Une quarantaine d'heure à mon actif
Beyond Divinity, développé par Larian Studios et sorti en 2004, est une sorte de suite de Divine Divinity. Disons qu'il est censé faire la jonction entre le premier opus de la série des Divinity et le projet d'un deuxième titre, mais après y avoir joué, j'ai vraiment l'impression d'avoir eu entre les mains une sorte de DLC... Un DLC plutôt sympathique, mais qui aurait été encore mieux si les développeurs n'avaient pas tenté d'être trop originaux au point de changer la recette du premier en y incorporant ce qui, à mon sens, ruine grandement l'expérience de jeu... et pour en parler, il faudra lire les prochains paragraphes !
Un paladin de l’Élu Divin se réveille dans une prison d'une autre dimension : il se souvient qu'il avait été dépêché ici pour tuer un nécromancien. Mais à peine se remémore t-il cela qu'un Chevalier Noir, ennemi de l’Élu Divin, se présente à lui : leurs âmes sont liées... et vont devoir s'entraider pour trouver un moyen de revenir en Rivellon.
Pas plus de spoil !
Car c'est un grand oui ! Pour l'histoire, faire évoluer un paladin de l’Élu Divin et un Chevalier Noir, opposé aux idées et valeurs des paladins parce que d'alignement contraire, est une excellente idée ; et, de mémoire, pas forcément un scénario présenté dans les œuvres de Fantasy. Donc, incarner une figure du Bien et déambuler avec une figure du Mal qui connaît les lieux, puisque nous sommes perdus dans une dimension qui n'est pas la nôtre, qui connaît les problématiques rencontrées par les différents peuples et a lui-même une idée bien arrêtée de ces diverses choses... c'est pour moi un grand oui ! D'autant que l'on rencontre également des peuples et forces armées n'ayant pas de très bonnes relations avec les Chevaliers Noirs, ou toutes autres sortes de démons, ce qui donne place à quelques séquences bienvenues et parfois cocasses. Et l'évolution de la relation entre ces deux personnages, le paladin et le chevalier, facilite grandement la sympathie que l'on peut ressentir vis-à-vis de ce duo atypique. Pour le reste, si nous avons commencé l'aventure de manière légère, force est de constater qu'il est plus que dommage de ressentir au fur et à mesure que l'on approche le quatrième acte (si ce n'est d'avoir cette soudaine différence de ressenti au moment de passer l'acte 4) une sorte d'étirement quant aux divers ressorts scénaristiques, aux quêtes proposées mais également aux lieux que l'on traverse et retraverse encore et inlassablement (l'ironie étant que dans la totalité des actes, via les différentes quêtes secondaires, nous sommes amenés à faire moult allers et retours mais que l'on atteint le paroxysme du voyage touristique inintéressant à partir de l'acte final). Mais dans l'ensemble, l'histoire est plus que convenable - notamment grâce à l'originalité du duo, les quêtes plaisantes (où l'on demande de nous creuser un minimum les méninges ; élément que j'avais plus qu'apprécié dans le premier jeu) et le rythme suffisamment dynamique pour nous maintenir concentrer (du moins, jusqu'à l'acte 4).
Nous passerons rapidement sur les personnages : nous sommes quelque peu restreint quant au choix de construction de notre héros, puisque nous incarnons par défaut un paladin. Néanmoins, concernant l'amélioration des statistiques ou l'apprentissage des compétences ; sachant que les choix possibles pour améliorer les compétences sont nombreux et plus que convenables, nous avons le droit à un système qui se rapproche de ce que nous avions pu observer dans le premier opus, avec cependant quelques ajustements bienvenus qui rendent le tout plus lisible. De plus, scénario oblige, nous n'avons pas un, mais deux personnages jouables puisque le Chevalier Noir est également sous notre contrôle. De ce fait, il nous revient de l'améliorer au mieux pour affronter les différents périples qui se dressent devant nous.
Pour le reste, concernant les personnages non joueurs, force est de constater que nous avons de nombreuses personnalités intéressantes qui rendent l'exploration et les résolutions de quêtes fort sympathiques ; du moins, nous sommes face au même schéma de protagonistes secondaires que dans l'opus précédent, en terme de travail. Il en va de même, bien évidemment, pour les antagonistes.
Et la où les choses se gâtent, c'est dans la technique...
Comme déclaré précédemment, nous ne jouons pas un seul personnage, mais bien deux : notre héros paladin et le Chevalier Noir. Et ces deux personnages sont deux entités indépendantes (n'en déplaise au scénario du jeu) qui demandent donc des améliorations indépendantes, avec lesquelles nous devons gérer des inventaires indépendants et surtout ! que nous devons faire bouger indépendamment de l'autre personnage jouable. Et là... c'est le drame ! Parce que pour faire circuler ces deux personnages, il faut jongler de l'un à l'autre en sélectionnant son profil. N'aurait-il pas été plus simple de faire en sorte que celui que l'on ne contrôle pas nous suive tout seul, comme un grand ? Parce que là, c'est juste grotesque de devoir parcourir la carte ou les moult couloirs des donjons avec un personnage avant d'appeler l'autre à la rescousse. Et ce genre de situation est généralement la cause de bien des problèmes puisque notre second personnage, ne bougeant pas si nous le contrôlons pas, est la victime de tout ce qui y avoir autour de lui, généralement des ennemis en vadrouille qui se font un malin plaisir à lui casser la tronche, pour peu que nous, contrôlant l'autre personnage, soyons également en plein milieu d'un affrontement. Et si cette situation est plus qu'emmerdante, ce n'est pas la pire devant laquelle je me suis retrouvé... Non... Il y a, au cours de notre périple, deux moments où nous devons suivre un parcours bien précis au risque de se faire téléporter au point de départ dudit parcours. Ce qui signifie qu'en plus de faire le parcours la première fois en découvrant les pièges, on doit refaire une seconde fois le parcours en mémorisant toutes les saloperies qui se cachent sur le chemin... Couplé à ça qu'en plein cœur des combats, il faut être vigilent aux deux personnages, ce qui nous force à nous concentrer deux fois plus sur les barres de santé. Et ce système est vraiment chiant puisque, à part ça, le jeu demeure à l'instar de son prédécesseur, vraiment très complet : les quêtes sont travaillées, tout comme les discussions avec les PNJs, l'environnement... et ce système arrive à lui seul à ruiner l'expérience de jeu ! Le scénario, les musiques... n'arrivent pas à nous faire oublier cette triste réalité qui, sur le papier, semblait pourtant brillante comme nouveauté.
Ajoutons le fait que le jeu m'a semblé pas mal difficile, du moins plus que le premier jeu : je n'ai jamais été autant stressé de ne pas trouver de potions et jamais été autant paniqué de les engloutir dans certains affrontements, notamment lors du combat final car ! on garde le même soucis que dans le premier opus : les chances de toucher les adversaires... encore un élément que je n'ai pas réussi à gérer dans ce jeu aussi, ce qui fait que l'on passe son temps à louper nos coups quand les ennemis enchainent les coups critiques...
Voilà donc pour la technique : dans l'ensemble, nous restons sur la même qualité que proposé par Divine Divinity mais la seule nouveauté gâche le plaisir de jeu...
Pour l'aspect graphique, si j'avais pu déclarer que Divine Divinity avait pas mal vieilli, Beyond Divinity semble plus moche que son grand frère... Est-ce la résolution utilisée qui m'a donné ce sentiment de rétropédalage en terme de graphisme ou est-ce effectivement parce que, objectivement, les textures semblent plus brouillonnes et grossières ? Quoi qu'il en soit, effectivement, les graphismes piquent un peu plus les yeux que son prédécesseur même si, pour un jeu sorti en 2004, on reste sur du convenable.
Pour les combats, on reste globalement sur les mêmes critiques que le premier opus : les "chances de toucher" demeurent plus que saoulant dès le moment où le jeu à décidé qu'aucun de tes coups ne réussiraient, une facilité grandissante au fur et à mesure que le jeu avance même s'il faut ajouter la tension liée aux potions de soin et donc au combat contre des ennemis plus forts que nous, ... mais encore une fois, les possibilités d'approche sont multiples, notamment avec les poupées d'invocation qui peuvent nous permettre de se joindre à un combat avec une joyeuse petite armée !
Pour les musiques, si nous écoutons quelques morceaux inédits, nous entendons également quelques reprises musicales du premier jeu, de quoi poursuivre avec une immersion auditive plaisante !
Pour les lieux et les décors, là aussi, nous nous retrouvons parfois dans des décors connus du premier jeu. L'aspect graphique est le seul élément qui gâche ou non les nouveaux lieux traversés.
Beyond Divinity est un bon jeu qui aurait mérité d'être bien meilleur si seulement il y avait une plus profonde réflexion concernant ce système de jeu en duo car, encore une fois - si cela n'avait pas été assez répété, cet ajout qui avait du bon, gâche énormément de moment et devient en de nombreuses situations véritablement handicapant. Et le fait que l'on est le droit à cela sur la totalité du jeu impacte, logiquement, l’entièreté de notre expérience. Alors oui, je recommande ce jeu pour les mêmes raisons que Divine Divinity, en énonçant néanmoins une retenue vis-à-vis du contrôle de nos personnages qui est clairement à revoir...
Et n'oubliez pas : la Fantasy nous appartient !