Ball x Pit
6.9
Ball x Pit

Jeu de Kenny Sun, Amos Roddy et Devolver Digital (2025 · PlayStation 5)

Il a tout, en apparence, d’un simple entre-deux vidéoludique. Ball X Pitt harponne les générations anciennes en puisant dans le genre antédiluvien du casse-brique, glisse dans ses phases de répit quelques mécanismes empruntés au city-builder et y ajoute enfin une très légère surcouche roguelike, presque par politesse contemporaine. Rien qui, sur le papier, ne semble destiné à marquer durablement les esprits.


Et pourtant, sans préméditation aucune, le jeu s’est installé chez moi. Confortablement. Semaine après semaine, Ball X Pitt est devenu un compagnon discret ; un rendez-vous régulier, là où je n’attendais qu’une parenthèse anodine, vaguement interchangeable. Ce glissement lent, presque imperceptible, dit sans doute plus sur le jeu que la somme de ses mécaniques prises isolément.


Ball X Pitt fait partie de ces titres qui ne s’embarrassent pas d’un contexte narratif développé. Il évoque à peine une cité nommée Baboulone ou Ballbylon — clin d’œil appuyé à peine dissimulé, dont on sourit intérieurement sans y attacher plus d’importance que nécessaire. La ville a été détruite par l’impact d’une météorite, ne laissant derrière elle qu’un gouffre sans fond, appelant des aventuriers à l’explorer pour en extraire les dernières richesses encore exploitables.


Ces aventuriers ont ceci de particulier qu’ils ne manient ni épées, ni armes à feu, ni projectiles conventionnels. Ils crachent des boules — les fameuses baboules — pour terrasser leurs ennemis. Celles-ci obéissent à une logique de rebond déterminante, permettant d’attaquer frontalement, de flanc ou par l’arrière selon l’angle choisi. À cette base déjà solide viennent s’ajouter des boules spéciales, véritables catalyseurs du gameplay, dont l’intérêt est encore renforcé par un mécanisme de fusion aussi simple qu’efficace, capable de démultiplier les effets et de transformer une configuration banale en chaos jubilatoire.


Vue comme une faiblesse par certains, l’activation du tir automatique fait pourtant émerger un phénomène d’agence décalée particulièrement intéressant. Le degré de responsabilité effective que le jeu confère au joueur se déplace alors sensiblement : on glisse d’un rôle d’exécutant absolu vers celui d’orchestrateur. Le chaos (progressif, souvent réjouissant) peut parfois se déployer de manière presque passive, une idée poussée à son paroxysme avec certains personnages comme le Philosophe, capable d’aller jusqu’à choisir lui-même ses power-up. Pourtant, loin d’entraver l’intérêt ludique du projet, cette délégation assumée renforce paradoxalement l’expérience. Chez moi, le flow demeure constant, fluide et particulièrement hypnotique. Ball X Pitt ne réclame pas une présence nerveuse de chaque instant, mais une intelligence du système, une capacité à en anticiper les dynamiques et, surtout, à accepter de les laisser vivre.


En termes de contenu, le jeu se montre par ailleurs parfaitement cohérent face à son prix modeste. Pour une quinzaine d’euros, il propose un roster d’une petite vingtaine de personnages aux identités marquées, aux backgrounds minimalistes mais étonnamment cohérents avec leurs spécificités de gameplay, huit biomes aux caractéristiques et contraintes propres, plus de soixante boules spéciales et une petite centaine de bâtiments à débloquer et à améliorer lors des phases d’entre-deux dédiées à la reconstruction et à la progression méta.


Le succès commercial de Ball X Pitt a d’ailleurs été tout sauf anecdotique, avec près d’un million de copies distribuées en à peine un mois. Son concepteur a depuis déployé une première mise à jour bienvenue, inaugurant ce qui ressemble moins à une exploitation opportuniste qu’à un prolongement naturel (nouveaux personnages, nouvelles boules et, surtout, un mode "endless"). Une manière de laisser le jeu continuer à vivre, exactement comme il l’a toujours fait : sans fracas, mais avec une constance redoutable. Bref, pour moi, c'est une très agréable surprise qui me donne, là, tout de suite, la seule envie d'y refaire encore quelques sessions.

Gaeru83
8
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Créée

le 2 févr. 2026

Critique lue 6 fois

Gaël Barzin

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