Encore un très chouette film de Hong Sangsoo. On y retrouve tous les éléments propres à son cinéma, les marivaudages, l'alcool, les longs plans sur les acteurs en train de picoler avec quelques zoom et dézoom, bref on se sent à la maison.
C'est d'ailleurs le premier film où il semble y avoir un petit discours critique vis-à-vis de l'alcool. D'habitude tout le picole sans se soucier des conséquences et là on un personnage à qui on demande se limiter sa consommation. Bien sûr l'alcoolisme n'est pas au centre du film, c'est plus un prétexte pour qu'un couple se dispute, mais dans un cinéma où l'on boit tant, c'est à noter.
L'originalité de ce film réside dans son héroïne. C'est une jeune fille qui fait une pause dans la relation avec son copain et qui rencontre d'autres hommes. Le côté absolument dérangeant de ces rencontres c'est que ces hommes la connaissent et que elle fait semblant de ne jamais les avoir rencontré, allant jusqu'à s'inventer une sœur jumelle.
Le malaise est donc présent à tous les niveaux puisque les hommes vont insister en lui disant que si ils ont bu ensemble il y a trois ans à tel ou tel endroit et elle feint vraiment de n'avoir même jamais mis les pieds à cet endroit. Ce qui est amusant c'est qu'elle se fait à un moment presque piéger, mais qu'elle n'en démord pas.
Et là où Hong Sangsoo est fort, comme à son habitude, c'est dans l'imprévisibilité des séquences. Souvent dans la même séquence passe du rire aux larmes et inversement. Et là ce qui est intriguant c'est de voir cette fille clairement envoyer bouler ces hommes pour malgré tout rentrer dans leur jeu de séduction et très largement surenchérir avec un discours bien rôdé. Ce qui rend l'attitude de la fille encore plus étrange. Elle ne semble pas chercher à se débarrasser de boulets.
Et ce qui est brillant c'est qu'à chaque fois qu'on pense qu'un schéma va se répéter, Hong Sangsoo va réussir à varier légèrement pour nous surprendre, pour nous faire goûter à une variation. Difficile de dire à quel point j'apprécie cette façon de faire, de faire en sorte que les séquences se répondent autant les unes les autres.
Enfin, que dire de la fin du film qui arrive sur le même principe que tout le reste, avec cette fille qui fait semblant de ne jamais avoir rencontré une personne, arrive à être délicieusement mignonne, tout en étant malgré tout un peu glauque puisqu'on se demande si c'est un petit jeu pervers qu'elle joue là, ou si au contraire c'est avec une profonde candeur et sincérité qu'elle s'exprime.
J'aime lorsque les films jouent de la sorte avec les faux-semblants, où le spectateur (et les personnages) ne savent pas trop sur quel pied danser.
Bref, une franche réussite !