Note préalable : j’ai décidé en ce mois de Septembre 2018 de ré-écrire ma critique initiale de ce jeu qui datait de 2014.


Europa Universalis IV est un jeu qui me fascine.


C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de ré-écrire la critique de ce jeu, après avoir rédigé un premier texte en 2014. Le relire a d’ailleurs été pour moi l’occasion de réfléchir à ma relation avec ce jeu, l’un des rares auquel je rejoue par grande session à des époques différentes (pour éclairer le propos, je suis plutôt du genre à ne pas revenir sur un jeu après un premier run, mais il y a bien sur des exceptions …).


Bref, parler de EU4 revient à poser la question de son appartenance à un genre du jeu vidéo. Dans mon texte de 2014, je l’assimilais à un war game, mais avec le recul, cette perception ne me semble pas si pertinente que ça. En fait, EU4 est particulièrement difficile à catégoriser. Il s’agit bien d’un jeu de stratégie en temps réel, mais pas complètement, et pas seulement. En fait, c’est un jeu que je trouve assez unique (mon expérience sur les jeux PC reste un peu limité, ceci explique peut être cela) : un simulateur de gestion de pays et de dystopie mondiale. Ouais … C’est pas beaucoup plus clair.


Dans les faits, EU4 vous mettra aux commandes d’un pays que vous allez choisir, au tournant du XVème siècle. La situation au moment où vous allez prendre les rênes du pays en question se veut assez fidèle à la réalité historique de cette époque. Il faut d’ailleurs à ce titre souligner le grand travail fourni par les développeurs, avec le titre original et les mises à jour intervenues depuis, pour que le jeu colle à un grand nombre de réalités historiques. Un exemple tout bête : si vous dirigez le Portugal, vous verrez rapidement arriver dans votre armada un commandant du nom de Christophe COLOMB qui pourra partir à l’exploration des mers.


Par contre, mis à part cette situation de départ et un certain nombre d’évènements dans le jeu, on part dans une véritable uchronie à partir du lancement du jeu. Tout peut se passer très différemment de la réalité que nous connaissons : la France peut devenir une colonie britannique, la Chine ne jamais apparaître, la Castille et l’Aragon ne jamais se regrouper pour former l’Espagne. Comme j’ai pu le lire dans certaines critiques, EU4 est quelque part un jeu Sandbox permettant de voir ce que deviendrait le monde avec des réalités et des décisions géopolitiques différentes de ce que nous avons connu.


Mais revenons à cette fascination que j’évoquais au début de mon texte. Pourquoi ce sentiment ? Je possède EU4 depuis maintenant 4 ans, et j’ai pour le moment connu 3 grandes séquences de jeu. La première date de l’achat. Je m’étais lancé dans l’aventure par le tutoriel ingame, je n’avais pas compris grand-chose puis le m’étais fait latté puis re-latté sur plusieurs aventures. Génial … Après un passage à blanc, je m’étais relancé sur le jeu 2 ans plus tard, après avoir regardé quelques tutoriels en ligne et remotivé par des soldes sur quelques extensions permettant d’élargir les possibilités de gameplay. J’y ai bien passé 25 heures, alors, sans pour autant parvenir à boucler une partie.


Encore 2 ans plus tard, je me relance dans l’aventure. EU4 n’a jamais quitté mon esprit. J’ai toujours eu en moi cette volonté de reprendre l’aventure, de la prolonger, de découvrir de nouvelles mécaniques de jeu ou de nouvelles façon de faire progresser mon pays. J’ai l’impression que le fait déclencheur de ce nouveau run est une rapide visite à Venise que j’ai fait cet été. Les commentaires d’un guide lors de ce court mais beau voyage m’avaient donné envie de revivre cette période de l’histoire avec cette république hors norme. J’étais – comme on dit – dans la hype.


C’est toute la contradiction de ce titre : j’ai rarement connu autant d’envie sur le long terme de jouer à un jeu (même SimCity ou Cities Skyline ne m’ont pas autant motivé) et connu autant de difficultés à avancer dans un jeu au court de mes sessions. Car oui, la vérité est là, et il faut en avoir conscience lorsqu’on se lance dans EU4 : il s’agit d’un jeu aussi complexe qu’il est ambitieux. Lorsque je parlais tout à l’heure de mon premier run, en 2014, je repense à ces premières minutes, ou plutôt ces premières heures, devant l’interface du jeu. Non pas qu’il ne soit pas bien fait, mais c’est qu’il vous projette à la tête un nombre d’informations particulièrement impressionnant.


Pour le comprendre, il faut un peu entrer dans les mécaniques du jeu. Considérons donc EU4 comme un simulateur de gestion de royaume. Elle s’articule autour de quelques grands axes : la structuration administrative, l’activité militaire, la conquête et l’expansion, le commerce et l’activité économique. Le gameplay du jeu est basé sur un nombre incommensurable d’indicateurs qui auront un impact sur le devenir de votre royaume. Il serait impossible de les lister tous ici, mais on peut citer la stabilité, le prestige, la légitimité, la tradition militaire, la discipline, l’unité religieuse, la tolérance envers les hérétiques, la portée coloniale, la technologie, la doctrine, l’innovation, … Vous pensez que j’en ai cité trop : ce n’est rien à côté de la réalité !


Avec un peu de recul – et au moins 10 heures passées sur le jeu – on commence à comprendre l’articulation entre les différents concepts du jeu et la symbiose entre certaines mécaniques. En cela, EU4 est un jeu particulièrement grisant qui récompense, plus que tout, la patience. Mais à chaque session de jeu, on dépense une énergie folle à essayer de faire avancer les choses, et la frustration peut venir du fait que chaque petite décision peut faire basculer votre royaume dans le gouffre, alors qu’elle ne fait qu’évoluer une petite part des indicateurs.


Pour poursuivre les comparaisons, EU4 me fait un peu penser à la série des Dark Souls, où la réussite récompense le travail, la réflexion, la logique, l’observation et la patience. Rien d’autre. Plus qu’un jeu, EU4 apparaît comme une exigence, presqu’un autre boulot qu’on démarre le soir une fois qu’on est rentré du vrai.


Mais là aussi, l’analyse est incomplète. Car l’erreur que j’ai fait dans mes premiers runs, c’est de considérer que je perdais ou gagnais durant mes parties. Oui, on passe de mauvais moments, parfois, à la tête de notre royaume. Mais le jeu est construit de telle façon qu’on a toujours moyen de rebondir, sur le long terme. D’où cette idée de considérer que c’est plutôt un SandBox qui permet de voir à quoi on arrive à la fin.


Je ne peux passer à côté d’un petit paragraphe sur la politique de DLC du jeu. Depuis sa sortie, EU4 a fait l’objet de plusieurs extensions, rendant le prix du jeu un peu abusé. Je n’ai pas calculé, mais ça pourrait facilement tourner vers 200 € je pense. Je suis un peu partagé car, si la logique mercantile (un autre indicateur / paramètre du jeu) est très critiquable, EU4 a su évoluer en intégrant de nouvelles mécaniques de gameplay venant enrichir (ou complexifier) votre gouvernance. Je recommande en tout cas fortement de profiter de périodes de soldes pour se focaliser sur les « vraies » extensions.


Fascination, donc, pour ce jeu qui me fait parfois passer la barrière de l’épuisement intellectuel. Chaque partie m’épuise, me frustre, jusqu’au moment où j’ai le sentiment – fugace – d’accomplir quelquechose d’utile et de durable. Puis je quitte le jeu. Et je me rends compte que ma motivation à reprendre l’aventure est d’autant plus grande. Il faut que j’y retourne.


Peut être, en cela, EU4 doit nous fournir un sentiment comparable, toutes proportions gardées, avec ceux ressentis par les vrais dirigeants.


Si vous vous sentez de taille, essayez !

Le 13 septembre 2018

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