Très bien écrit, comme Disco Elysium avant lui - mais plus drôle, plus accessible, plus touchant, plus humain, plus proche de la réalité (ils ont arrêté de faire comme si la sociale démocratie était un statu quo et ont pris le parti de pousser un agenda plus réaliste, il y a une prise de responsabilité politique que je respecte beaucoup plus que dans Disco Elysium)... et beaucoup plus moche, visuellement.
J'aime que les auteurs ont compris qu'on ne peut faire passer une idée, politique ou autre, qu'avec une forte émotion. Ils ont compris qu'en réalité il n'y a jamais qu'une seule histoire dans un jeu de rôle bien ficelé, et c'est une histoire qui a de tout - de l'aventure, de la romance, de la magie, de la politique, du drame, des mystères, des surprises... mais au coeur de l'histoire, on redécouvre toujours la nature humaine confrontée à sa mortalité, à sa place dans un monde en mouvement, désespérement à la recherche d'une connexion qui lui donnera une raison de continuer. Ce genre d'histoire (la Seule Histoire) est nécessaire à la fois pour la puissante émotion qu'elle crée pour son audience - ce sentiment de soulèvement, d'appartenance, d'affection - cette émotion que les croyants trouvent dans les églises et les athées dans des concerts - mais aussi parce que, finalement, c'est tout ce qu'il y a dans ce bas-monde, et une fois que cela a été dit, il n'y a rien de plus important.
Ils ont eu la main très lourde sur la sociale démocratie en préservant la possiblité de faire des (mauvais) choix, mais ça ne me gêne pas que le jeu soit autant orienté dans un monde où le fascisme nous guette toujours plus chaque jour. Malgré tout, les gens qui ont le plus besoin de cet genre de jeu n'en verront jamais le bout, car ils ne savent pas lire - ou en tout cas n'auront pas la compréhension littéraire nécessaire pour avaler tout ce texte - donc je salue l'entreprise mais quelque part et ça reste une (poignante) vue de l'esprit.
Délicieux développement des personnages, très bien réalisé. Romance extrêmement discrète mais passionnante, qui s'étale si peu et qui à la fois est si forte et réalisatrice.
Le gameplay, en revanche - même s'ils ont appris de leurs erreurs sur Disco - reste médiocre. Assez casse-pied de changer d'accessoires tout le temps pour modifier ses stats, même en comprenant l'incroyable méta sous-entendu à la fin du jeu, en terme d'expérience de jeu j'avoue que ça m'a surtout gonflé. Pareil pour les graphismes, on voit bien où le budget a été dépensé - mais la vérité c'est qu'effectivement les graphismes et les animations sont les parties les moins importantes pour faire de ce jeu quelque chose d'intéressant, donc c'était le bon choix. Je n'ai pas aimé la mécanique de temps - elle n'était pas là pour être stressante mais elle m'a malgré tout stressé, et j'aurais aimé avoir le loisir de faire tout ce que je voulais faire dans une journée sans me prendre la tête. La réalité c'est qu'il y avait amplement de quoi prendre en loot pour ne jamais foirer aucun jet de dés, mais la vieille dragonne que je suis a beaucoup de mal à arrêter d'amasser un butin excessif en se disant (complètement à tort) "ça va me servir plus tard". Je comprends aussi pourquoi ils ont choisi le monde de Donjons & Dragons pour l'aventure - une IP commercialement bien installée, qu'ils ont revisité intelligemment en ayant des commentaires poussés et pertinents sur des concepts classiques et réexaminés d'une manière fine - mais j'avoue que le médiéval fantastique m'ennuie quand même assez fort, en tout cas avec ce niveau de prévisibilité (après, ils n'ont pas du tout chômé sur le worldbuilding et se le sont approprié.)
Quand j'ai acheté ce jeu, je savais que j'achetais une émotion. Je l'ai eue. 25 euros, ce n'est pas cher payé pour allumer un petit brasier dans sa poitrine et se rappeler son humanité.