33 heures de jeu à mon actif
Passionné ou non, d'accord ou non, on ne peut plus nier ce qui fait office d'évidence aujourd'hui : la série télévisée Game of Thrones a battu absolument tous les succès, tout en redorant le blason de la Fantasy sur les écrans, ouvrant une myriade de créations télévisuelles ; condamnant peut-être le cinéma de Fantasy. D'un tel succès, d'abord littéraire - n'oublions pas G.R.R. Martin, il était plus que logique que l'on voit arriver des tonnes et des tonnes de "goodies" et surtout d'adaptations sur divers supports, notamment via les jeux vidéos. C'est ainsi que le sobrement nommé Game of Thrones : Le Trône de Fer fait son apparition en 2012, soit un an après la diffusion de la première saison, fin prêt à surfer sur l'immense succès de cette saga de Fantasy. Développé par Cyanide, ce jeu à la bonne idée (si l'on peut dire) de se dérouler quelques temps avant le premier épisode de la première saison de la série, de quoi offrir aux spectateurs et autres fans de la franchise une vision plus inédite qu'une simple redite des histoires déjà connues. Et si le côté histoire a de quoi enthousiasmer, force est de constater que certaines choses sont à souligner... de manière plus négative.
Jon Arryn, alors Main du Roi de Robert Baratheon, envoie une missive dans le Nord, au Mur, à l'intention d'un vieil ami : Mors. Ce dernier doit retrouver une jeune femme et la protéger coûte que coûte. Pendant ce temps, Allester Sarwick, un prêtre rouge, revient en Westeros pour récupérer ses terres et titres, usurpés par un homme de main de la reine Cersei.
Voilà, pas plus de spoil, comme à mon habitude.
Game of Thrones oblige, peut-on le clamer jusqu'à présent d'après ce qui nous a été offert : ce qui tient de l'histoire, et surtout de l'intrigue, est quasi irréprochable ! Le premier point des plus agréables : la nouveauté du scénario qui délaisse les grandes maisons et (presque tous) les personnages présentés au cours de la première saison de la série pour se concentrer sur de "petits gens" : un frère juré de la Garde de Nuit et un seigneur "déchu". De quoi montrer que même au sein du peuple et des autres (petites) familles, cette tension teintée de meurtres et de trahisons est bien présente. Et c'est un véritable plaisir que de se retrouver baignant dans cette atmosphère si particulière, d'être surpris mais également énervé par les divers rebondissements que nous observons (de quoi prouver à tous que l'histoire immerge au-delà des espérance et que le travail d'écriture est tout bonnement une réussite absolue). Chacun de nos deux personnages possède un caractère bien trempé qu'il l’amènera à agir dans les Sept Royaumes, tout en restant assez mystérieux pour continuer, tout au long de notre aventure, à nous étonner des secrets qu'ils cachent et portent malgré eux. Néanmoins, la manière dont nous est présenté l'histoire peut rebuter. En effet, si cette dernière peut se révéler captivante, elle va - grosso modo - se résumer en deux grands actes dans son évolution : les grosses séquences de dialogues à choix multiples et les séquences de combat (teintées par un peu d'exploration et de "libre circulation"). Le premier point, pas des moindres, peut facilement ennuyer, pour peu que le côté lore n'intéresse absolument pas. Fort heureusement, en un sens, le joueur n'est pas obligé d'approfondir ses connaissances sur les Sept Royaumes pour parvenir à la fin de l'aventure mais une grosse partie des dialogues restent obligatoires pour avancer dans l'intrigue. Et bien évidemment, certains d'entre eux sont très longs, de quoi nous laisser en mode passif plusieurs minutes avant de reprendre le contrôle de la manette. De plus, il est à souligner que les dialogues à choix multiples n'ont - malheureusement - pas énormément d'impact : on peut bien répondre ce que l'on veut, l'histoire va rester la même sauf pour quelques exceptions dont le dénouement final qui offrira quatre fins différentes que l'on appréciera en tant que véritable représentation de la noirceur de l'univers de G.R.R. Martin. Mais autrement, peu importe les choix, on arrivera toujours à retomber sur nos pattes scénaristiques et franchement, c'est tout de même dommage. Le deuxième point que sont les combats (et c'est la deuxième grosse partie du jeu) peut se révéler rapidement frustrante tant l'intelligence artificielle des alliés est particulière, sans compter les hordes d'ennemis qui vont mettre plus de dégâts que prévu. En soi, la mécanique de combat n'est pas absolument révolutionnaire : on peut donner des ordres à nos alliés et utiliser un arbre de compétence en temps réel pour agir dans le combat. Quelques mécaniques intéressantes seront proposées suivant le personnage que l'on joue mais autrement, rien de très transcendant bien que cela se prenne en main assez facilement. Les combats, bien entendu, nous octroient de l'expérience (RPG oblige) qui nous permettra d'augmenter nos statistiques et compétences ; le tout demeure là aussi assez basique sans pour autant déplaire complétement. Et lorsque l'on n'est pas à écouter l'histoire se dérouler ou à livrer bataille, on joue dans un monde très semi-ouvert où seules certaines zones sont détaillées ; on s'y rend en voyage rapide. Et à part quelques marchands pour notre équipement, il n'y a pas grand chose à faire. On aura bien quelques quêtes secondaires à réaliser mais le problème, c'est que ces quêtes secondaires se font au détriment de celle principale : si on oublie de ramasser un objet ou de parler à un personnage et que l'on passe à un autre chapitre, c'est fini (sauf concernant quelques quêtes faites pour la durée), on peut laisser tomber. Ce qui nous "force" à prendre notre temps durant chaque chapitre, à fouiller avec minutie les divers lieux pour ne pas louper quelque chose d'intéressant. C'est ce côté un peu étrange du jeu où l'intrigue principale va proposer bien plus de gameplay que les quêtes secondaires ; ce qui n'a rien d'étonnant en un sens mais il est dommage de ne pas avoir fait preuve d'inventivité pour ces objectifs facultatifs.
Mais dans l'ensemble, on ressort plutôt satisfait de notre expérience , pour peu que l'on apprécie véritablement les séance de dialogue ou les combats. C'est juste dommage d'avoir restreint, ou ne pas être allé assez loin dans les possibilités à offrir aux joueurs pour proposer la meilleure expérience possible.
Côté graphique, ce n'est pas horrible. Le tout est assez détaillé et riche, sans oublier que l'on se permet de proposer quelques visuelles pas forcément en raccord avec les lieux de la série (cette dernière étant encore au seuil de nouveauté). Cependant, il y a des détails qui finissent rapidement par nous agacer, si ce n'est nous sortir de l'immersion. Premier point, parmi tous les petits détails que l'on peut noter, les PNJs. Beaucoup trop de PNJs se ressemblent, pour ne pas dire qu'ils sont complétement identiques, aussi bien les paysans que les guerriers que l'on affronte, ce qui est horriblement vexant lorsque l'on voit les possibilités que l'on sait donner pour l'intrigue. Si ce détail peut passer pour certaines missions ou pour les gardes des différentes armées, ça devient juste délirant pour les prostituées, les habitants des diverses villes ou même pour des mecs lambda qui ressemblent beaucoup trop à un personnage secondaire important, au point où l'on peut faire des erreurs de compréhension dans l'histoire qui se déroule sous nos yeux. En bref, un grand, très grand dommage. Deuxième point : les mouvements. Si nos deux personnages jouables sont différents en bien des points, ils ont absolument la même démarche, les mêmes gestes pour les mêmes éléments scénaristiques (présenter un objet découvert, assassiner, exécuter...) et quand on se rend compte que c'est la même chose pour ab-so-lu-ment tous les personnages, on en vient à se frapper la tête contre un mur tellement on se demande comment un truc aussi gros a bien pu passer les tests. Sur ce point, malheureusement, c'est presque désastreux. Alors, on sera d'accord, cela n'enlève rien au jeu en lui-même mais cela offre une bien piètre immersion de jeu.
Concernant les combats, ce qui a déjà été un peu abordé ci-dessus, on demeure sur des principes déjà vu mais qui font l'affaire. On nous donne un système d'efficacité intéressant (des types d'arme contre des types d'armures) mais qui, contre certains boss, nous laisse dubitatif. Mais dans l'ensemble, excepté peut-être pour les combats d'arène qui proposent un petit truc neuf entre guillemet, on reste sur du générique, même si certaines séquences d'escarmouche nous donnent énormément de fil à retordre, au point de nous faire craquer plusieurs fois.
Pour les musiques, il n'y a pas grand chose à relever : on nous accueille avec le thème de Ramin Djawadi. Pour le reste, on demeure sur des compositions assez discrètes et, la plupart du temps, assez oubliables.
Game of Thrones : Le Trône de Fer est un RPG intéressant mais qui souffre d'un manque de finition. Trop d'éléments, d'apparence anodine, finissent par gâcher notre immersion de jeu, à l'image de ce que j'ai pu présenter. Ce qui est dommage lorsque l'on voit les efforts déployés pour nous faire vivre une aventure à l'image de celles de G.R.R. Martin. Ce jeu n'est pas déplorable mais n'est pas exceptionnel ; limite une façon de faire découvrir une série qui de toute évidence n'avait pas besoin de publicité à un nombre plus important de potentiel spectateur, notamment du côté des joueurs. De ce fait, on nous propose un jeu plutôt basique malgré des éléments intéressants et bien trouvés qui auront cependant un peu de mal à effacer les quelques (nombreuses) petites erreurs. Néanmoins, ce jeu vaut bien le détour, ne serait-ce que par curiosité afin de voir ce qui s'est fait dans l'ombre gigantesque de la série télévisée. Pour un jeu qui, d'après moi, ne brille véritablement que par ses différentes fins, cela peut au moins apporter une forme de complémentarité avec la série.
Et n'oubliez pas : la Fantasy nous appartient !