Pour le meilleurs et pour le pire
Assassin's Creed c'est un peu une beauté qui n'a rien à dire, sexy à s'en damner mais qui ondule comme une planche. On subit un mariage arrangé, ça fait bien en société mais on perd son temps et au final on se demande ce qu'on fout avec.
Comme de coutume Ubi nous sort son fleuron mercantile annuel, boosté aux graphismes généreux et au gameplay bâclé. Je suis mauvaise langue... ils ont amélioré leur système de combat, si si, avant de le détruire pour cet épisode afin de rendre le challenge plus difficile. Cependant la répétitivité assourdissante des précédents épisodes a été améliorée. Les missions annexes sont riches, variées et relancent assez bien la quête des 100%.
Le Paris proposé est sublime et cohérent. Quel plaisir pour quelqu'un qui y vit de se retrouver assez facilement : "ah je suis face au panthéon... alors je continue tout droit, j'prend à droite et je devrais pas tarder à tomber sur le quartier latin." on est à la maison. Entre les monuments c'est moins facile, très similaire et bordélique, mais on va dire qu’Haussmann n'était pas encore passé par là. Il y a plein de contenus enrichissants, comme les chansons, les textes... vraiment c'est chouette malgré quelques anachronismes c'est même beaucoup mieux que ce que j'escomptais. Alors bon on se retrouve avec des chapeaux fin 19ème en pleine révolution, des enseignes de tabac parisien modernes, et même des enseignes de barbier américain. Le grand n'importe quoi. Mais à côté de cela on profite de discours authentiques, je préfère cela que l'inverse.
L'histoire est meilleure que d'habitude. Enfin... elle est meilleure car on nous épargne les manigances d'Abstergo qui n'ont ni queue ni tête pour focaliser sur le passé. On s'était fait à l'idée que ce qui aurait put être un chef d'oeuvre de background soit plat à mourir au point qu'il ne veuille rien dire. On s'était habitué à n'en avoir plus rien à foutre. Ce qu'il reste est digne des autres AC : creux, sans réel tenant et aboutissant. Le but n'est visiblement pas de nous prendre dans une histoire forte mais de meubler assez intelligemment pour nourrir une trame de fond immersive, un prétexte agréable. Tant qu'on ne cherche pas plus loin on est satisfait.
Il y a a quand même un vilain problème : que des libéraux comme les patrons de chez Ubi trouvent que les libertés ne sont bonnes que pour les entrepreneurs et pas pour le peuple c'est leur problème, mais de là à dénaturer un jeu pour éviter de faire passer un message qui ne leur convient pas c'est tout de même dérangeant. Si la portée démocratique de la révolution française ne leur convient pas qu'ils choisissent une autre époque. Ou qu'ils gardent cette haine du peuple et nous fassent jouer un templier, ou un assassin intronisé à une époque où la cellule assassine est complètement à côté de la plaque quitte à faire un gros twist et badaboum Arno remet tout le monde dans le droit chemin. Mais non, au lieu de cela on se tape ses petites remarques à la con du genre "ah vraiment ils se foulaient pas pour écrire des chansons ces paroliers sanguinaires..." Mélanchon n'a pas vu le mal où il était. Le problème n'est pas que l'on montre la foule révolutionnaire assoiffée de sang, d'abord elle l'était un peu, mais surtout c'est un jeu d'action donc évidemment ça tire dans ce sens pour profiter de l'époque. Le problème c'est le rejet de l'intérêt qu'un peuple puisse vouloir décider de lui même. Bref.
D'un point de vue gameplay la force de la réalisation d'AC Unity est d'être tellement prévisible qu'on accepte avant même de l'avoir installé de se coltiner les tares ataviques du jeu (sur PC tout du moins ça en devient caricatural). La pire étant le freerun de merde qui vous envoie là où vous ne voulez pas aller, qui vous empêche d'accéder là où vous voulez aller, avec une imprévisibilité démoniaque. Sauf pour les fontaines, là c'est systématique on se retrouve à courir en rond comme une bille sans pouvoir en dégager simplement. Ajoutons à cela les bugs terrifiants du type "je reste bloqué dans un objet" ou sur un objet, c'est encore plus drôle en plein milieu d'une mission... ou bien les crevages de plancher, chaque saut devenant une surprise potentielle : alors passerais-je au travers du sol ou pas ? ... effarant. Vive les correctifs à rallonge.
Un point qui me fatigue aussi c'est l'interconnexion. J'ai horreur des jeux en réseau, y mettre les pieds c'est pour moi devenir assurément no life. Je m'y refuse et je préfère un jeu solo riche. Assassin's creed était pour moi du pain béni et il a fallu qu'ils en rajoute au point de me permettre d'accéder à des items seulement si on a gagné une compétition en ligne ou joué à leur débilité sur smartphone. Ça me gave au dernier degré. Mais celles et ceux qui aiment ça seront ravis.
8 pour les graphismes, l'ambiance et les apports culturels, 2 pour la jouabilité, la manipulation intellectuelle et le bridage en solo, cela nous fait 10, que je divise par deux : 5. Ben ça fait la moyenne, c'est toujours ça.