Mafia II: Definitive Edition (2020) est une grosse déception me concernant. Après environ 18 h, j’affirme sans hésiter avoir bien plus apprécié l’édition définitive du premier opus parue la même année que ce remaster paresseux. Honnêtement, même en 2010, date de sortie originelle, la production de 2K semble en retard sur bien des plans : gameplay, scénario, IA… Loin d’être une bouse infâme, Mafia II: Definitive Edition tire tout de même son épingle du jeu sur quelques missions ponctuelles (l’abattoir, la prison, le règlement de comptes avec la mafia chinoise) et grâce à une bande-son de qualité, riche en titres culte des années 40-50. Au-delà de ces points, et même si le scénario se suit sans déplaisir, c’est le vide sidéral.
Le gameplay et la difficulté sont d’un autre temps, c’est mou et assez imprécis en particulier le système de couverture qui pourra parfois vous trahir. Oubliez la moindre satisfaction armes en main, il ne se passe rien non plus de ce côté-là. Et la difficulté est inégale tantôt avec des IA à la ramasse courant comme des poulets sans tête à droite et à gauche, à découvert bien entendu, tantôt des cyborgs aux hormones capables de vous tuer en moins d’une seconde. Du fait du contexte historique, la première partie du jeu avec les voitures des années 40 est absolument molle, on se fait chier en véhicule mais ce point devient une qualité relative dans la suite de l’aventure lorsqu’on a la possibilité de conduire des voitures bien plus modernes et véloces. Je n’avais pas ressenti cette mollesse lors du premier Mafia pourtant antérieur chronologiquement à cet épisode. Un système d’infiltration bancal est implémenté dans le titre mais il ne sert que pour certaines missions bien particulières et même dans celles-ci, à partir d’un certain moment le script vous oblige à ne plus être discret et à bourriner. Evidemment, ce jeu est un GTA-like fonctionnant aux scripts à gogo donc n’espérez aucune latitude dans le déroulé des missions. La quasi-totalité des missions se résumeront à : aller d’un point A à un point B, génocider tout ce qui bouge et basta !
Ensuite, le monde ouvert fait plaisir dans le sens où il reste généreux mais la ville fait furieusement factice. Nous sommes à Empire Bay, un faux New-York qui transpire le carton-pâte tant on n’y croit pas. Après, je suis dur car Empire Bay reste une ville plutôt acceptable pour du 2010 mais cette dernière demeure vide, il n’y a rien à y faire hormis acheter trois costumes et personnaliser sa voiture. On peut bien dévaliser les trois boutiques qui se battent en duel, mais franchement à quoi bon ? Aucune tension, rien, zéro pointé : vous rentrez, vous shootez ou pas le responsable du magasin et vous partez avec le pognon. Durée du braquage : 6 secondes. Des stations-essence sont disséminées en ville puisque, en effet, vos véhicules peuvent tomber en panne si la jauge d’essence s’épuise. Si en mission, cela ne vous gênera absolument jamais, lorsque vous parcourrez la ville à la recherche de ses secrets, vous pourrez tomber en panne. Il n’y a selon moi aucun intérêt à cette mécanique si ce n’est un réalisme particulièrement déplacé dans un jeu arcade en tout point. Empire Bay est une ville punitive gorgée de flics à tous les coins de rue. La police est paradoxale. Dans 90% du temps, elle ne servira à rien car trop lente et IA à la ramasse mais dans certaines missions ou vers la fin du jeu, la police devient littéralement Robocop. Ça aussi, c’est catastrophique. Vers la fin, lorsque vous serez recherchés par la police, ces derniers ne vous lâcheront pas d’une semelle et se téléporteront à tous les croisements pour vous capturer, ruinant sincèrement l’expérience de jeu.
Côté réalisation, nous avons droit au minimum syndical dans cette édition définitive. Je n’ai pas connu Mafia II original en 2010 mais cette remastérisation s’avère légère, on est loin de la claque technique du premier opus. Le jeu n’est ni beau ni moche, il reste agréable à l’œil pour un titre vieux de 15 ans. Ce n’est pas tant le visuel qui jure avec le temps mais la structure même du jeu tout comme son gameplay. Mafia II: Definitive Edition possède en prime quelques bugs avec des scripts qui ne se lancent pas dans les missions ou des chargements infinis imposant une relance complète du jeu. Côté sonore, les dialogues des dernières missions font l’objet d’une répétition décalée créant une cacophonie lorsque deux personnages échangent. Inadmissible de voir cela près de 10 ans après sa sortie. Les doublages quant à eux sont d’excellente factures, rien à dire sur ce point. Enfin, on appréciera la bande-son en particulier lors de la conduite de véhicule avec des musiques typiques de l’époque et enjouées donnant un certain cachet à ce monde fictif.
Le scénario gravitant autour du personnage de Vito ne m’a pas du tout embarqué. On ne sent pas tellement l’atmosphère mafieuse dans cet épisode de par des personnages trop légers au regard de ce que l’on incarne mais aussi de par la profusion de personnages passés et présents. Je pense évidemment à Joe, notre compère tout au long de l’aventure. Quelques facilités scénaristiques ridiculisent régulièrement le drame dans lequel nous sommes pourtant embarqués pendant près de 15h. Par ailleurs, je ne condamne pas mais déplore avec lassitude la gourmandise avec laquelle nos personnages italiens (par les biais des développeurs de chez 2K) embrassent le racisme anti asiatique au cours de deux ou trois missions : entre les doublages ridicules façon Eric & Ramzi dans La Tour Montparnasse Infernale (2000), la dérision pathétique autour de la nourriture (nems), « bouffeurs de riz » ou l’insulte ad hominem des membres de la mafia chinoise : « sales j... », « bridés » et tutti quanti. Je sais bien que l’on est dans une fiction et je ne remets pas cela en question, mais je déplore que ce soit toujours les mêmes qui trinquent dans les productions cinématographiques ou vidéoludiques. J’ai le sentiment qu’il existe une tolérance culturelle différente selon les cibles depuis des années, et ça me gêne. N’imaginez pas une demi-seconde qu’un tel lâché prise sur le racisme, qu’une telle audace se retrouve dans un jeu vidéo des années 2000, 2010 et encore moins 2020 à l’encontre de populations arabes ou noires par exemple.
En conclusion, Mafia II : Definitive Edition n’est pas une catastrophe absolue, mais c’est un jeu moyen porté par quelques missions marquantes et une bande-son impeccable, et plombé par tout le reste soit un gameplay raide, une difficulté incohérente, un monde ouvert décoratif, une police tantôt Inspecteur Derrick tantôt Robocop, et une « édition définitive » très relative, trop légère pour justifier son existence (sans parler de bugs parfois rédhibitoires). Le scénario se suit, mais ne m’a jamais happé, et l’ambiance mafieuse que j’attendais reste étonnamment tiède. A recommander uniquement à ceux qui veulent faire Mafia II pour la culture, pour son ambiance musicale, ou pour ses quelques missions sortant du lot. A éviter si vous cherchez un jeu d’action satisfaisant, un monde ouvert vivant, ou un remaster qui respecte le joueur. Pour ma part, je vous conseille plutôt Mafia : Definitive Edition (2020), nettement plus abouti.