On entre dans Decarnation comme on entre dans un tunnel sombre : c’est malaisant, claustrophobique, étouffant, et l’on espère vite en voir le bout. Pour moi, l’expérience s’est rapprochée de celle d’un Silent Hill 2 : on pénètre dans un espace mental pris dans un étau. Les choses semblent aller de mal en pis, et l’on se retrouve, en tant que joueur·euse, spectateur·ice d’une sorte de déclin... mais je n’en dirai pas plus.
Une fois accepté le fait que l’on sera majoritairement passif devant ce visual novel, je me suis surpris à être totalement captivé par ce récit où tout semble être symbole, où chaque élément du décor paraît signifiant. Visuellement, on évolue dans un surréalisme sombre magnifique. On est constamment pris dans une rupture de ton entre l’esthétique globale 16-bits — qui appelle à des souvenirs de “jeux mignons” — et les éléments glauques du récit.
Il faut savoir dans quoi on s’embarque : vivre la violence physique et mentale d’une femme qui subit un événement traumatique, mais qui, en réalité, évolue depuis l’enfance dans un système oppressif. C’est dur, c’est subtil dans sa narration, mais c’est — je me répète — dur.
J’avoue avoir des réserves sur le dénouement (notamment l’épilogue, que je n’ai tout simplement pas compris), mais j’ai trop peur de gâcher l’expérience à celles et ceux qui aiment les sensations fortes alors je me tais.