Silksong mène un combat très injuste.
C’est un jeu qui doit se faire une place après son aîné, ce qui veut dire qu’il n’a pas le droit d’être juste bon mais au minimum excellent. Cette impossible promesse de respecter les attentes d’une foule marquée par un premier fils prodige sorti de nulle part, elle est malgré tout plutôt bien tenue. Cette seconde portée est certes imparfaite, et sa plus grande tare est de non seulement répéter, mais également de développer les défauts de son grand frère. Mais pour le reste, sa justesse lui fait tout de même se forger une place au-delà de l’ombre de celui-ci.
Mais revenons d’abord aux défauts. Pour bien comprendre de quoi je parle, parlons du chef de la fratrie.
Parlons d’Hollow Knight.
Qu’est-ce qui fait que cette œuvre est culte ? Parce que disons les choses, même en 2017, elle n’inventait rien. C’était un metroidvania, tout ce qu’il y a de plus classique, qui reprenait les standards du genre à la lettre, sans jamais lui apporter de twist. Certes, il y avait un mélange des genres, avec une difficulté et une narration reprise des jeux From Software, mais le résultat final restait au bout du compte bien sage, et même assez scolaire. Alors pourquoi cet engouement ? Parce que deux choses. D’une part, même si le jeu n’inventait rien, ces codes qu’il reprenait, il les maîtrisait à la perfection. Il les avait mastiqué et même digéré avant de les recracher devant nous.
D’autre part, c’est que les conventions qu’il appliquait avec sagesse, il le faisait pour servir quelque chose de bien plus grand. Et cette chose, c’est son monde. Son monde est grandiose.
J’ai beau réfléchir, je ne vois pas grand-chose qui ressemble à l’univers d’Hollow Knight. Une terre mystérieuse qui, sous sa surface désolée, nous laisse entrevoir des civilisations troglodytes peuplées d’arthropodes plus ou moins humanoïdes. On peut deviner les inspirations, oui. Jouer aux devinettes pour comprendre pourquoi un royaume bâti par un dieu s’effondre sous le poids de son histoire, ça nous fait encore une fois revenir aux mondes d’Hidetaka Miyazaki. Mais ce que je trouve fascinant ici, c’est l'ambivalence de ce qui s’offre à nous. Là où la misère sans équivoque d’un dark souls aboutit à un ton parfois monotone, ici c’est la contradiction entre la noirceur des intrigues d’Hallownest et la candeur de certains habitants à l’allure cartoonesque qui aboutit à une identité absolument unique. La bonhomie naïve de certains insectes résonne avec dissonance dans les cavernes jadis gouvernées par un roi qui sacrifia sa progéniture pour combattre une entité jalouse.
Hollow Knight est scolaire, mais Hollow Knight est mystérieux, romantique. Il nous fait parfois peur, d’autres fois il nous questionne, souvent il nous émerveille, et à la fin il nous salue en nous laissant l’impression d’être aussi petit qu’un insecte. C’est fort.
Vient maintenant Silksong.
Silksong, n’en doutez pas, a bien été élevé dans la même demeure par les mêmes parents. Il est en effet tout aussi sage, et tout aussi scolaire que le premier-né. Même peut-être plus, même peut-être trop. C’est toujours un metroidvania, toujours aussi rigoureux dans l’application des principes de son genre, en ajoutant en plus le fait d’être plus linéaire dans sa première partie. Silksong a maintenant des tableaux avec des quêtes passionnantes (non.), où l’on nous demande parfois de faire des traques (bonjour The Witcher) pour trouver une âme perdue où une créature féroce, parfois de collectionner des items (bonjour jeu osef qui crée de la durée de vie artificielle avec du contenu peu inspiré).
Si on a été attentif, on n'est pas surpris. Comme dit plus haut, la Team Cherry n’est pas une équipe de personnes qui réinvente un genre. Ce sont des gens qui appliquent des principes et qui le font correctement. Si quelque chose existe dans Hollow Knight, ça a probablement existé avant ailleurs. En plus de ça, les quêtes qui nous demande de collectionner des choses quelque part dans le monde ne sont pas apparues dans cet opus. Il y avait des germes de ce principe dans le premier jeu et encore plus dans les DLC sortie par la suite. C’était d’ailleurs la prédominance de cet aspect qui m’avait fait m’arrêter.
Les créateurs de la Team Cherry étant des artistes, ils ne s’inspirent pas, ils volent. Seulement, je trouve dommage que dans leur butin, il y ai une telle prédominance d’éléments de gameplay qui ne soient pas des plus inspirés. Je ne joue pas à un jeu indé pour tomber sur des missions nulles que je pourrai trouver dans des jeux nuls fait par des gros éditeurs nuls. Le monde de Pharloom est grandiose, mais il n’est pas toujours exploité de la meilleure des manières.
Voilà, c’était mon petit bémol. Bon et pour le reste, bah c’est très bien hein.
J’aime qu’il y ait une rupture de ton qui se retranscrive dans la beaucoup plus grande nervosité des contrôles de Hornet. J’aime le nouveau système de soins, j’aime la permissivité des outils, j’aime la richesse visuelle des environnement dessinées qui réussissent l’exploit d’être toujours aussi lisible que dans le premier jeu tout en étant encore plus fourni de détails subtils. On sent la maestria d’une méthode. On sent l’amour, la patience, la discipline. J’aime les boss, j’aime la difficulté qui, contrairement à d’autres retours que j’ai entendu, me paraît être dans la droite continuité du premier jeu. C’est peut-être un poil plus dur, mais ça va (et je dis ça en ayant pas fait le panthéon d’Hallownest).
Silksong a, à côté d'Hollow Knight premier du nom, sa propre place, avec sa propre proposition, et on voit déjà l’apparition de deux paroisses qui prêche chacune pour leur petit favori. Pour ma part, je dois tout de même bien avouer que je suis de ceux qui préfère l’aîné au cadet. Je l’aimait bien ce petit chevalier muet, moi. Et j’avoue que l’intrigue et les enjeux du premier volet me parlait un peu plus. Les tons bleutés et l’architecture gothique de la cité du vers pâle me hantent bien plus que les couleurs chaudes de Pharloom et son aspect plus… steampunk ?
Le gameplay de la tisserande et la représentation de la terre de ses ancêtres est je pense plus abouti que dans le précédent opus, mais ce royaume de soie me reste pour l'heure dans la bouche avec un goût un peu plus oubliable que l'ironie macabre qui se dégageait des ruines de l'empire du petit roi jadis immense.
Mais peu importe, les deux jeux existent et c’est très bien. J’espère simplement que les parents de ces deux enfants surdoués ne se sentiront pas obligés de remplir leurs prochaines créations avec de la collectionnite dispensable.
J’attend le DLC de Silksong avec impatience.