Zvarri !... Je vois que ce jeu ne vous a pas transporté, messire Wolf !

Avis sur Phoenix Wright : Ace Attorney - Trials and... sur Nintendo DS

Avatar Alex D. Wolf
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Je vais encore passer pour celui qui ne comprend rien à certains jeux "trop d'la mort" mais j'avais placé pas mal d'espoirs en ce Trials&Tribulations, des attentes qui n'ont malheureusement pas été comblées (et qui furent encore plus grevées par le futur Miles Edgeworth 2, qui enterre proprement celui-ci).

Parce qu'envers et malgré tout, T&T reste et demeure un Ace Attorney "by the books" jusqu'à la corde. Ce pourrait être une qualité mais ayant fini les deux jeux précédents ainsi que Appolo Justice, je crois que j'attendais une bouffée d'air, un quelque chose de réellement nouveau (et pas juste un nouveau procureur dont l'identité est détectable dès la deuxième affaire si on remarque les détails, ni un avocat différent, j'espérais quelque chose de plus "concret") et dans le fond, rien de spécialement innovant ne vient égayer un cadre connu, ni le tableau déjà vu et revu.

Maya est plus soûlante que jamais (faudra qu'on m'explique ce que Phoenix lui trouve, en plus elle est moche) le juge est plus con que jamais (il touche sérieusement le fond dans cet opus) Fransziska est plus artificielle que jamais (elle se paie même un rôle de Maya-bis et son fouet je l'ai jamais supporté, ce n'est pas drôle et ça décrédibilise n'importe quelle situation) les deus ex machinae sont plus prévisibles que jamais (limite je pouvais faire le compte à rebours sans me tromper), les procès ne sont sauvés de la noyade que par le charisme de Godot et pire que tout, la dernière affaire comporte plus d'hérésies physiologiques que je n'en saurais compter. Attention, big spoils dans les deux prochains paragraphes.

Non, une gamine de neuf ans ne peut pas passer 36 heures par -10° sans manger et en sortir pimpante comme si elle avait gagné un cache-cache (vous me direz, elle ne peut pas non plus se transformer en bombasse de trente balais sans broyer allègrement la loi de conservation des masses). Non, on ne peut pas faire de bleus à un cadavre, dès qu'il n'y a plus de circulation sanguine il n'y a plus d'hématomes. Non, le coup du pendule n'est pas une explication fiable parce que l'expérience avait une chance sur cent de marcher, surtout en nouant le bâton avec le corps, ce qui devait causer un jeu monstrueux à moins de faire un nœud très solide qui risquait fort de ne pas se détacher à l'extrémité, sans même parler d'inertie et de perte de vitesse dans la remontée. Non, une fille aussi frêle qu'Iris n'a pas la force requise pour transpercer un corps froid de part en part avec un Shichishito... Je pourrais continuer longtemps. En terminant sur, non, un avocat n'est pas au sommet de la profession parce que pour la première fois de sa vie il a dû gagner une manche contre un procureur sans l'aide d'un mentor fantôme.

Autre point, et encore du méchant spoil à passer si vous n'avez pas fait le jeu : le personnage de Dahlia. Autant dans la première affaire, elle m'avait fait un effet sidérant, je voyais vraiment en elle un personnage exceptionnel, autant l'impression s'est émoussée et à la cinquième affaire, pfou, j'étais pressé qu'elle dégage, avec en plus le bon vieux tour de passe-passe de la vraie jumelle qui permet absolument tout et n'importe quoi et le pseudo-pathos qui l'entoure. On (elle) nous répète qu'elle n'a jamais connu l'amour. Euh, c'est quoi la formule, déjà ?... Show, don't tell ! Les flashbacks, les démonstrations, ça coûte pas cher et ça explique bien mieux !

Alors certes, on parle de Ace Attorney, la série qui s'est régulièrement nettoyé le fondement avec le genre de détails que je viens d'énumérer, la série comique et guillerette qui se prétend pas polar de rigueur, la série dans laquelle on cherche essentiellement des personnages déjantés et des retournements de situation EPIC avec une bonne OBJECTION qui transpire le "toi, j'te tiens, et j'vais t'faire cracher le morceau !!!", sauf que quand on voit la précision minutieuse avec laquelle les meurtres sont établis (très rigoureux sur l'heure, la méthode, le mobile et tout) c'est dommage de voir le tout s’effondrer sur des détails aussi triviaux et manifestes. Si tu espères que je m'extasie sur ta finesse d'écriture, commence par arrêter de me prendre pour un attardé.

Avec Ace Attorney, on parle aussi de la série dans laquelle les témoignages comportent fréquemment trois ou quatre failles potentielles pour deux ou cinq preuves, dont il ne faut retenir au final qu'une seule combinaison. Cela m'a parfois gavé, je présente X sur la phrase Y, dans mon esprit c'est ultra-évident que ça débouche sur Z, mais le jeu exige que je présente A sur B pour C d'abord, y a aucune permission, aucune alternative, avec parfois une logique pas transparente. Si t'as pas sauvegardé récemment, tu vas devoir tout te retaper alors que tu en étais à l'instant où tout le monde était tenu en haleine par la révélation qui n'allait plus tarder et que tu n'as pas découverte parce que la preuve que tu as montré était la mauvaise selon la logique ultra-exclusive du jeu. Encore que, le jeu est moins dur que Justice for All, à mes yeux.

Alors, peut-être (sûrement) n'ai-je pas compris la puissance de cet ultime Phoenix Wright, mais je me souviens dans quel état de nerf j'étais quand j'ai fini la quatrième affaire du premier jeu, je vois quel engouement me suscite cette affaire ultime... C'est pas comparable, dirons-nous. Les trois premières enquêtes restent classiques dans leur cahier des charges, avec des personnages volontairement irritants (Matt Moissat) ou exagérés (Furio Tigre) et les marques de fabriques qui m'ont plus dérangé que par le passé, et en ce qui concerne les deux dernières, je ne peux pas dire que j'ai été emballé. Dans l'absolu, le jeu clôt dignement la trilogie en répondant à toutes les questions et en fermant toutes les pistes disséminées précédemment, ça, je le lui concède ; mais sur tous les autres points, ça oscille entre le "Ace Attorney correct" et le "bouuuuuh".

Et je le redis, mais avoir connu Miles Edgeworth 2 par la suite ne me rend que plus amer encore à son égard tellement ce spin-off arrive tellement, mais tellement mieux à écrire son intrigue...

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