Un jeu qui a le culot de poser une question fondamentale : « Et si marcher, c’était déjà trop ? » Spoiler : Oui et c’est brillant !
Il existe des jeux vidéo où vous incarnez des héros légendaires, des mages flamboyants ou des guerriers capables de décapiter un dragon en clignant des yeux. Et puis il y a Nate, un type en jogging gris, aussi motivé qu’une chaussette humide, propulsé malgré lui dans un monde étrange où son plus grand défi… est de mettre un pied devant l’autre.
Bienvenue dans Baby Steps, cette ode absurde à la locomotion humaine, ce poème interactif sur la difficulté de simplement exister dans un monde fait de cailloux, de collines, de falaises et de décisions douteuses.
Développé par Bennett Foddy (le sadique sympathique de QWOP et Getting Over It) et édité par Devolver Digital, Baby Steps est un jeu qui a le culot de poser une question fondamentale : « Et si marcher, c’était déjà trop ? »
Spoiler : oui.
Et c’est brillant.
Gameplay : une catastrophe contrôlée
Dans un monde où tout est optimisé, calibré, fluide, Baby Steps arrive en courant (pardon, en essayant de courir, et se vautre après trois mètres) pour rappeler que parfois, le fun naît du chaos absolu.
Le gameplay repose sur une idée simple et démente : chaque jambe est contrôlée individuellement, et votre équilibre dépend de décisions aussi précaires que vos reprises de footing post-confinement.
On ne “maîtrise” pas vraiment Baby Steps. On négocie avec lui. Chaque rocher est une diplomatie fragile. Chaque pente est une menace géopolitique. Chaque racine est un attentat personnel.
Mais derrière ce foutoir volontaire, on découvre une précision quasi chirurgicale : les animations sont millimétrées, les réactions du corps très logiques, et le moment où votre cerveau comprend enfin comment enjamber un malheureux caillou devient un triomphe digne d’une médaille olympique. Baby Steps, c’est Dark Souls, mais à l’échelle du genou.
Nate : un héros à la hauteur de nos échecs
Parlons de Nate, l’homme, la légende, la flaque de mollesse incarnée.
Il est flasque, mal réveillé, vaguement nihiliste, et passe la moitié du jeu à râler comme si chaque pierre du décor avait insulté sa mère. Et pourtant… On s’y attache. Sincèrement.
Car Baby Steps raconte quelque chose de simple et universel : la dignité de l’effort minuscule. Nate ne veut pas sauver le monde. Il ne veut pas accomplir une prophétie. Il veut juste avancer de 30 centimètres sans se bouffer la terre.
Et c’est noble. C’est presque émouvant. C’est aussi extrêmement drôle, car le doublage est d’une qualité exceptionnelle, rempli de petites remarques absurdes, de self-deprecating humour, et de dialogues improvisés qui donnent à Nate une personnalité aussi attachante qu’exaspérante.
Un monde qui ne vous veut pas de mal, mais qui s’en fout de vous
Contrairement à beaucoup de jeux punitifs, Baby Steps n’est jamais cruel. Il est indifférent. Les paysages sont magnifiques : forêts brumeuses, falaises violettes, lacs paisibles, petites clairières où Nate peut contempler sa propre médiocrité. La direction artistique adopte un style volontairement pastel, doux, presque trop joli pour le clown pathétique que vous incarnez.
C’est ça qui rend le tout si drôle : Le monde est sublime, majestueux… et vous, vous êtes un spaghetti humain qui lutte pour monter une marche haute de trois centimètres. Cette juxtaposition crée une poésie involontaire, une forme de comique visuel qui n’appartient qu’à Baby Steps.
Échouer encore, échouer mieux
Baby Steps n’est pas seulement un jeu : c’est une déclaration d’amour à l’échec ! Pas l’échec amer, pas l’échec punitif, non : l’échec joyeux, spectaculaire, slapstick, celui où l’on tombe tellement mal que même les lois de Newton viennent vous voir pour dire : « Franchement, bravo. »
Le jeu encourage l’expérimentation. On peut tenter une foulée trop grande, une enjambée ambitieuse, un sprint suicidaire. On sait que ça va mal finir, mais on y va quand même, parce qu’une chute, ici, c’est du pur divertissement. Il y a une alchimie rare entre frustration et hilarité. On ne rage pas. On rit de notre propre incapacité.
Et c’est très Foddy dans l’esprit : Le jeu n’attend pas de vous la perfection. Il attend de vous de recommencer, encore et encore, dans un mélange d’humilité et d’auto-dérision.
Un humour méta irrésistible
Baby Steps joue constamment avec le quatrième mur, avec les attentes du joueur, avec la logique même du jeu vidéo. Le ton varie entre absurde total, humour de sitcom, dialogues improvisés et observations existentielles d’un type qui n’a clairement pas demandé à se retrouver dans un monde de montagne magique.
Les interactions avec l’environnement, les remarques de Nate, les petites scènes… tout respire une liberté créative rare dans le jeu vidéo actuel. On sent que les développeurs se sont fait plaisir. Et ce plaisir est communicatif.
Baby Steps n’est pas un jeu pour ceux qui veulent aller vite, ni pour ceux qui recherchent la puissance, la maîtrise, ou le flow traditionnel du jeu vidéo. C’est un jeu pour ceux qui acceptent de redevenir maladroits, de rire de leurs propres chutes, de célébrer chaque victoire minuscule comme une conquête épique.
C’est absurde.
C’est unique.
C’est brillant.
Et surtout, c’est un jeu qui vous rappelle qu’avant de courir, avant de sauter, avant de triompher… il faut juste apprendre à marcher. Même si c’est moche.
🔗 En bref : Baby Steps est l’un des jeux les plus drôles et étonnamment satisfaisants de ces dernières années. Un hymne à la maladresse, un hommage au mouvement humain, et une aventure inoubliable dans laquelle chaque chute devient un souvenir précieux.
Si vous rêvez de rire, de souffrir un peu, et de voir un homme en jogging vivre la quête de locomotion la plus épique jamais contée… Alors mettez vos plus belles claquettes, et faites vos premiers pas !
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