Après l’expérimentation et la générosité, la monotonie et la régression

Après l’expérimentation et la générosité, la monotonie et la régression

Après avoir introduit une nouvelle race Alien et avoir dynamité l’action d’Half-Life avec Opposing Force, il y avait de quoi espérer une nouvelle dose d’adrénaline bien vénère par Gearbox avec leur extension suivante, et c’est avec pas mal d’attentes placées en lui que Blue Shift débarque avec une proposition finalement inattendue. Suivant toujours le principe de revivre les événements de Black Mesa d’une autre perspective que celle de Gordon, c’est cette fois le point de vue d’un garde de sécurité qui est retenu dans sa propre lutte contre les xénomorphes et les soldats.


C’est un choix surprenant puisqu’il annonce clairement écarter les avancées scénaristiques et la surenchère d’action d’Opposing Force, qui se comprend mieux quand on sait que cette campagne a été pensée comme bonus pour une version complète du jeu sur Dreamcast plutôt que comme une extension majeure. En effet, après l’annulation du portage pour Sega en raison des difficultés commerciales majeures de la firme, Blue Shift devient ainsi une extension stand-alone sur PC promettant une nouvelle aventure avec des graphismes améliorés. Voyons ce qui a résulté de ce projet qui sera la dernière extension solo d’Half-Life.


En optant pour une aventure recentrée sur des affrontements plutôt limités par des mécaniques de jeu profondément bridées, de par une sélection d’armes plus que resserrée autour de l’armement conventionnel, des ennemis déjà vus et combattus sur des dizaines d’heures de jeu... seules des situations de jeu très bien pensées auraient permis de justifier ces choix pour ne pas donner le sentiment à la formule de régresser. Malheureusement, ces situations ne viendront qu’à la toute fin du jeu à mon sens avec un petit labyrinthe pas trop mal fichu, sinon c’est globalement une fuite en avant tout ce qu’il y a de plus simpliste et sans grand intérêt ludique.


Blue Shit manque clairement d’ambitions et d’idées aussi bien sur ses mécaniques que ses situations de jeu, surtout en comparaison de son illustre prédécesseur, pour une durée de vie 2 fois plus courte qui plus est. Ça n’aurait pas nécessairement été mieux d’allonger la durée de vie d’une expérience de jeu un peu monotone mais pour une extension stand-alone ça reste très léger et ça rend encore moins excusable la faible maîtrise de la formule. Cette désescalade de l’action a aussi pour conséquence un challenge peu relevé, même l’excursion sur Xen est une promenade de santé, qu’importe le niveau de difficulté retenu, ce qui n’aide en rien à compenser tout ça. Il en va de même pour les énigmes souvent idiotes avec une résolution unique contre-intuitive.


La mise en scène en temps réel ne saura pas non plus aller au-delà du minimum attendu, il y a bien quelques séquences dont on peut être spectateur au cours de la progression mais aucune d’entre elles ne marquera véritablement, souvent versions simplifiées de séquences déjà vues, souvent les plus sobres qui plus est. Le plus gros effort est d’ailleurs dès le début du jeu avec la reprise de la séquence du train habilement mêlée à celle de Freeman que l’on voit en blouse blanche et qui nous voit nous dans l’intro de l’aventure principale, quelques scripts montrant la vie quotidienne normale à Black Mesa…


Mais Blue Shift ça reste le maniement et la formule Half-Life, donc ça marche plutôt bien. C’est tout l’avantage de reposer sur des bases solides et de ne rien expérimenter, Blue Shift est plutôt plaisant à parcourir dès qu’on met ses attentes de côté pour prendre l’extension pour ce qu’elle est, plutôt que ce qu’on en attendait après Opposing Force. Il en va de même pour le scénario, qui ne répond à aucune question posée par Opposing Force et sa nouvelle race Alien, encore moins des questions centrales comme l’identité de l’administrateur… mais qui développe un peu plus l’histoire du complexe de Black Mesa avec des locaux anciens qui nous permettent d’explorer son passé et de disposer de plus d’éléments pour comprendre le principe de téléportation, ce qui est toujours bon à prendre et sauve un peu le truc.


L’arrivée du pack HD permet quant à elle d’actualiser les character-design des PNJ pour cette extension mais aussi pour les autres versions du jeu, ce qui est très agréable vu le niveau de détails bien supérieur. Ce pack opte également pour d’autres designs pour les armes, par exemple le pistolet inspiré du Glock 17 fait désormais écho au Beretta 92, pourquoi pas ? De plus, certains sons et bruitages sont remixés pour plus d’intensité. C’est à mon sens la réussite la plus aboutie de cette extension mais est-ce suffisant pour oublier tous les défauts précédemment cités ?


Si Blue Shit apporte son pack HD bien sympathique et quelques compléments d’informations pour le scénario principal d’Half-Life, son manque de contenu et de challenge ainsi que d’ambitions et d’idées est criant et a complètement plombé mon expérience de jeu, largement en dessous des attentes nourries par Opposing Force qui n’était pourtant pas parfait mais qui avait le courage d’expérimenter et qui était généreux en contenu. Quel dommage que Gearbox n’ait pas pu se concentrer pleinement sur une vraie extension poursuivant réellement leur travail qui s’achève donc pour cette licence dans la déception.

damon8671
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le 7 nov. 2022

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