Oui je sais, la note peut paraitre excessive. Oui c'est vrai, Hellblade II est une expérience majoritairement passive, encore plus que le premier épisode. Mais, encore plus que le premier épisode, c'est une proposition radicale, qui ne ressemble à rien d'autre. Et si ce que Senua raconte a une résonance quelconque chez vous, vous ne l'oublierez pas de sitôt.
L'histoire de Hellblade premier du nom pouvait paraitre définitive, mais c'est pourtant la suite qui nous est racontée ici. Senua, enfin libérée de ses obsessions, est victime d'un peuple conquérant qui réduit les siens en esclavage. Mais le voyage se déroule mal, le bateau fait naufrage, et Senua échoue miraculeusement sur une terre mystique envahie par des géants. Commence alors une quête de vérité, de vengeance, et de rédemption.
Et dès les premiers instants, c'est le choc : Hellblade II est probablement la claque technique la plus impressionnante de sa génération, et pas seulement graphiquement. On peut en penser ce qu'on veut, mais le fameux film interactif, cette chimère des années 90, est une réalité en 2025 : Hellblade II est un long-métrage de cinq heures en 3D temps réel, photo-réaliste, dans lequel le joueur a le contrôle en permanence, avec des acteurs virtuels indifférenciables de personnes en chair et en os, et qui se permet des effets de mise en scène qu'on ne voit d'ordinaire qu'au cinéma. Il y a peu, personne n'aurait cru ça possible.
Alors c'est vrai, on ne fait pas grand chose. Entre deux énigmes simplistes et trois combats pas désagréables (visuellement ils sont incroyables) mais un peu limités, le gros du jeu consiste à admirer le paysage et profiter de l'expérience. Et là, tout est une affaire de sensibilité personnelle : le propos de Hellblade 2 est extrêmement dur, cru, viscéral, et n'est pas sans rappeler des films comme La Chair et le Sang. L'écriture est assez sophistiquée, peut être un peu trop pour raconter une histoire finalement assez simple, mais le fond est là et le jeu porte un message touchant de persévérance et d'espoir face à l'adversité du destin. Contrairement au premier épisode, Ninja Theory a cette fois les moyens de ses ambitions, termine son jeu proprement et va jusqu'au bout, quitte à se mettre à dos les "vrais joueurs".
Alors j'avoue, au final moi j'ai marché du début à la fin, dans tous les sens du terme. Du coup, j'enrage de voir que Microsoft, désormais propriétaire de Ninja Theory, n'a strictement rien fait pour pousser ce jeu sorti dans l'indifférence générale et qui méritait clairement mieux en terme de promotion. Pourtant, même s'il est bourré de défauts, même s'il n'est pas pour tout le monde, le marché a besoin de ce genre de propositions, ne serait-ce que pour ne pas sombrer dans une routine trop prévisible. Dans un monde idéal, le Game Pass pourrait même servir à financer, promouvoir et faire découvrir ce type d'expériences, pour leur donner une visibilité qu'elles n'auraient pas dans le circuit de distribution classique avec un tarif premium. Bah, on peut toujours rêver...