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le 16 mars 2022
SuivrePas de menteur en vue
Avant d'y jouer, l'emballement médiatique autour d'Elden Ring m'avait rendu méfiant, ce que mes premiers pas dans le jeu ont semblé confirmer : l'aventure commençait de manière suspicieusement trop...
L’autre matin à la radio j’entends Patrick Sébastien débiter une phrase qui changea ma vision des jeux FromSoftware. « Il est dit que je fais des musiques beaufs, je préfère le terme populaire, je fais des musiques populaires. ». D’un coup, les choses me sont parues clairs, comme la série Souls ou Bloodborne qui ne sont plus des jeux difficiles, mais exigeants, la société créée donc des jeux exigeants. C’est sur ce constat que j’ai lancé Elden Ring, qui, comble du hasard, attire un plus large public que jamais un opus précédent ne l’a fait.
Au moment où ces lignes sont écrites, on apprend qu’Elden Ring s’est vendu à 12 millions de copies, faisant passer FromSoftware de développeur avec un public de niche à grand public. Ce qui est fort, voire puissant, c’est que la recette n’a pas changé. On est toujours dans un Action-RPG aux allures occidentales, livré avec sa direction artistique fantastique et son histoire nébuleuse. Encore une fois on incarne une antithèse ; hier Mort-vivant élu, Âme damnée ou encore Morteflamme, aujourd’hui Sans-Éclat. Tous se traduisent de la même manière, un réceptacle vide prêt à accueillir des âmes pour gagner en force et dominer son nouveau monde. L’univers l’Entre-terre d’Elden Ring est à l’image de Lordran, Drangleic et Lothric, dans un état de vestige d’antan. À la différence près que la carte est ouverte, libre d’être explorée à notre guise pour y dénicher trésors et secrets. C’est ainsi qu’on est porté par un level design pensé conjointement avec la direction artistique. Parcourir l’Entre-terre c’est naviguer d’une œuvre de Beksinski à celle de Barlowe (entre autres) sans transition. L’œil n’est pas tracté par d’imposants bâtiments, mais guidé par une composition grandiose où se cache un moult intrigues. À l’image des arts visuels, on s’installe, contemple jusqu’à s’arrêter sur un détail qui pique la curiosité, puis comme le médium le permet on repart pour satisfaire notre intérêt.
C’est diablement efficace. L’exploration se fait donc sur l’attente d’un point découvert au loin, faisant de son trajet une petite épopée en soi, et, plus c’est loin mieux c’est, ça permet de faire plus de détours. Naturellement on sait qu’on ne sera pas déçu du voyage, car un monstre, un bâtiment ou une ruine va satisfaire notre soif de découverte. Jusqu’à arriver à une nouvelle zone où tout change, les couleurs, l’architecture, la flore. Elden Ring rappelle ces moments où plus jeune le bois été un lieu de curiosité, à chercher à tatillon pour identifier et étudier insectes et plantes, sans autre intérêt que satisfaire la curiosité. La seule différence et que pour notre sujet, si on avance prudence c’est à cause du danger permanent et prêt à nous tuer d’un coup.
Elden Ring va à l’encontre de notre époque et contraint à prendre son
temps.
L’épopée est visuellement grandiose et les combats le sont autant. On y affronte un bestiaire varié qui fait honneur à l’univers qui l’encadre, et, bien sûr série Souls contrains, est exigeant. S’obliger à étudier ses opposants, ne pas se précipiter, planifier son approche. Dit autrement Elden Ring va à l’encontre de notre époque et contraint à prendre son temps. La faune et la flore, les morts et non-morts, créatures mythiques et Dieux sont nos principaux rivaux, quand d’autres joueurs ne viennent pas se mêler à la fête. Alors on peaufine nos techniques, cherche les faiblesses de notre personnage. Elden Ring aime pousser dans nos derniers retranchements pour mieux nous récompenser. Non pas simplement avec de l’équipement, mais par le sentiment d’avoir franchi quelque chose. Un ressenti que seul FromSoftware arrive à procurer grâce, notamment, à des combats viscéraux sublimés par des animations exagérées, beaucoup d’effets lumineux et des secousses.
Un choix qui ne serait pas douteux si…
Pour autant difficile d’occulter quelques ratés d’Elden Ring, le principal est le modus operandi de l’histoire mal taillé au monde ouvert. On perd le côté cryptique des Souls ou Bloodborne pour préférer des dialogues plus directs. De fait le flou qu’entretiennent les opus précédents et ici une petite brume, qui n’a pas grand-chose à cacher. Pourtant l’immensité de la carte recèle de secrets, or FromSoftware a privilégié la découverte au hasard plutôt qu’à l’intuition. Un choix qui ne serait pas douteux si les révélations suivaient, car tomber nez à nez avec un boss planqué qui est ni plus ni moins qu’un mobs sous stéroïdes a rien de satisfaisant. Surtout, cela donne l’impression au fil de l’aventure que le développeur a préféré la quantité à la qualité, ce qui détonne avec l’entièreté du jeu.
J’ai retrouvé en Elden Ring ce qui m’a fait vibrer dans les opus passés, l’exploration à la torche, les affrontements brutaux, les boss épiques, les corps artistiques qui s’expriment au travers de l’architecture et de l’environnement. Ce tout dans un monde à la beauté et la taille titanesque. C’est regrettable que la narration, véritable point fort du développeur, soit serrée entre cet univers trop grand et le souhait de la rendre accessible. Autant signifier qu’elle ne chante pas entre l’huile et les aromates.
Créée
le 23 mars 2022
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