait plus quoi faire de ceux qui ne provoquent plus le regard, plus l’excitation, plus la concupiscence.