Ah enfin, Quentin Dupieux refait du Quentin Dupieux.

À titre personnel, j’ai toujours eu l’impression que Dupieux avait connu une sorte d’âge d’or entre 2007 et 2015, avec une préférence nette pour sa période 2010-2015, celle que j’appellerais volontiers sa période américaine. C’est là, selon moi, qu’il allait le plus loin dans l’absurde, pas juste pour faire bizarre, mais pour déranger quelque chose chez le spectateur, pour l’obliger à se demander ce qu’il regardait, pourquoi il le regardait, et quel est sa relation avec ce qu'il regarde. Puis après ça, Dupieux a enchaîné les films, beaucoup de films, une chiée de films même, pas forcément mauvais, mais pas vraiment bons non plus. Des films dans lesquels je le cherchais sans vraiment le retrouver. J’avais l’impression d’avoir perdu mon petit Quentin dans un centre commercial, entre deux rayons absurdes mais un peu trop bien rangés. À force, je commençais même à l’exécrer, ce qui est probablement la manière la plus dupieusienne de dire qu’il me manquait.


Et puis il y a Yannick. Et là, c'est la grande retrouvaille. On retrouve l’absurde, mais le vrai absurde à la Dupieux : sec, frontal, inconfortable, drôle sans chercher à caresser le spectateur dans le sens du poil. Le film ne se contente pas de proposer une situation improbable ; il s’en sert pour interroger directement la place du public face à une œuvre. Qu’est-ce qu’on attend d’un spectacle ? Qu’est-ce qu’on a le droit d’exiger ? Qui possède vraiment une œuvre une fois qu’elle est montrée ? L’artiste, le spectateur, celui qui paie sa place, celui qui s’ennuie ?


Ce qui fonctionne très bien dans Yannick, c’est son équilibre: le film aurait facilement pu devenir trop long, trop appuyé, trop conceptuel ou trop gratuitement absurde. Mais non, une grosse heure, et c’est parfait. Pas une scène en trop, pas une scène qui manque. Dupieux pose son idée, la pousse juste assez loin, laisse le malaise et l’humour se mélanger, puis s’arrête avant de tout abîmer. C’est court, net, intelligent, drôle, absurde, et surtout parfaitement maîtrisé. Yannick m’a rappelé pourquoi j’aimais Dupieux avant d’avoir l’impression de le subir. Un petit film, oui, mais un vrai film de Quentin Dupieux et franchement, ça faisait plaisir de le retrouver.

TheobaldInsanos
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le 10 juin 2026

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