Redescendre à Rapture en 2016, c’est un peu comme revisiter un rêve qu’on n’est jamais sûr d’avoir vraiment eu.
La ville sous-marine accueille toujours avec la même combinaison d’émerveillement et de malaise : lumières tremblantes, affiches qui murmurent, couloirs dégoulinants où l’on devine la beauté passée sous les blessures de la mégalomanie.
Le Remaster fait ce qu’il faut : c’est propre, net, les textures ne font plus saigner les yeux, et le travail sur les contrastes donne à l’architecture art déco un éclat qui lui va parfaitement. Rien de révolutionnaire, mais suffisamment pour qu’on se laisse prendre sans froncer les sourcils.
Le gameplay, lui, accuse un peu son âge : gunfights un peu mous, patterns prévisibles, IA qui a parfois oublié d’aller en thérapie. Mais les plasmides compensent par l’inventivité, et surtout par cette sensation de bricoler sa manière de survivre dans un environnement hostile.
Là où le jeu reste intouchable, c’est dans la narration. L’histoire d’Andrew Ryan, de l’utopie libertarienne qui tourne à la boucherie, les audios dispersés partout — tout ça garde une force presque intemporelle. On n’a pas besoin de grandiloquence pour raconter la chute d’un monde : Rapture la porte dans ses murs.
Le jeu n’est plus parfait, mais sa vision l’est toujours. Et finalement, c’est ce qu’on retient en remontant à la surface.