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le 4 août 2015
SuivreL'art des fouines
La grande famille des Rougon-Macquart, arbre gargantuesque aux ramifications innombrables et entremêlées, commence avec une seule femme. Adélaïde Fouque n’a aimé que deux hommes au cours de sa très...
La Fortune des Rougon est le premier Zola que je lis de plein gré. Le premier Zola était La Bête humaine, mais je ne m’en souviens absolument pas, je sais seulement que ça parlait d’une locomotive et d’un mec peut-être bien amoureux de cette dernière. Peut-être que je ne l’avais pas vraiment lu, d’ailleurs, ce ne serait pas impossible, c’était un livre pour l’école. Enfin soit, ce qui est fait est fait.
Avec La Fortune des Rougon, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Peut-être à un roman dans lequel rien ne se passe, beaucoup de descriptions interminables, avec ce fameux naturalisme qui me faisait un peu peur : j’avais cette crainte de devoir traverser des pages entières de descriptions d’une inutilité sans nom, avec assez peu de choses autour pour me récompenser de l’effort, genre un dialogue de deux lignes dans lequel on n'apprend rien. En fait, j'avais peur d'assister à une pièce de théâtre mortellement ennuyante pendant laquelle une réplique est lâchée toute les 5-10 minutes.
Que nenni !
À vrai dire, j’ai vraiment beaucoup aimé le style, l’écriture, les images proposées par Zola, la poésie de sa plume, cette manière de rendre les lieux, les corps, les passions et les rancœurs vivants, presque palpables. Les descriptions ne m’ont pas paru gratuites car elles installent une atmosphère, elles donnent du corps au monde, elles donnent à cette histoire familiale une dimension presque organique voire nécessaire. J’ai encore plus aimé la structure du roman, Zola avance par grandes périodes, autour de Silvère et Miette, Adélaïde, Pierre, Antoine et les autres, comme s’il découpait une immense fresque en plusieurs tableaux, on a l’impression de lire des mini-histoires à l’intérieur de la grande histoire, des blocs de vie qui s’assemblent peu à peu pour former quelque chose de beaucoup plus vaste. Ca m'a fait penser au cycle de Fondation d’Asimov (rapport choucroute), toutes proportions gardées : on sent qu’un monde se construit par strates, par générations, par transmissions, par conséquences, et ça, j’adore.
Les personnages, eux, sont attachants chacun à leur manière, souvent pour le meilleur, mais surtout pour le pire, ils sont pleins de vices, d’ambitions, de tristesses, de peurs, de calculs minables et de grandeurs pathétiques. Zola arrive à donner de la profondeur, parfois même une forme de charme, à des êtres pourtant rarement admirables. Il les regarde avec une ironie non dissimulée, mais sans jamais les réduire complètement, on les juge, on les méprise parfois, mais on les comprend aussi. Bon, exception faite de Granoux, Roudier et toute la clique du salon jaune, pour lesquels je n’en avais pas grand-chose à foutre, mais enfin, ce sont Les Rougon-Macquart, pas Les Granoux-Roudier, donc on pardonnera à Zola.
Ce qui m’a surtout impressionné, c’est cette sensation de voir un immense projet se mettre en place : Zola plante les bases, dresse les premières branches d’un arbre généalogique, installe les tensions, les tares, les ambitions, les héritages, on sent déjà l’ampleur de l’œuvre à venir. Et surtout, on sent une rigueur incroyable : dans l’écriture, dans la construction, dans la pensée, je ne saurais pas forcément dire précisément pourquoi, mais tout semble pensé, articulé, comme si Zola savait déjà exactement jusqu’où il voulait aller.
La Fortune des Rougon m’a donc très agréablement surpris. Je redoutais un classique indigeste ; j’ai trouvé une fresque vivante, ironique, ambitieuse, poétique, déjà passionnante, et je suis certain d’une chose : ce ne sera pas mon dernier Zola.
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Créée
le 1 juil. 2026
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