Ce Crimson Desert déborde d’ambition, accumule autant de défauts flagrants que de qualités impressionnantes et nous embarque rapidement dans une immersion puissante.
Il faut reconnaître que le jeu a des lacunes : il ne cache pas ses influences et donne souvent une impression de patchwork et de plagiat assumé, où les idées sont recyclées sans grande subtilité. À cela s’ajoutent des faiblesses dans le scénario et les dialogues, qui peinent à soutenir l’ampleur du monde proposé. Le design des commandes apparaît aussi maladroit et frustrant, et la structure globale souffre d’un trop-plein d’activités répétitives lassantes (cuisine et autres farming de ressources …), menus surchargés, inventaire confus… autant d’éléments qui alourdissent l’expérience et la rende encore plus chronophage. Mais ces défauts s’effacent presque face à ce que Crimson Desert réussit brillamment.
Le jeu impressionne avant tout par la qualité exceptionnelle de sa modélisation du monde. À toutes les échelles, le travail est fascinant. Chaque bosquet, chaque sous-bois, chaque rivage, chaque rivière semble pensé pour inviter à la contemplation. Dés le début Hernand frappe par son réalisme, comme les autres villes qu’on découvre par la suite : l’agencement des ruelles, la cohérence architecturale, la vie grouillante à chaque coin de rue, tout contribue à donner vie à ces espaces. À une échelle plus large, les régions offrent des panoramas variés et spectaculaires, multipliant les points de vue sur les montagnes, les littoraux et une grande diversité de paysages. À cela s’ajoute une maîtrise remarquable de la topographie globale : la disposition et l’agencement des reliefs, visibles en permanence depuis de multiples points du monde, créent une lisibilité naturelle et immersive. Les abysses impressionnent par leur verticalité vertigineuse et leur intégration cohérente dans la géographie du jeu renforce le sentiment d’un univers pensé dans ses moindres volumes.
Ce monde riche et touffu est valorisé par un système de déplacement puissant, qui exploite la verticalité des topographies et des architectures. A la manière d’un Just Cause 2 ( 16 ans déjà !!) on retrouve enfin un open world qui ne se contente pas de proposer un espace à parcourir mais un terrain de jeu tridimensionnel, où falaises, remparts, canyons, tours ou gouffres deviennent autant d’opportunités de trajectoires, d’élans et d’improvisation. Entre nexus, abysses, sauts verticaux, ailes, grappin, chaque déplacement devient une expérience ludique en soi, une manière d’habiter physiquement le monde et de s’amuser avec sa structure. Cette conception du mouvement comme langage du level design est tellement négligée par la critique vidéoludique, toujours focalisée sur la narration, comme si la richesse d’un monde ouvert se mesurait d’abord à ce qui s’y dit, plutôt qu’à ce qu’il permet de faire et de ressentir : il n’y a qu’à voir le nombre d’ open worlds sortis ces 16 dernières années et qualifiés de “révolutionnaires”. Et Pearl Abyss peut encore facilement améliorer sa proposition simplement en laissant la liberté de réassigner les commandes.
Le monde de Crimson Desert est porté par une dynamique de factions rappelant Game of Thrones, avec des tensions territoriales intéressantes, et même si la narration n’est pas toujours à la hauteur du potentiel, nombreux passages clés demeurent réussis et marquants jusqu’au prologue final. Le codex très complet permet d’approfondir la compréhension de cet univers dense. La trame principale, longue mais bien segmentée, évite la monotonie en proposant des situations variées et une montée en intensité. L’exploration est constamment encouragée par un terrain riche en énigmes, découvertes, trésors et rencontres. Le monde est vivant, peuplé de PNJ, d’animaux, de mystères et de boss, tout en laissant aussi la possibilité de simplement se balader. Les combats constituent un autre point fort : dynamiques, puissants, ils fonctionnent aussi bien en duel qu’à grande échelle, lors de batailles impliquant des centaines d’adversaires dans des environnements en relief. À cela s’ajoutent des puzzles engageants, un arbre de compétences simple et efficace qui contraste presque avec la démesure générale, ainsi qu’un design sonore et des musiques de grande qualité.
Au final, Crimson Desert est un jeu-monde réussi, fascinant et immersif. Il déborde d’idées, de systèmes et de détails et propose un univers riche et une liberté de mouvement puissante et fun. Terriblement addictif et chronophage, vous risquez de sacrifier des heures de sommeil pour en voir le bout.