Reflets et sensations

Avis sur Batman: Arkham City sur PlayStation 3

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Version PlayStation 3

Qu'est-ce qu'il y a encore à attendre des grosses productions vidéoludiques depuis le début de cette décennie ? Est-ce que je n'y joue que par habitude, parce que si on est passionné de jeux vidéo et que l'on souhaite en suivre l'évolution, forcément il faut s'attacher aux grosses licences, à leurs magnifiques graphismes, leur monde ouvert à moitié incohérent, leur gameplay efficace mais générique, leur niveau de difficulté ridiculement bas, leurs explosions, leurs scénarios grandiloquents mais neuneu... Quelle évolution suit-on, au juste ?

C'est la grande décennie de l'uniformisation. Celle où l'on gomme toutes les aspérités, où tout doit être consensuel pour plaire à un maximum d'âmes. Ne heurter personne, créer une zone de confort universelle, matrice d'un capitalisme globalisant. Bien sûr, on ne parle plus que de jeux vidéo, là. Mais ces derniers sont, à l'instar de maintes incarnations de la culture populaire, de fidèles reflets de la société et l'image qu'ils me renvoient est celle d'une époque fade qui troque l'espoir pour le confort.

Et puis, de temps en temps, il y a ces jeux qui ne changent rien mais qui, au moins, ont le mérite de vous divertir. Des œuvres un peu plus intelligentes, plus respectueuses de leur public que la moyenne. Arkham City semble suivre le troupeau mais il s'en démarque quelque peu parce qu'il parvient à vous faire croire au monde de Batman par un constant souci du détail qui maquille sa structure de jeu vidéo somme toute classique. Il ne vit pas que pour lui même, mais se veut le dépositaire d'un univers culturel ramifié à travers le temps et les médias depuis maintenant 80 ans. La question posée par Rocksteady, le développeur, semble être: "Comment rendre hommage à cette mythologie et faire participer le joueur à ce grand rituel vidéoludique ?"

Cet épisode propose un open world, contrairement à l'opus précédent ? Voilà qui permet enfin de faire "voler" Batman sur des distances suffisantes pour faire ressentir au joueur des sensations purement grisantes. Ce simple mode de déplacement permet en outre une identification plus intense, une impression de puissance, voire d'omniprésence, parfaitement justifiée par une map qui a le grand mérite de ne pas trop s'étendre. Le but n'est pas de perdre le joueur dans d'immenses environnements vides mais de lui permettre de maitriser l'espace de cette prison à ciel ouvert, exactement comme le ferait Batman (oui, je lui ai posé la question pour être sûr).

Même chose pour le système de combat, d'une ergonomie et d'une souplesse comme je n'en avais plus connu depuis Prince of Persia sur PS2. Facile à prendre en main, deux boutons suffiront à faire face à la plupart des situations. Mais la véritable puissance du Chevalier Noir ne se dévoile qu'en utilisant une panoplie de gadgets et de combos dont la diversité ne vient jamais embrouiller le joueur mais plutôt le soutenir dans les situations délicates.

L'autre grande phase de gameplay, l'infiltration, est sans doute le seul aspect du titre qui finit par épuiser son lot de sensations, excepté peut-être à la toute fin du jeu. Ces séquences n'en restent pas moins assez intenses et indispensables à la sauvegarde de l'équilibre entre action et subtilité, tout en renforçant une fois de plus l'identification du joueur à Batman.

Arkham City est incontestablement orienté grand public et pourtant il parvient parfois à détourner les aides les plus attendues dans ce genre de production. Vous devez vous entretenir avec Mister Freeze pour le bon déroulement de l'intrigue ? Plutôt que de l'indiquer un peu stupidement sur un radar, c'est au joueur de le chercher à l'aide d'un thermomètre (un bat-thermomètre, s'entend), Freeze se dissimulant de toute évidence dans les recoins les plus glacials d'Arkham City. L'aspect recherche est bien présent, même s'il n'est malheureusement pas assez exploité pour enrichir véritablement le gameplay. Malgré tout, des séquences plus originales que le diptyque action/infiltration parviennent régulièrement à relancer l'intérêt du joueur, à l'étonner, à le faire sourire. Arkham City sait se renouveler sans jamais se perdre en cours de route, preuve d'une véritable vision de la part des développeurs.

Le scénario enfin, ne se risque pas aux grandes réflexions de quelques-uns des meilleurs comics de Batman. C'est du scénar' popcorn, mais pas débile. Paul Dini parvient à dresser un tableau assez large du batverse, à l'instar de ce que fait un certain Jeph Loeb dans "Un Long Halloween" ou "Silence", par exemple. Pas mal de personnages ont des rôles importants dans l'intrigue et les inévitables caméos et autres personnages secondaires n'embrouillent jamais le déroulement de l'histoire et sont plutôt bien intégrés dans l'ensemble.

Cerise sur le gâteau, les énigmes optionnelles de l'Homme Mystère refont leur grand retour dans cet opus, et si certaines se résument à une découverte imbécile de trophées cachés dans le décor, beaucoup d'autres nécessitent une véritable réflexion de la part du joueur et une pensée latérale capable d'exploiter de manière ingénieuse l'arsenal de gadgets de l'homme chauve-souris. Et voilà comment avec des missions pourtant secondaires, Rocksteady enterre les énigmes des trois quarts de la production vidéoludique. Loin d'être négligeables, ces (très) nombreux petits défis de l'homme-mystère constituent carrément un jeu dans le jeu. Ils m'auront finalement occupé aussi longtemps que la mission principale et étonnamment amusé, au point de ne pas lâcher l'affaire avant de les avoir tous résolus. Finir un jeu à 100%... ça ne m'était plus arrivé depuis très longtemps. Preuve s'il en fallait du potentiel de cet Arkham City !

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ces innombrables clins d’œil, références et secrets qui pullulent dans le jeu. Un hommage presque constant qui agira comme un second niveau de lecture pour tous les fans de Batman. Une exploration jouissive qui demande parfois de s'arrêter, de prendre son temps, d'observer, avant un nouveau grand huit, un nouveau saut de l'ange depuis le toit d'un immeuble, un dernier uppercut au nom de la justice nocturne.

Pourtant, il y a évidemment moyen de faire mieux avec un héros tel que Batman. Comment ne pas rêver d'une Gotham en monde ouvert avec des civils et des véhicules parcourant ses veines d'asphalte ? Comment ne pas penser à des enquêtes plus approfondies, à un scénario peut-être plus intimiste, à des séquences en journée dans la peau de Bruce Wayne ?

Mais ce soir, je me contenterai de ce jouet-ci. Il me suffit, encore une fois, pour voyager dans cet autre monde où la bouffonnerie cache parfois de bien étranges vagues à l'âme.

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