Mon histoire avec Bloodborne commence par une faiblesse. La faiblesse d'avoir fini par céder aux pressions incessantes de mon entourage de gamer qui ne manquait pas une occasion de me signifier que je devais absolument jouer à Dark Souls, "mais si dépêches-toi parce que après les serveurs vont être fermés". Séduit par une direction artistique horreur-gothique du plus bel effet, j'ai donc fini par acquérir Bloodborne mi 2015, et je l'ai laissé en sommeil pendant un an, le temps de finir MGS 5 et The Witness.
1 an plus tard donc. C'est la nuit, il est 1h30 du matin, ça fait longtemps que je devrais être au lit, j'ai les mains qui tremblent et le coeur qui bat la chamade, mais je suis content. Je viens de battre Logarius le martyr, après un nombre de tentatives incalculable. Le sentiment d'accomplissement est fantastique, car quelques heures plus tôt je ne m'en serais pas cru capable tant la puissance de mon adversaire paraissait démesurée. Et pourtant j'y suis revenu, acharné, essayant variante après variante, arme après arme, multipliant les combinaisons d'artefacts et d'équipement.
Ce n'est pas la première fois que j'en passais par là, et ce ne sera pas la dernière. Et c'est ce qui fait que Bloodborne est un jeu fantastique : il ne livre rien sur un plateau et exige un investissement important dans son système de jeu, d'une profondeur et d'une audace inouïe quand, comme moi, on ne connait pas les "Souls". Cela peut paraitre décourageant, et il faut passer le cap des premières heures (et du premier boss un peu coriace, le "Père Gascoigne") pour s'apercevoir que, bien loin de générer de la frustration, cette mécanique intransigeante est en fait le coeur du jeu et sa plus grande qualité. Ceux qui ne le connaissent pas disent souvent que Bloodborne est un jeu (trop) difficile. C'est faux, c'est un jeu (très) exigeant. Nuance.
D'ailleurs, l'exercice consistant à déterminer son genre est bien périlleux. RPG ? Jeu d'action ? Beat-them-all ? Un peu tout à la fois, et en même temps rien de tout ça. Les mécaniques fondatrices sont celles d'un Beat-them-all : il faut du skill pour s'en sortir dans Bloodborne, c'est une évidence. Mais si pour qui n'a pas cette qualité, le jeu va ouvrir d'autres pistes : du craft, de l'équipement, du grinding (jamais très longtemps), de l'exploration, et des secrets à trouver, plein. Comme dans un RPG. Les deux fonctionnent de concert. Dans Bloodborne, deux entités gagnent donc de l'expérience en même temps : le joueur réel et son avatar numérique, pris tous les deux dans une spirale passionnelle avec un jeu qui rétribue largement autant qu'il punit.
Et sinon, je vous ai dit que la direction artistique défonce ? Que la bande son est fantastique ? Que les lieux traversés laissent une trace indélébile ? Que la durée de vie est gigantesque ? Que l'expérience est inoubliable ? Que c'est sans doute le jeu le plus passionnant auquel j'ai joué depuis plusieurs années ? Non ? Aucune importance. Jouez à Bloodborne. Ce ne sera pas facile, mais ce sera génial.