Il y a l'image d'Elden Ring forgée dans notre esprit, puis il y a l'Elden Ring qu'on expérimente enfin.
S'il y a une chose que je n'avais pas anticipé avant de passer de l'autre côté du miroir, c'est bien l'immensité qui nous est offerte. Personne n'était prêt à cela. Au point que ma première pensée après mes premières heures de jeu fut de l'empathie envers les journalistes qui ont dû parcourir ce monde en un temps restreint pour publier à temps leurs avis.
Elden Ring est œuvre gargantuesque qui même après plusieurs dizaines d'heures donne l'impression d'être effleuré. Il y a tellement à découvrir que je me suis laissé happer plus d'une quinzaine d'heures dans la région initiale avant d'aller rencontrer le premier boss majeur, et même à ce stade, je n'avais pas encore tout exploré en ces lieux. Aujourd'hui, après plus de quarante heures et quelques nuits blanches, je n'ai encore rien perdu de mon émerveillement des débuts. Je le répète : il y a encore tant à découvrir.
Avec ce titre qui marquera la décennie si ce n'est l'Histoire de ce média, From Software a détruit d'un revers de la main presque l'intégralité des Mondes Ouverts proposés paresseusement jusqu'ici par les concurrents. Pas de marqueurs en réalité augmenté, pas de notifications de type réseau social partout sur notre écran, pas de PNJs nous demandant d'aller exécuter (déclencher) une quête dans une zone inexploitée de la carte. Non. Ici vous n'avez pas à demander l'autorisation pour vous amuser, pour explorer, pour vous perdre. On vous donne une carte parcellaire cachant intelligemment ses limites ainsi qu'un système d'annotation minimaliste, puis ce sera tout. L'aventure la plus pure.
On pourrait évidemment s'étendre sur le gameplay lui-même, sur les ennemis charismatiques ou mécaniquement surprenants, mais cela entamerait une toute autre éloge sur le génie de conception qu'habite les jeux d'Hidetaka Miyazaki depuis déjà des années. J'évoquerai seulement qu'ils ont cette fois trouvé des solutions élégantes pour mitiger la frustration des néophytes tout en préservant l'intégrité de leur philosophie.
Les yeux rêveurs, il me faut enfin esquisser avec des mots brumeux l'absurde beauté et démesure du monde d'Elden Ring. L'Entre-Terre ne manque décidément jamais de panoramas imposant une pause, une introspection, des questions qui ne trouveront peut-être jamais entièrement réponse. On frissonne parfois face à ce monde vertigineux, chaotique et pourtant si harmonieux, dont la logique et la généalogie nous échappe. On admire les pierres travaillées d'un édifice comme on pourrait parcourir du regard une prestigieuse cathédrale. Et lorsqu'on pense avoir tout vu, derrière une colline ou à l'autre bout d'un téléporteur déguisé, un nouvel horizon à décrocher la mâchoire.
From Software nous sert de grandes fresques inédites et fantastiques, et alors qu'on les caresse du regard avec humilité, il nous chuchote à l'oreille que nous pouvons aussi les explorer.
Préservez-vous de toutes images et lancez-vous à l'aveugle. Si le medium est le message, Elden Ring m'a d'ores déjà révélé que notre vulnérabilité est aussi notre plus beau cadeau.