Dollmare
6.3
Dollmare

Jeu de Oxeren, gonzeek et Alex Grade (2024 · PC)

Une belle réussite de l’horreur indépendante, prouvant que l’angoisse peut résider dans les tâches les plus banales, et que la véritable horreur se cache souvent dans l’ombre du quotidien.


Le jeu d’horreur indépendant Dollmare, développé par Alex Grade, Gonzeek et Oxeren, propose une expérience de terreur à la fois singulière et immersive. Mettant en scène un ouvrier chargé de trier des poupées dans une usine sinistre, le titre se distingue par son ambiance angoissante, son gameplay simple mais oppressant, ainsi que par une exploration psychologique qui pousse le joueur à remettre en question la frontière entre réalité et folie. Grâce à ses mécaniques immersives et à son atmosphère lugubre, le jeu capte rapidement l’attention des amateurs d’horreur psychologique.


Captivant et dérangeant

L’élément le plus marquant de Dollmare est sans conteste son atmosphère. L’histoire se déroule dans une usine de poupées où le joueur incarne un ouvrier ordinaire, plongé dans un lieu déjà inquiétant par nature. Les développeurs ont particulièrement soigné l’ambiance sonore et visuelle afin de renforcer ce sentiment d’oppression constante. Les lumières vacillantes, les sons mécaniques omniprésents et le regard fixe des poupées participent à une tension croissante et insidieuse.


Ce choix de cadre n’est pas anodin : les poupées, par leur apparence à la fois humaine et inerte, génèrent un malaise profond, rappelant la peur viscérale que peuvent susciter les objets anthropomorphiques. La conception sonore accentue encore cette sensation, avec des bruits discrets (chuchotements lointains, craquements inquiétants) laissant planer l’idée qu’une présence malveillante rôde dans l’ombre.


Dollmare évite soigneusement les jump scares faciles, préférant installer une horreur lente, progressive et subtile. Une approche rafraîchissante, particulièrement efficace pour maintenir le joueur dans un état de tension permanente.


Un gameplay simple mais oppressant

Côté gameplay, Dollmare repose sur des tâches répétitives : trier les poupées, effectuer des travaux d’entretien, suivre une routine stricte. Cette boucle de travail, volontairement monotone, constitue pourtant le cœur même de l’expérience horrifique. Au fil des journées, des événements étranges surviennent progressivement, instillant un profond malaise.


Ce choix de game design s’avère particulièrement judicieux : l’ennui initial laisse lentement place à l’angoisse, tandis que la routine bascule vers l’étrange et l’inexplicable. Des objets se déplacent sans raison apparente, des sons inquiétants résonnent dans l’usine, et des apparitions furtives viennent troubler la concentration du joueur, brisant peu à peu tout sentiment de sécurité.


Les interactions avec l’environnement restent volontairement limitées, renforçant le réalisme de l’expérience. Le joueur ne dispose d’aucun véritable moyen d’action en dehors de ses tâches quotidiennes. Cette absence de contrôle engendre une sensation d’impuissance particulièrement efficace. Ici, pas d’armes ni de compétences pour se défendre : la peur naît de cette passivité forcée, de cette obligation de continuer malgré l’angoisse.


Le scénario

Dollmare explore des thématiques psychologiques profondes telles que la solitude, la folie et la dépersonnalisation. En incarnant un ouvrier confronté à des situations de plus en plus troublantes, le joueur assiste à une descente progressive dans la paranoïa. Des notes laissées par d’anciens employés, ainsi que des indices disséminés dans l’usine, suggèrent un passé sombre et inquiétant.


Peu à peu, le joueur en vient à douter de la frontière entre réalité et hallucination, se demandant si les phénomènes observés sont réels ou le produit d’un esprit fragilisé. Le jeu propose deux fins, dépendant des actions entreprises et des éléments découverts. Chacune apporte un éclairage différent sur le mystère de l’usine, qu’il s’agisse du passé de l’ouvrier ou des secrets entourant la fabrication des poupées.


Un hommage aux productions indépendantes

Le titre s’inscrit pleinement dans la lignée des jeux d’horreur psychologique indépendants privilégiant l’atmosphère aux effets spectaculaires. Il évoque notamment certains jeux reposant sur des boucles répétitives et anxiogènes, où la peur naît de la routine elle-même. Dollmare se distingue toutefois par une approche plus subtile et introspective, s’adressant avant tout aux joueurs en quête d’une expérience psychologique plutôt que d’une action frénétique.


Malgré son statut de production indépendante, le jeu parvient à marquer les esprits. Il démontre que de petites équipes peuvent concevoir des expériences aussi marquantes que celles des grandes productions, en misant sur des mécaniques simples, une ambiance travaillée et une vraie créativité. Les développeurs prouvent qu’il est possible de susciter des émotions fortes avec des moyens limités, en privilégiant l’originalité et la cohérence artistique.


📎 Un jeu qui surprend par son atmosphère singulière et son exploration audacieuse de la peur psychologique. Sa simplicité de gameplay, loin d’être une faiblesse, contribue pleinement à l’oppression ressentie tout au long de l’expérience. Sans révolutionner le genre, Dollmare parvient à s’en démarquer grâce à son approche subtile et à son attention minutieuse aux détails, maintenant le joueur dans un état de tension constante.


Ses multiples fins et l’ambiance suffocante de l’usine de poupées garantissent une expérience intense et mémorable pour les amateurs d’horreur psychologique. Pour celles et ceux qui recherchent un jeu misant sur l’atmosphère et la psychologie plutôt que sur des jump scares faciles, Dollmare s’impose comme un titre incontournable, offrant une expérience aussi troublante que marquante.



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Capability
8
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Créée

le 22 janv. 2026

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