Après avoir fait la vitrine technologique et ludique du PS VR avec Rescue Mission puis de la Playstation 5 et sa Dualsense avec Playroom, la licence Astro de la Team Asobi se décline désormais dans un jeu de plate-forme plus complet, avec un temps et des moyens de développement plus importants que jamais pour le studio qui a doublé de taille durant le développement, visant à offrir une véritable célébration de Playstation à l’occasion de ses 30 ans. Le contexte éditorial difficile de Sony en a même fait son exclusivité majeure de l’année 2024 et si le studio avait montré tout son talent sur des projets de plus faible envergure, il leur restait à le prouver en pareilles circonstances.
RÉALISATION / ESTHÉTISME : ★★★★★★★★☆☆
Astro Bot profite d’une réalisation tout simplement irréprochable et s’impose sans surprise comme la nouvelle vitrine technique parfaite de la Playstation 5, affichant une tonne d’éléments de décor avec lesquels on peut interagir sans jamais perturber les 60 FPS constants, animant de partout l’environnement très détaillé qui peut complètement se transformer sous nos yeux ébahis, enchaînant les séquences avec des temps de chargement aussi courts que nous laissant aux commandes, gérant les fluides avec une précision déconcertante, recourant sans arrêt aux retours haptiques de la Dualsense pour offrir des sensations de jeu imparables…
Si Astro’s Playroom avait pavé la voie avec son excellent moteur, l’avoir suivi si brillamment reste un sacré tour de force. En dehors de l’effet de flou, très bien fait, sur le décor lointain, Asobi est parvenu à un résultat extra-ordinaire sans véritable compromis. Et qu’un genre de jeu comme celui de la plateforme 3D pure profite d’une telle qualité est franchement remarquable en 2024, à des années-lumière du Super Mario Odyssey qui devrait idéalement s’imposer comme la référence de sa génération mais qui souffre des limites techniques imposées par la politique éditoriale de Nintendo offrant cette opportunité à Sony, pleinement saisie par cet Astro Bot.
Le scénario simple et prétexte à l’hommage à Playstation a toujours le bon goût de se limiter aux gags burlesques sans dialogues parlés. Certes, ça reprend sans vergogne le schéma narratif de Rescue Mission et ça limite les ambitions scénaristiques, mais c’est parfaitement adapté au genre et au ton du jeu. De la même façon, la direction artistique propre à la franchise Astro cède à la tentation du recyclage à outrance pour se concentrer davantage à retranscrire le fan-service Playstation, ce que je comprends et accepte très bien puisque c’est la promesse centrale du jeu.
Et cette promesse est tenue sur toute l’aventure à travers le système de bots VIP à sauver repris des anciens épisodes avec ce mini-jeu informel qui est de comprendre le personnage référencé à travers son design, puis une description humoristique avant de découvrir son animation signature. Il est juste dommage que le jeu n’est pas poussé plus loin le concept avec une sorte de musée explicitant tout ça pour explorer plus en profondeur toutes ces licences, ça s’explique par l’aspect épuré du jeu mais je pense qu’en le réservant à un espace à débloquer facultatif ça aurait ajouter une vraie plus-value sans poser de problème.
Et bien sûr les quelques éditeurs qui ont bloqué la possibilité de référencer plusieurs franchises emblématiques de Playstation ne sont vraiment pas bien malins, se privant d’une publicité efficace et nous privant d’un petit plaisir qui ne leur coûtait rien. Et il y a malheureusement ainsi quelques absences aussi notables que curieuses, notamment chez Square Enix et Rockstar, ce qui nous amène à voir la licence Arc the Lad, jeux de rôle aussi méconnus qu’anecdotiques, mais pas Final Fantasy avant l’arrivée des DLC par exemple, aux jeux de rôle portant bien plus connus et reconnus de la Playstation.
Les niveaux intégralement associés à l’univers d’un jeu Playstation regorge de références visuelles et artistiques aussi ingénieuses qu’amusantes à découvrir. On peut autant saluer ce travail que regretter qu’ils ne soient pas plus nombreux et discuter de la sélection des univers privilégiés. Offrir le même niveau de représentation à God of War qu’à Ape Escape peut paraître curieux, mais personnellement ça me va que le jeu profite de cette occasion pour mettre en avant des licences méconnues plutôt que de se contenter des licences les plus emblématiques qu’il n’oublie pas complètement.
Quant au fait d’en demander toujours davantage, si c’est bien la seule marge de progression que je peux voir sur le sujet, j’ai envie de dire que c’est aussi bien la meilleure preuve de sa qualité, et si ça vaut pour la direction artistique, ça vaut tout autant si ce n’est encore plus pour la musique. Les thèmes entraînants typiques de l’univers d’Astro prennent une toute autre dimension quand ils se mêlent aux thèmes emblématiques de la franchise référencée, en plus de constituer un autre indice pour comprendre la référence dont il est question.
Cette composition musicale compile le meilleur de la franchise tout en se dotant de thèmes inédits forts, et j’apprécie tout particulièrement les multiples variations autour de mélodies récurrentes qui constituent désormais une identité musicale propre à la franchise Astro.
GAMEPLAY / CONTENU : ★★★★★★★★☆☆
Sans surprise, le maniement d’Astro est repris à l’identique de Playroom, y faisant simplement revenir le maniement sous l’eau, s’enrichissant par les animaux offrant une capacité unique selon le même schéma de commandes, pour un maniement simple mais par conséquent très facile à prendre en main, incluant même la possibilité de jouer avec un seul stick analogique via les options d’accessibilité. Le pavé tactile a quant à lui été négligé au profit de cette jouabilité aussi simple que réactive, ce qui me va très bien et montre que le jeu s’affranchit si besoin de la philosophie de faire la démonstration technique de la manette, une preuve de l’évolution des ambitions de la franchise.
Quant aux animaux enrichissant donc le gameplay, beaucoup de nouvelles capacités sont très inspirées de l’incontournable Mario bien évidemment, parfois de façon simpliste, comme le pingouin sous l’eau qui dynamise le mouvement de façon très classique, mais parfois intelligemment revisité, comme l’éléphant et ses différentes surfaces en 3 exemplaires à déployer sous nos pieds, plus évoluées avec leurs différentes propriétés rebondissantes ou glissantes que les simples nuages de Super Mario Galaxy 2. Et le jeu saura proposer des situations de jeu intéressantes pour en profiter pleinement sans qu’on ait l’impression qu’une capacité ait été mise de côté ou sous-exploitée.
Si le monde ouvert reliant tous les niveaux a été envisagé, une structure en niveaux classiques a été privilégiée avec une carte aussi simpliste que lisible, un choix peu ambitieux qui se défend sans problème. Les quelques secrets à dénicher aux commandes de notre Dualsense devenue vaisseau spatial n’exploitent peut-être pas assez le potentiel de ce maniement et la base des bots ne repose que sur un level-design très scolaire et donc prévisible, mais force est d’admettre que la formule se recentre ainsi sur l’enchaînement des niveaux et des références, la promesse centrale du jeu.
L’aventure principale est d’une facilité certaine, bien aidée par des checkpoints très rapprochés les uns des autres, par la sauvegarde automatique des bots débloqués et des pièces de puzzle récoltées ainsi que par le guide bien peu onéreux pour repérer tous les secrets dès le deuxième essai. Néanmoins, une certaine difficulté se fait sentir dans des niveaux additionnels avant d’atteindre ses sommets dans les tous derniers niveaux optionnels en toute fin de partie. C’est une structure cohérente et maîtrisée pour parler aussi bien au jeune public qu’au vétéran Playstation. Le niveau de difficulté peut manquer d’homogénéité au sein d’un groupe de niveaux supposément aussi difficiles les uns que les autres, j’ai un peu peiné sur Danse avec les Bots par exemple pour les niveaux de la croix bleue que j’ai sinon fini sans difficulté, mais ce n’est pas bien grave.
Le passage du format gratuit au format payant depuis Playroom est quant à lui pleinement justifié par un contenu 3 fois plus conséquent, auquel s’ajoute quelques DLC gratuits étendant autant le fan-service que poussant encore plus loin le challenge, tout en profitant d’un excellent rythme. Il n’y a que les warp zones qui peuvent imposer par moment de recommencer un niveau déjà commencé, un peu maladroit mais problème trop insignifiant pour en tenir rigueur à un jeu qui a mis un point d’honneur à ce que les séquences s’enchaînent sans traîner.
CONCLUSION : ★★★★★★★★☆☆
Le jeu de l’année 2024 des Game Awards mérite sa reconnaissance critique car au-delà de la fantastique célébration des 30 ans de Playstation à travers son fan-service débordant de générosité ou encore de sa réalisation soignée à l’extrême, il s’impose comme l’un des plus grands jeux de plates-formes 3D de son temps, peut-être même le meilleur. Astro a décidément fait du chemin depuis ses premières démos techniques confidentielles sur Playstation 3 jusqu’au rang de fer de lance resplendissant de son éditeur et me laisse rêveur quant à ce qu’il peut faire ensuite.