Oh non. La malédiction continue. Encore un article sur un produit dérivé du fameux comics de Stan Lee et Steve Ditko. Pire, c'est un titre open-world. Quinze heures de jeu étalées sur trente-cinq kilomètres carrés. Faites semblant d'être enjoués, true believers, car tout ceci prend place dans une autre continuité séparée de celles que vous connaissez. Oui, une de plus. Vous avez visiblement assez de place dans votre caboche pour caser une autre version contradictoire des aventures de Peter Parker. J'veux dire ; qui aurait envie d'utiliser ses capacités mnémoniques à bon escient. L'on a des téléphones pour ça ; de nos jours. Vous manquez de place ? Pas grave. On va se séparer de ces rares souvenirs heureux qui vous restent de votre première petite amie. Vous savez, celle qui était belle. Dites-lui au-revoir. C'est le seul moyen. Faudra caser tout ceci car après la continuité des comics, du cartoon, des trois premiers films, du reboot des comics dont la série ne s'est jamais remise, de l'autre cartoon tiré des films diffusé sur MTV, des films rebootés devenus synonymiques du mot échec dans le domaine corporate, ou même celle du MCU... voici celle des jeux exclusifs aux consoles Sony. Enfin ! Il était temps ! Un autre univers inutile où des personnages que vous connaissiez autrefois sur le bout des doigts sont exploités de manière novatrice pour plaire à un public moderne de gogos qui n'ont jamais lu un comics de leur vie ! Ils ont Miles Morales ! Ses pouvoirs viennent de nulle part ! C'est un hacker au grand cœur pris au centre d'une tragédie qui le rend profond, respectable, sympa, souriant, doté d'un sens de l'humour consensuel et autres caractéristiques traditionnellement associées aux personnages sans défaut que les scénaristes se sentent obligés de produire pour remplir les quotas de diversité exigés par Marvel car – je ne sais pas si vous le saviez mais c'est son principal argument de vente – il est noir ! Ouais, noir ! Peut-être même latino ! Enfin ! Une version de Doctor Who pour mon beau-fils mulâtre ! Dans ma maison les héros sont réduits à leur sexe et à la couleur de leur peau car la qualité des idéaux qu'ils représentent passent toujours après des qualités superficielles censées apaiser les malades de l'internet ! Ouaiiis !
Sans surprise ce jeu doté de l'un des titres les plus redondants de l'histoire de l'humanité – la Maison des Idées prétend depuis quelques années ne plus être un éditeur de comics mais bel et bien une marque lifestyle ce qui m'amène à penser que l'un ou l'autre de leurs décideurs ne comprend pas vraiment que l'intégralité de leur business-model actuel tourne autour d'un effet de mode – met en scène les aventures improbables d'un jeune homme juste un peu moins juvénile que celui que vous pouvez voir sur grand-écran lors de ses galipettes nocturnes où il exhibe chaque recoin de son anatomie dans un justaucorps de lycra. Ce n'est pas sale. Cela m'amène cependant au premier réel paradoxe de toute cette affaire. Notre Peter Parker est plus vieux que celui d'Homecoming. J'estime son âge aux alentours de vingt-huit ans. Ce qui est idéal, en fait, quand on y pense. Mais... l'homme ne mentionne jamais Gwen Stacy, n'a jamais affronté le Gobelin Vert et semble stupéfait quand son patron Otto Octavius commence à devenir maléfique sous l'emprise d'un implant censé lui permettre de contrôler des membres assez similaires à ceux d'un poup... d'un plou... d'un pulp... d'un poulpe. C'est paradoxal, tiens, pour utiliser mon expression favorite. Car vous et moi sommes censés admettre que le plus gros des douze dernières années ont été passées à se défaire d'ennemis secondaires tels que Mysterio, le Vautour, Shocker, ou même Le Lézard. Ce qui n'a rien de grave, hein, mais quant on pense au fait que toute version plus ou moins respectable du personnage est construite sur la double tragédie de la perte de son Oncle Ben et de celle de son amour de jeunesse... cela veut donc dire que l'on devra se farcir un long arc narratif où Peter rencontre une jeune femme fabuleuse avant d'en tomber amoureux puis de la voir tomber du haut d'un pont dont le nom m'échappe sous l'impulsion d'un rouquin d'un certain âge engoncé dans un costume d'Halloween réalisé par Oscorp. Cela pourrait prendre quelques jeux. Deux, peut-être ? Vous y serez jusqu'aux alentours de 2025. Mais ne vous inquiétez pas, hein, Miles Morales viendra à la rescousse de la donzelle en danger car l'enchaînement des événements censés constituer le quotidien du tisseur a été profondément foutu en l'air pour réaliser ce titre ! Peut-être même que Spider-Gwen sauvera Miss Stacy car c'est trop random, lol ! Oh ! Oh ! Oh ! J'viens d'avoir une idée ! Elles pourraient finir en colocation! Imaginez le sitcom que cela pourrait donner car personne ne saurait précisément laquelle est laquelle tandis qu'elles tentent de vivre à deux une seule exis... Dan Slott me fait signe qu'on peut pas, en fait, car il a déjà prévu cette idée pour le mois prochain. C'est un univers alternatif où Peter Parker n'a pas les pouvoirs de l'Homme-Araignée mais l'intégralité de ses personnages secondaires les ont. Même Jolly Jonah Jameson. Pas de chance. C'était pourtant une tellement bonne idée. On aurait trop pu finir CEO de Lucasfilm avec des idées pareilles. Le monde est vraiment trop inzuste.
Ouh. Je me laisse tellement emporter par mes parodies cinglantes sur l'état actuel de Marvel qu'il m'est presque impossible de me concentrer sur le fait de critiquer ce titre open-world assez quelconque. Commençons par le principal : le mécanisme de web-swinging est très cool. Ce n'est pas une surprise. Mais l'idée de pouvoir vous déplacer d'un coin à l'autre d'une portion minuscule de New-York aux commandes du fameux scientifique/ingénieur/culturiste/photographe/philantrope vous donne vraiment un sentiment indescriptible... qui consiste à se demander pourquoi un mec aussi doué n'a pas simplement inventé un jet-pack. J'veux dire, d'accord, le type s'appelle Spider-Man. C'est ça le concept. Mais l'idée date des sixties. Une époque où il était un petit geek à lunettes doté d'un kit du parfait petit chimiste dont les quelques principes actifs pouvaient – et cela sans que personne ne tombe jamais dessus – être mélangés afin de produire une colle ductile d'une force phénoménale. L'homme est devenu de nos jours un génie omnidirectionnel sous l'impulsion de scénaristes incompétents. Il pourrait aisément faire mieux que de se propulser d'un toit à l'autre par le pouvoir de ses thwips. C'est loin d'être pratique. Pire, c'est très lent. Si l'on pense aux nombreux morts qu'un retard doit occasionner dans le travail d'un super-héros de voisinage... deux mots viennent soudain à l'esprit. Jet-pack. Il pourrait même conserver ses lance-toiles pour l'aider dans ses combats, tiens, ou a tourner les coins des divers embranchements que comporte la Ville aux Milles Noms Pompeux dont Aucun ne Retranscrit l'Odeur. M'est avis que c'est ce qu'aurait voulu Oncle Ben. Vous savez à quel point il était porté sur la célérité. C'est marqué sur chacune de ses boites ! Ohhh ! Blague sur le riz, mothaf**kaaaa ! C'est toujouuurs un succèèès !
Fichtre. Je devrais être scénariste spécialisé dans la blague facile. Cet enchaînement était magistral. Un peu – attendez, je dois regarder des deux côtés de la route avant de traverser – comme ceux du titre Spider-Man. Ce qui semble parfaitement normal : le système de combat est un décalque fonctionnel du meilleur de celui de la série Arkham Asylum et de quelques mécanismes volés aux titres inspirés par Devil May Cry. Surtout ceux qui tournent autour du fait de propulser un personnage en l'air avant de le rouer de coups tandis que les lois de la gravité semblent l'oublier momentanément pour une raison qui m'échappe. L'ensemble est fonctionnel, quoique loin d'être novateur, et m'amène à penser que cela doit bien être la septième fois que je suis obligé de critiquer un titre dont les créateurs ont décidé qu'en ce qui concerne le combat il suffisait de repiquer ce qui avait fonctionné chez Rocksteady. Ce qui pose pourtant un petit problème de power-level. Voyez-vous... il est parfaitement normal pour Bruce Wayne de peiner à abattre péniblement des malfrats de bas-étage en employant toute la puissance que lui a conférée ses efforts dans le culturisme. Il est plus ou moins du même niveau que ses ennemis. Son talent de guerrier fait la différence. Peter Parker, par contre, est censé pouvoir soulever l'équivalent de dix tonnes. Ces statistiques sont officielles, au fait, et cela même s'il est convenu que Spidey est un poil trop sympa pour utiliser la pleine puissance de son corps radioactif contre ses ennemis. Tout ceci ne change rien au fait qu'il devrait aisément triompher des hommes de main contre lesquels il se bat – au prix de grandes difficultés, d'ailleurs – tout au long de ce titre. Au pire, pour être réaliste, il devrait les mettre en déroute d'un seul coup de poing mesuré en s'assurant qu'ils souffrent le moins possible tout en se foutant abondamment de leur tronche dans une tentative d'intimidation basée autour d'une forme d'humour presque drôle. Même un humain doté d'une armure technologique comme celles des troupes de Silver Sable ne devrait pas nécessiter plus que quelques coups bien portés pour tomber au sol comme une maquette mal terminée. Mais... bon, vous l'aurez compris l'intégralité des combats qui vous sont ici proposés consistent en une débauche de mouvement où votre personnage faiblard s'escrime pour parer des coup que son Sens d'Araignée devrait éviter automatiquement tout en attendant patiemment qu'une jauge se remplisse avec que vous puissiez vous fendre d'un finisher. Au fait, mention spéciale au grand moment de ridicule que représente l'animation où Peter se rue sur un ennemi afin que celui-ci l'aide à exécuter un Hurricanrana sur sa petite personne. Très moderne.
Ce qui nous amène au scénario. L'effondrement de l'empire du crime de Wilson Fisk entraîne l'avènement d'une guerre des gangs dans laquelle évolue un personnage mystérieux mais dépourvu d'intérêt nommé Mister Negative. Or, si ça c'est pas une coïncidence digne d'un scénario de Stan Lee, l'homme n'est autre que l'employeur de Tante May. Simple, efficace, limite correct. Surtout si on évite de réfléchir au fait qu'en Amérique une septuagénaire doit bosser dans un centre pour sans-domicile fixes pour éviter d'en devenir une elle-même. Autant remarquer au passage que c'est clairement un Spider-Man de l'époque Dan Slott qui vous est proposé et cela même si cela ne va pas dans les excès limite insupportables de ces dernières années. Vous n'êtes pas au centre d'un barrage de blagues catastrophiques écrites par un scénariste dont l'intérêt pour le personnage a décliné de manière dramatique après les premières années d'un règne pourtant en passe de devenir le plus long de l'histoire de cette publication. (Il a d'ailleurs participé à l'élaboration des grandes lignes scénaristiques du titre.) Faudra donc s'attendre à passer plus de temps dans de longues discussions forcées censément drôles où Yuri Watanabe vous donne des ordres qu'à prendre des photos pour le compte du Daily Bugle. En parlant de journalisme, tiens, il semblerait que Mary-Jane soit maintenant pigiste/présentatrice pour le fameux torchon local. Une idée intéressante mais qui l'amène étrangement à jouer de sa position par une série de mensonges de plus en plus éhontés afin d'obtenir des passe-droits toujours plus conséquents que vous avez le plaisir de constater dans des séquences furtives minables. Serait-ce là l'opinion que le public a du journalisme ? La discipline serait-elle maintenant tellement méprisée que ce trait doive être transféré à l'un des personnages secondaires ? Dur à dire. Mais il faut bien admettre que le photo-journalisme étant devenu le domaine du paparazzi depuis plus de trois décennies le fait d'éloigner Peter de ce genre d'activité semble logique. Une partie de moi pense que c'est un sacrilège d'utiliser cette occasion pour faire de Mary-Jane Watson – l'un des rares personnages dotés d'un sens de l'honneur inflexible de l'univers Marvel – une Machine à Mentir. Mais... peut-être que ce sera son identité de super-héroïne dans le prochain épisode.
Dire d'un titre comme celui-ci qu'il me laisse dubitatif serait un doux euphémisme. J'apprécie certains de ses efforts. Les graphismes sont magnifiques. Les doubleurs sont excellents. Limite meilleurs que les acteurs choisis pour tenir les mêmes rôles dans le MCU. Même le gameplay peut se targuer d'être fin et efficace bien qu'inspiré des titres récents sortis dans ce domaine d'activité. Pourtant... une portion de ma petite personne trouve ce titre très générique bien que très solide.