X
6.3
X

Film de Ti West (2022)

« You're a fuckin' sex symbol. » MAXINE

A24 continue d’être un studio de production particulièrement intéressant pour le cinéma indépendant. X est une agréable surprise inattendu puisant son inspiration dans le cinéma des années 70. Le point de départ est original alors qu’une équipe se retrouve dans une ferme isolée du Texas pour tourner un film… Pornographique.

Ti West pourrait presque être qualifié d’homme orchestre (il s’occupe de la réalisation, du scénario, de la production et du montage) et on peut lui accorder que, bien qu’à l’image, le grain fasse inévitablement penser aux métrages des années 70 façon Tobe Hopper, il sait aussi s’amuser avec la caméra, le son, voire même avec les codes du genre car, dans X, ce n’est pas le sexe, contrairement à d’autres slashers, qui tue, mais bien l’abstinence. 

On ne peut, évidement, ne pas citer The Texas Chainsaw Massacre de Tobe Hooper, mais Ti West va aussi piocher dans les recoins moins exposés de la filmographie du maitre texan, notamment dans Eaten Alive pour son utilisation magistrale de la menace animale, complétant les vicissitudes humaines, et dans The Texas Chainsaw Massacre 2 pour son humour noir auto-parodique, qui explose lors d’un climax hilarant, contre toute attente.

De film pour adultes, il est d’abord question dans le bien nommé X. En compagnie de son équipe de tournage fauchée, Maxine ambitionne de réussir dans ce genre cinématographique alors en plein essor (le récit se situe durant l’été 1979). Ils investissent dans ce but la dépendance d’une ferme isolée, au grand dam du propriétaire, un vieux redneck peu affable et plutôt mécontent de voir débarquer chez lui une telle troupe. La situation, tendue dès les premiers échanges avec le grand-père, va bien évidemment dégénérer jusqu’au point de non-retour. La gâchette facile, Howard Douglas demeure sur le qui-vive et protège sa maison des agresseurs comme autrefois la nation (il fut soldat pendant la Première Guerre Mondiale). La jeunesse lui apparaît comme une infraction et une provocation : une horreur en soi.

Le film pourrait s’arrêter là et faire de ce choc des générations (les vieux conservateurs contre les jeunes). Mais c’était sans compter sur Maxine, prompt à attiser le désir et qui, justement, tape tout de suite dans l’œil de Pearl Douglas, la grand-mère. Si bien que cette dernière ira jusqu’à se glisser subrepticement dans ses draps durant son sommeil, au risque de terroriser cette perle convoitée. Ce qui ne manquera pas d’arriver. Coucher avec son image vieillie (Mia Goth interprète les deux personnages) : l’horreur a subitement changé de camp.

Mia Goth incarne à la fois Maxine et Pearl. L'actrice britannique est pour l'occasion méconnaissable sous le maquillage et les prothèses. Elle a aussi appris à maîtriser la gestuelle du personnage et a suivi un entraînement pour modifier sa voix. En plus de leur interprète, ces deux personnages ont en commun d'être prêts à tout pour obtenir ce qu'ils désirent. Maxine et Pearl ne sont pas les mêmes femmes, elles sont deux facettes d’un même personnage.

Le désir est du côté des femmes, chevillé à leur corps, quand les hommes s’avèrent davantage préoccupés par la mise en exergue de leur virilité et leur statut de mâle dominant. Le rapprochement entre film d’horreur et pornographique est opportun dans la mesure où Ti West ne se contente pas de les réduire à un principe de vases communicants, en associant pulsion de vie et pulsion de mort. Le film s’emploie à destituer les hommes de leurs privilèges, voire à les moquer, non sans une certaine autodérision. Symboliquement, la première victime sera en effet R.J., le réalisateur de l’équipe et dépositaire du regard masculin. Wayne, l’arrogant producteur et petit ami de Maxine, connaîtra à son tour un destin aussi funeste que ridicule. Parti en slip à la recherche de R.J., Ti West ne manque pas de filmer son physique avantageux avant de le faire littéralement tomber de son piédestal. Une sentence on ne peut plus explicite : le retour de bâton du voyeurisme masculin se voit ici pointé sans ambivalence.

Quant à Pearl, la grand-mère, elle tout simplement qu’on lui fasse l’amour malgré son âge. Elle ne réclame pas seulement d’être aimée (son mari lui est entièrement dévoué), mais qu’on puisse encore la faire jouir. Lorsque R.J. se montre réticent face aux avances de la grand-mère, il encourt aussitôt le risque de perdre ce supplément de vie qu’il lui dénie. Dans le slasher, les plaisirs de la chair précipitent habituellement le sort des personnages. Le sexe y est monstrueux parce qu’entaché de puritanisme. S’opposer à faire jouir l’autre vaut ici condamnation : quand cette dernière étincelle est refusée au corps vieilli, les giclées de sang enflamment les sens et supplantent ceux des semences séminales.

Ti West réussi à regarder passionnément ses actrices, à poser son regard sur elles pour en faire des héroïnes qui restent en mémoire. Le slasher en demande rarement autant, les cantonnant à des rôles accessoires ou, pire, à des faire-valoir. Maxine constitue en ce sens l’un des plus beaux personnages. Jenna Ortega, quant à elle, fait exploser les carcans de la jeune femme sage et comme il faut, qui, à une certaine époque, aurait constitué une final girl moralement irréprochable toute désignée. La pin-up Bobby-Lynne incarnée avec fraîcheur par une Brittany Snow que l’on croyait enterrée quelque part dans les années 2000, apporte un twist savoureux à l’archétype de la fille blonde et facile, en faisant preuve de ressources, d’intelligence et de piquant.

N’omettons pas les rôles masculin de Owen Campbell dans la peau du réalisateur R.J., de Martin Henderson dans le rôle du producteur porno et enfin de Kid Cudi qui incarne avec drôlerie l’acteur porno dans toute sa splendeur.

Ti West réussi un film d’horreur qui, bien que parfois effrayant et provocateur, rempli les critères des très bon slashers le tout sur fonds d’années 70 en hommage au pionnier du genre. De plus, il ne semble pas vouloir s’arrêter ici puisqu’il a déjà sorti un prequel intitulé Pearl, et qu’il envisage de réaliser une suite : MaXXXine, et ce n’est pas pour nous déplaire aux vues de la prestation éblouissante et intrigante de Mia Goth dans ses deux rôles.

StevenBen
8
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le 20 juil. 2024

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Steven Benard

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