Apportez la corde et faites péter le Lexomil ! Si la mièvrerie et l’inconsistance de l’histoire ne vous achèvent pas, le gameplay s’en chargera.
Je sors de ce jeu terriblement mal à l’aise… ou mal tout court.
Mal, car malgré tous mes efforts pour entrer en empathie avec le personnage et tenter de trouver un semblant d’intérêt à l’exercice, je n’y suis pas parvenue. Pire encore : je n’ai pas trouvé un seul meuble à sauver, en dehors du petit charme des aquarelles.
C’est délicat d’aborder une évaluation au vitriol sur un jeu touchant au thème du handicap. Si l’idée de départ semblait intéressante et partait d’une bonne intention (je l’espère, en tout cas) le résultat, lui, n’est clairement pas au rendez-vous. On frôle même la contre-productivité, dans le sens où le jeu, par sa médiocrité et ses nombreuses faiblesses techniques, dessert la « cause » qu’il est censé défendre.
Un concept pourtant intéressant
Avant d’entrer dans les détails qui fâchent, rappelons brièvement le concept de Beyond Eyes, qui, s’il avait été correctement exploité, était plutôt bien vu.
Techniquement, il s’agit d’un simulateur de marche à la troisième personne, dans lequel vous devez aider Rae, une petite fille aveugle, à retrouver son chat qui n’est pas rentré à la maison. Il n’y a donc pas de réelle interaction avec l’environnement, et l’histoire (si l’on peut encore parler d’histoire…) s’écrit au fil de votre progression.
La particularité du jeu réside dans l’absence de vue d’ensemble. À l’instar de Rae, le paysage se révèle sous vos pas, comme une page blanche qui se dessinerait peu à peu. Seuls quelques éléments perceptibles à l’avance — des sons, des couleurs diffuses — viennent troubler la blancheur éclatante du décor encore vierge. L’idée était simple. Et belle. Sur le papier.
L’histoire… quelle histoire ?
Avant même de commencer à jouer, dès les premières lignes de l’introduction, on comprend que le récit va être cousu de fil blanc : l’histoire d’une enfant qui perd la vue lors d’un accident de feu d’artifice… enfin, en théorie. Car la mise en scène est si maladroite et si peu lisible que l’on pourrait tout aussi bien croire à une punition divine par excès d’exposition solaire.
Sur le moment, je trouve le propos un peu léger, mais pourquoi pas ? J’aime bien les contes pour enfants. Peut-être même que le jeu pourrait être conseillé aux plus jeunes ?
Eh bien non. Même pas.
L’histoire, totalement insipide et dégoulinante de mièvrerie, ne sert absolument pas le propos. C’est creux, plat, sans intérêt. Les créateurs, manifestement en panne d’inspiration, auraient pu se contenter du fil conducteur (le chat) sans chercher à raconter davantage. Mais non. Il a fallu en rajouter. Résultat : l’album « Martine à la plage » fait figure de littérature de la Pléiade à côté.
Rassurez-vous, il n’y a pas non plus énormément de texte. Juste ce qu’il faut pour vous plomber la soirée quand, au bout de deux heures de balade, vous découvrez une fin simplement sordide au vu du contexte.
Qu’on se comprenne bien : j’aime les ambiances glauques, les fins tristes ou inattendues, ce n’est absolument pas un problème en soi. Mais là… c’est gratuit. Un peu comme mettre du sucre sur de la confiture : il n’y avait vraiment aucune nécessité d’ajouter de la misère à la misère.
Rae
Si la lenteur du personnage reste cohérente avec le contexte, pourquoi l’avoir affublée d’une posture laissant penser qu’en plus de la cécité, elle souffrirait d’un retard mental ou de troubles psycho-affectifs ? Elle avance prostrée, courbée, la tête penchée en avant, les bras repliés comme si on lui avait attaché les poignets… Elle est aveugle, la pauvre petite, pas attardée !
Non contents de l’avoir ainsi équipée pour l’hiver, les développeurs lui ajoutent une petite phobie qui devient rapidement insupportable : elle a peur des oiseaux.
Vous reprendrez bien un peu de sapin ?
Si la lenteur du personnage est acceptable, l’approximation des déplacements et la gestion des obstacles, en revanche, ne le sont pas du tout. La pauvre gosse ne « voit » les murs et les sapins qu’une fois le nez dedans. Autant vous dire qu’elle s’en mange, des sapins…
Bien entendu, une fois dans l’obstacle, on est vraiment dedans : tantôt Rae disparaît complètement, tantôt l’image part en zoom improbable, tantôt elle se retrouve coincée au milieu d’un tronc d’arbre. C’est plus qu’approximatif, et surtout extrêmement pénible, car il faut sans cesse la sortir de là avec la désagréable impression de manœuvrer un 38 tonnes.
📎 Bref, vous avez envie de découvrir un jeu de toute beauté, à mi-chemin entre aquarelle et estampe ? Oubliez définitivement Beyond Eyes et allez plutôt voir du côté de GRIS qui lui, est réellement sublime.
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