Tout le monde l'a déjà dit, Esoteric Ebb, c'est le bébé de Disco Elysium et Baldur's Gate III. Sur le papier, ça claque, mais ça met aussi une sacrée pression sur le jeu, surtout dans mon cas où les deux précédents cités sont des 10/10. Alors qu'est-ce qu'il vaut vraiment une fois entre les mains ?
Forcément, quand j'ai entendu la clique de Jason Schreier tenir des propos dithyrambiques suite au test d'Esoteric Ebb dans leur podcast Triple Click, je me suis dit qu'il ne fallait pas que je tarde trop avant de me le mettre entre les mains. Le jeu a l'avantage de ne pas être très cher, une vingtaine d'euros sur Steam, alors je n'ai pas hésité trop longtemps.
En principe, le jeu a tout pour me plaire, un univers type heroic fantasy qui mêle intrigue politique sur fond classique d'environnement D&D. Des dialogues fournis, une narration complexe, un scénario qui a l'air assez profond, en tout cas de prime abord, et une patte graphique très agréable, sans être particulièrement belle.
Pour ce qui est de la comparaison avec BG3, en réalité, je la trouve largement surcotée. Certes, il y a cet univers un peu D&D et des actions en fonction de nos compétences et caractéristiques, mais on ne retrouve pas du tout le mode de jeu dynamique et profond que nous proposait BG3 dans les combats. D'ailleurs, après plusieurs heures de jeu, je n'ai toujours pas eu le moindre moment pour utiliser mes sorts, c'est une chose assez inconfortable que de ne pas comprendre leur utilité pour l'instant.
Esoteric Ebb refait quasiment à l'identique le même pari que Disco Elysium, c'est-à-dire nous plonger dans une enquête suite à un événement passé dont nous avons la responsabilité d'éclairer les faits. Notre personnage n'est certes pas autant personnalisable dans sa psyché et dans ses caractéristiques physiques, on ressent là déjà une ambition moindre.
Cependant, on retrouve rapidement toutes les mécaniques qui ont fait l'originalité de Disco Elysium, des mécaniques qui ne sont pas seulement inspirées mais réellement copiées presque à l'identique. Les voix intérieures qui nous parlent pour refléter la complexité de notre être et qui s'entrechoquent selon les décisions que nous prenons. Les dialogues interminables avec à peu près n'importe quel personnage que l'on croise, parfois au point d'en être clairement ennuyeux. La qualité d'écriture est très bonne, rien à redire, mais que c'est long par moment, et pas toujours aussi captivant que pouvaient l'être les lignes de Disco Elysium.
Pour autant, il faut souligner la grande générosité d'Esoteric Ebb, qui propose une immersion originale dans ce monde fantastique parcouru de problématiques très contemporaines sur le plan politique notamment.
Notre personnage, qui se construit une identité dans le même temps que nous essayons de comprendre le pourquoi du comment de ce monde, ressemble énormément à notre « héros » de Disco Elysium, c'en est presque gênant par moment. Il n'est pas certain de son rôle, de son identité, est-il un clair ou autre chose, est-il de gauche ou de droite, est-il féministe ou machiste, tout ça est évidemment assez drôle à explorer mais laisse aussi un goût de déjà-vu. L'exercice de style me laisse un sentiment trop ambigu, j'ai tellement aimé ce qu'on fait de notre personnage dans Disco Elysium que j'ai l'impression qu'on me revend la même chose, mais en forcément moins bien. La limite est très fine pour ne pas tomber dans le cliché de ce qui a fait l'originalité de Disco Elysium et j'ai trop souvent eu le sentiment d'être en face d'une copie manquant de son propre caractère. J'espère être surpris dans le reste du jeu.
C'est là toute la difficulté, car quand on joue à cuisiner une recette légendaire, celle de Disco Elysium, il faut accepter de souffrir d'une comparaison de fin gourmet. L'exercice est périlleux pour ne pas passer pour un jeu qui ne cherche qu'à surfer sur les mécaniques d'un succès unique mais qui, au contraire, essaye de réinventer à sa sauce un genre tout à fait exceptionnel.
À cloner autant l'ADN d'un jeu, on se heurte aussi à cloner ses défauts, et malheureusement, en ce sens, et bien que je considère Disco Elysium comme un 10/10, il y a bien des défauts qui resurgissent. D'abord, Esoteric Ebb nous donne très peu d'explications et d'indices sur la manière d'explorer le monde, ce n'est pas toujours quelque chose de mauvais mais c'est un risque si le joueur finit par perdre le sens de son voyage dans le jeu. Dans Disco Elysium, on pouvait facilement passer de longues heures à faire d'innombrables actions sans qu'elles aient un réel sens pour faire évoluer l'intrigue principale, mais on savait toujours comment repartir dans le bon sens grâce à la carte des Tests à faire pour avancer dans l'histoire. On pouvait s'égarer, mais se perdre était plus compliqué, la possibilité de retrouver la direction de notre quête était facilitée. Esoteric Ebb a, il me semble, poussé les curseurs un poil trop loin en ce sens-là, après plusieurs heures de jeu, j'ai surtout l'impression d'évoluer au hasard et d'avoir très peu de points de repère sur la carte. Il n'y a pas de journal de quête et pas de carte avec les personnages rencontrés, par exemple, tout cela rend l'évolution dans le jeu particulièrement ardue. Quand, en plus de cela, on se heurte à des personnages secondaires qui te racontent toute leur vie et plus dans 450 lignes de dialogues, ça a de quoi rendre un peu fou par moment. Est-ce que le problème vient de moi ? Ce n'est pas à exclure, et peut-être qu'après plus de temps ce seront des « défauts » que j'aurai acceptés, comme je l'ai fait pour Disco Elysium, sauf que pour le moment je n'y arrive pas tout à fait.
Il faut probablement, de mon côté, que je laisse davantage de temps passer, car j'ai commencé Esoteric Ebb seulement quelques mois après avoir terminé Disco Elysium. Un temps de repos me semble nécessaire pour profiter pleinement de ce que ce jeu a à proposer, je n'ai pas envie de le juger trop durement car j'aime ses intentions et son style.