Après un premier contact très négatif sur ce jeu il y a 13 ans (j'avais arrêté au bout de deux trois heures maxi je pense), après avoir fini Bioshock Infinite je me suis dit que c'était l'occasion de faire ce jeu qui traînait dans ma ludothèque Steam en prévision du DLC du jeu suscité : Burial at Sea (qui au passage est très moyen et surtout du grand n'importe quoi). Et vous savez quoi ? Cette fois, je l'ai fini...et pourtant mon ressenti est très proche de ce qu'il était à ma première partie, la luminosité ultra-sombre en moins.


Ainsi, comme Infinite, Bioshock commence très fort avec une introduction installant très vite la couleur du monde que l'on va traverser et éveille l'imaginaire avec ses détails très soignés, une premier panorama de la ville qui donen envie de toute de suite explorer le tissue social sous-jacent et la petite phrase d'introduction suivie quelques minutes plus tard par le discours du mystérieux Andrew Ryan, créateur de Rapture une ville ultralibérale (mais dont il est le chef évidemment :) ) sous-marine dans un style Vernien ne laisse pas de place au doute : on va être en présence d'un jeu d'anthologie. Vraiment ? Eh bien oui et non.


Non parce qu'une fois ces quelques minutes passées, et malgré des petits efforts initiaux pour créer des micro-situations intrigantes comme la scène du berceau, on se rend vite compte que l'on va surtout passer son temps à errer dans des couloirs délabrés à dézinguer du chrosome (sortes de "morts vivants" ou plutôt "infectés" de Rapture...je n'en dis pas plus pour ne pas révéler l'intrigue) dans une ville qui n'a plus rien d'une ville. J'avoue que cette première déception a été difficile à avaler : même si l'on croise (et surtout entend) des personnages parler via un talkie-walkie, la ville est globalement un désert qui anéantit la moindre parcelle d'espoir. Certes, les "niveaux" sont inspirés au niveau du concept mais ne sont pas vraiment représentatifs à mon sens de l'ambiance de la ville. On se croirait plutôt passer d'attraction à attraction avec des lieux construits autour d'un personnage. Les enregistrements que l'on ramasse sont d'ailleurs plus centrés sur les pensées des "pontes" de la ville que sur les gens en général même si l'historique et des éléments d'histoire dessinent des contours de ce que fut Rapture en termes de fonctionnement, etc.
A cette déception s'ajoute la lourdeur générale des combats qui, s'ils sont intéressants à petite dose, se répètent inlassablement contre les mêmes chrosomes avec les mêmes plasmides (en gros les pouvoirs du jeu) globalement peu efficaces (en fait si ça peut aider pas mal mais le plus souvent plusieurs balles dans la tête et c'est plié) et la même séquence de piratage sous forme de puzzle-tuyau (vous voyez le genre) qui finissent même à la fin du jeu à devenir des sacs à PV, rendant le jeu lourdaud et donc nuisible au déroulement du scénario. A tel point que las de refaire la même chose en deux fois plus de temps je suis passé en facile, ce qui a fluidifié le jeu tout en le rendant finalement plus "réaliste" (après tout on devient plus puissant et avec même niveau de difficulté on ne le ressent pas). Sans cela, j'aurais craqué, surtout que les niveaux sont très longs et que les ennemis réapparaissent de plus en plus souvent (je crois qu'il n'y a rien de pire dans un jeu à part les sauvegardes ultra-espacées : à ce niveau Infinite hors DLC était une bénédiction).


Malgré tout cela, comme je l'ai dit, le jeu donne tout de même envie de continuer.
Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que l'on a envie de savoir le pourquoi du comment, rencontrer ces fameux personnages qui nous parlent, en apprendre plus sur la ville. Car même si les messages audio sont assez focalisés, ils sont de très bonne qualité et progressent subtilement dans leur tonalité, dans la quantité d'informations révélés et mélangeant habilement à la fois des informations sur les évènements mais aussi sur les protagonistes qui sont en majeure partie intéressants. Une fois le jeu fini, on a envie de se presser sur les wiki, de réfléchir aux évènements, de prendre parti, etc. Lors de ma première expérience, le caractère inaudible de ces audios lancés en même temps que les autres sons m'avait énervé mais cette fois je ne sais pas ce qui s'est passé mais je n'ai pas eu la même impression et pourtant j'ai les mêmes enceintes depuis 2008 :p
Ensuite, je dirais que l'aspect "survie" du jeu est pas mal dosé, au moins au début où la moindre balle est importante. A ce niveau, le jeu est riche avec beaucoup de plasmides ("sorts" qui consomment de l'Eve = "mana"), le piratage de robots/tourelles/caméras, beaucoup d'armes avec des balles qui marchent mieux sur untel ou untel, de l'argent à gérer pour acheter des améliorations, un côté exploration de niveau à la Metroid pour ramasser fric, Eve, balles, audio, etc. et globalement une belle traduction de cette richesse dans le gameplay. Ainsi, même si ça devient gavant au dernier tiers du jeu, il y a une belle progression et richesse dans le jeu...c'est lui qui l'exploite de moins en moins bien.
Enfin, le jeu est très beau (j'y ai joué en Remastered qui crashe "souvent") avec surtout beaucoup de détails dans les décors et donc une narration visuelle : des tags, des corps qui racontent une histoire, etc. Une belle réussite.


Pour finir, je reviendrai sur LE bémol qui nuance un peu l'émerveillement que je pourrais avoir sur ce jeu et qui dépasse vraiment tous les défauts cités qui ne suffisent pas en eux-mêmes à vraiment casser le jeu. Ce bémol est assez subtil et un peu subjectif mais il y a quelque chose dans ce jeu qui ne tient pas. Je veux dire la ville est globalement une sorte de cimetière peuplé de "zombies"/"fous" et une ruine jonchée de déchets partout, mais vraiment partout même dans des endroits où ça ne devrait pas (parce que c'est un endroit sécurisé voire un lieu de vie, parce que l'audio ne matche pas, etc.), mais il y a encore deux ou trois personnages qui y vivent comme si de rien n'était. Je veux dire, ils font allusion à la situation mais pas suffisamment pour rendre leurs réactions et actions crédibles. Clairement cette merde est un décor apocalyptique (avec un niveau de désertion à la SIlent Hill) sans plus rien à tirer et pourtant on en parle comme si on marchait dans un théâtre de guerre avec encore une bribe de société : tu as envie de leur dire "eh les mecs, vous n'avez pas remarqué mais on est dans un désert, vous luttez pour le contrôle de quoi exactement ? De la décharge municipale ?" . Bref, ce n'est pas très crédible venant de gens sains d'esprits et on regrette encore davantage de ne pas jouer à un jeu qui nous fasse vivre en partie le Rature "vivant". Et l'aventure perd un peu de sens en ce qu'il n'y a pas plus d'enjeux que de découvrir et accéder aux personnages principaux du jeu : la dernière partie de l'aventure, une fois passé le moment tant attendu (qui ne déçoit pas), confirme d'ailleurs cette impression qui atteint l'apothéose avec son boss final osef et des passages qui tournent en rond.


En somme, Bioshock est un jeu très travaillé fourmillant de détails dans tous les sens du terme et qui arrive à créer une ambiance rétro-futuriste fascinante avec du contenu de fond sur les enjeux idéologiques de la ville, sur le tragique de la grandeur et de la décadence de cette société et de superbes musiques, voix et compagnie qui à mon sens échoue à vraiment tirer parti de son histoire à cause d'enjeux qui peinent à se justifier vu le décalage entre le monde dans lequel vivent les personnages que l'on entend à la radio et le désert factuel qui est plus propice à un scénario d'horreur. En clair, il y a quelque chose qui ne tient pas dans ce jeu que l'on finit par se sentir obligé de se "farcir" pour profiter de rares instants de grâce et d'un monde exceptionnel peint à la façon des mondes de Magic l'Assemblée (avec leurs textes d'ambiance, voilà quoi me font penser les audios et les détails graphiques). Je mets donc un 7 à ce jeu qui est tout aussi fascinant que frustrant au regard de ce qu'il propose. On va dire que c'est un 7 craquelé qui aurait pu finir en 6...peu importe vous avez mon avis.

Foulcher
7
Écrit par

Créée

le 28 févr. 2020

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