Pourquoi ce titre ? Pourquoi le nombre 23 ? Tout simplement parce que c'est censé être un nombre maudit, un nombre qui attire le malheur. Moi, superstitieux ? Que nenni ! C'est Jim Carrey qui me l'a dit, et après avoir terminé Legacy of Kain: Ascendance j'ai tendance à le croire. Parce que oui, ça faisait 23 ans que les fans attendaient le retour de cette mythique saga, une de celles qui ont contribué à forger ma passion pour pour le jeu vidéo à l'ère PS1/PS2 et plus encore mon intérêt pour la narration dans le jeu vidéo.
On avait laissé Legacy of Kain sur un sacré twist avec l'épisode Defiance, un épisode qui n'avait pas convaincu tout le monde, changeant radicalement la formule au niveau de sa structure, bien plus linéaire (mais déjà amorcée par Soul Reaver 2 en un sens). C'était effectivement dommage, mais tout n'était pas à jeter et on gardait surtout un véritable attrait en terme de narration et d'écriture. L'histoire de LoK, son ambiance et ses personnages sont les véritables atouts de la saga selon moi et ils auront persistés jusqu'à ce que la licence tombe dans l'oubli après un titre annulé, puis un autre...
Mais fut alors annoncé un retour ! Un retour par la petite porte avec des graphismes dignes d'une GBA, certes, mais un retour tout de même. Ca ne sentait pas le grand jeu, mais après tant d'années à espérer que les choses bougent, je me suis malgré tout lancé sans tarder dans cette nouvelle aventure avec enthousiasme.
Alors pour commencer, nous avons accès à 3 protagonistes dans Ascendance : les mythiques Kain et Raziel bien sûr, mais également une petite nouvelle du nom d'Elaleth. Enfin... pas si nouvelle que ça visiblement puisqu'elle était apparue dans un Comics. Mais nous y reviendrons, concentrons nous d'abord sur le jeu en lui même.
Il n'est pas question ici d'un metroidvania comme j'avais pu le lire à droite à gauche, c'est un action-platformer classique, chapitré, avec des niveaux linéaires et quelques notes à trouver dans les niveaux pour un rappel du lore de la série. La première chose qu'on remarque, outre la direction artistique (sympathique mais manquant cruellement d'ambition), c'est la lourdeur du gameplay, c'est rigide et pas de la bonne manière. Parce que moi j'apprécie la rigidité d'une certaine catégorie de jeux, elle peut même devenir une force à mes yeux quand elle est utilisée à bon escient pour créer une cohérence entre level design et challenge prévu par les développeurs, c'est ce qui rend des sagas comme Castlevania ou Ghosts 'n Goblins si addictives. Dans Ascendance c'est juste pataud, un comble quand on sait qu'il est écrit ceci dans la description du jeu sur Steam : "Ascendance est un jeu d'action 2D rapide où vous attendent des combats fluides". Ca prête vraiment à sourire quand on a touché au jeu, les termes de fluidité et de rapidité ne sont clairement pas les premiers qui me seraient spontanément venus à l'esprit.
Enfin soit, on a donc 3 personnages jouables, on est en droit de se dire que ça correspond à 3 gameplays bien différents et le jeu tend à vouloir nous le faire croire. Sauf que dans les faits on a une touche d'attaque, une autre pour effectuer une parade/riposte, un saut et un dash pour tout le monde. La vraie différence c'est que Raziel (forme vampirique) et Elaleth peuvent voler, comprendre péniblement battre des ailes pendant un court laps de temps, notre capacité à voler étant soumise à une barre d'endurance même s'il est possible d'en récupérer en chopant une pastille dans les airs avant de retomber. Le jeu se résume donc à avancer, sauter et taper (uniquement vers l'avant), j'ai rarement senti le besoin d'utiliser la parade en vérié, je l'ai utilisé quand même pour ne pas juste bourrer comme un cochon ceci dit. Aucune surprise au programme du point de vue du gameplay, aucune folie ou originalité dans le level design. Pire, on a quelques séquences de vol mal conçues qui consistent à éviter des projectiles ainsi que des éléments du décor (pics et flammes) tout en devant tuer des chauve-souris dans les airs et prenant garde de ne pas tomber à cours d'endurance (ni tomber tout court d'ailleurs), le tout avec un personnage semblant peser 3 tonnes : du fun à l'état pur ! Concernant les boss, je les ai trouvé plutôt réussi visuellement dans ce style, par contre les combats sont très pauvres et se terminent très rapidement.
Mais le gameplay c'est une chose, ce que j'attendais aussi et peut-être même surtout avec ce nouvel opus, c'est d'avoir du biscuit en terme d'histoire. Je veux que Nosgoth vive de nouveau et nous dévoile ses secrets, je veux voir se dessiner les destinées de Kain et de Raziel. Au final on ne fait que revivre des séquences déjà bien connues sous un nouvel angle, dû à la fameuse Elaleth, sœur de Raziel débarquée de nul part, sa présence venant compléter (ou plutôt réécrire) l'histoire telle qu'on la connaissait. Qu'elle soit présente dans les Comics, c'est une chose, peu importe son degré d'importance là dedans, ça ne me pose pas de problème tant que ça reste dans une sphère différente. Le souci maintenant, c'est que Crystal Dynamics a décidé de rendre ce personnage canon dans la saga, ce qui donne forcément lieu à toute une réinterprétation du lore des jeux, et pas franchement pour le mieux de mon point de vue.
On apprend ainsi qu'Elaleth serait derrière certaines des plus importantes décisions de Kain et de Raziel dans l'univers de Legacy of Kain, elle les aurait manipuler tour à tour pour parvenir à ses propres fins, retirant alors toute question de libre arbitre d'une façon assez grossière, une notion pourtant passionnante au cœur de la saga. De même, on nous explique que c'est encore Elaleth qui, en donnant une amulette Hylden à Raziel lui a permis de développer ses ailes, contredisant la théorie des mutations vampiriques instaurées avec Soul Reaver. Quid des mutations survenus pour les frères vampires de Raziel dans ce cas ? L'explication, encore assez grossière à mon avis, peine à convaincre.
Pour ce qui est de la partie sonore, on a peu de pistes mais je ne dirais pas que c'est mauvais, globalement elles me semblent plutôt dans le ton. Non ce qui m'a vraiment sorti de l'ambiance c'est la partie doublage, un en particulier à vrai dire. C'est bien beau de vouloir reprendre les doubleurs originaux mais il faut bien comprendre qu'ils ont vieilli. Immense respect à eux pour leur travail tout au long de la saga, mais le doubleur de Raziel sur Ascendance ce n'est pas possible, ça ne fonctionne tout simplement plus. Les dialogues en pâtissent, la voix est bien trop âgée, le ton n'y est pas.
Pour résumer, Legacy of Kain: Ascendance est un joli petit jeu GBA, très court, sans véritable profondeur et qui traine de grosses lacunes dans son gameplay, ses doublages ou encore son histoire pour cause de personnage rajouté au forceps et de toute la réinterprétation douteuse qui en découle. Il ne fait pas avancer l'histoire, il la réécrit, ce n'est évidemment pas ce qu'on attendait. J'ai tout de même apprécié certaines musiques, les séquences cinématiques en 3D et... la dimension fan-service du jeu en fait. C'est con à dire mais retrouver cet univers et ces personnages après tant d'années d'absence ça m'a fait quelque chose. Il est regrettable que ce soit pour une aventure aussi molle, peu impactante et carrément déceptive finalement. Le jeu est bel et bien une déception, ça me fait mal au cœur de le dire, je vous assure. Je partais dans l'idée de le défendre avec toute la mauvaise foi du monde si nécessaire mais je m'avoue vaincu, ce n'est pas un bon retour. Et ce qui me fait le plus mal dans cette histoire c'est que ce jeu ne risque pas de faire décoller les ventes de la saga, Legacy of Kain risque bien de retomber dans l'oubli. Quelle tristesse.
Kain en 2001 : "Supposons que tu lances une pièce suffisamment de fois, supposons qu'un jour, elle retombe sur la tranche"
Kain en 2026 : "Supposons que tu lances une pièce suffisamment de fois, supposons qu'un jour, elle retombe dans le caniveau"