Pour bien comprendre mon avis sur Spider-Man 2, il faut d'abord saisir mon rapport à la franchise. J'ai toujours apprécié l'Homme-Araignée, d'abord car contrairement à Batman qui effleure à peine son origine, Peter Parker nous dévoile sa genèse dans les moindres détails, créant ainsi une mythologie accessible à tous. Ensuite, pour l'aura mythique de ses premiers films (nostalgie et efficacité scénaristique obligent, loin des récents méli-mélos du MCU), pour le fantasme absolu que représentent ses déplacements, mais surtout parce qu'il est sans doute le super-héros auquel il est le plus facile de s'identifier.
Pourtant, la direction prise par la licence ces dernières années, et particulièrement dans les jeux vidéo, me posait problème. Tout est devenu beaucoup trop lisse. On baigne dans un moralisme constant : il faut être irréprochable, s'engager pour sa communauté, sourire à tout le monde et vaincre les méchants stéréotypés. À cause de cette volonté de sauver tout le monde sans jamais égratigner personne, Spider-Man (2018) et surtout son stand-alone Miles Morales finissaient par m'inspirer un terrible ennui.
C'est donc avec une grande méfiance que j'ai lancé ce second opus. J'avais peur de retrouver une histoire édulcorée, de perdre mon temps, et de soupirer en écoutant les monologues à la fois bavards et vides de sens de notre protagoniste. Et pour être honnête, les premières heures de jeu m'ont donné raison. Avec un antagoniste qui m'a d'abord semblé cliché, des mécaniques copiées-collées des précédents opus (à l'exception bienvenue du deltaplane) et des quêtes annexes insipides (arroser des plantes, assembler des molécules, jouer avec des abeilles robots...), mes doutes se confirmaient.
Mais les heures suivantes m'ont rapidement fait changer d'avis. D'abord grâce à l'histoire, écrite avec beaucoup plus de soin et évitant de sombrer dans le nanar. Je ne m'attendais pas à voir une telle distance se créer entre nos deux héros, qui sont pourtant le cœur même du jeu et de sa promotion. Ce froid impacte même le gameplay de manière subtile : si l'on croise parfois l'autre Spider-Man lors d'un crime de rue en début de partie, cela n'arrive plus du tout pendant leur période de conflit. J'avoue que cela m'a cueilli ; je m'attendais à ce qu'ils restent les meilleurs amis du monde envers et contre tout, mais il n'en est rien. La longue descente aux enfers de Peter, sous l'emprise du Symbiote, est captivante. On se demande jusqu'où il ira et comment il pourra s'en sortir, d'autant plus que le jeu n'hésite pas à le rendre psychologiquement violent avec ses proches. Enfin, l'arc narratif liant Harry à Venom s'avère épique, porté par un character design diablement efficace.
La mise en scène a elle aussi franchi un cap impressionnant. Les cinématiques sont magistrales sans jamais trop en faire, dégageant une intensité et un style fous grâce à la synergie chorégraphiée des deux héros. On se croirait véritablement au cinéma. J'ai d'ailleurs été bluffé par la transformation de New York après que Venom ait mis la main sur la météorite. Voir une grande partie de la ville recouverte de lianes symbiotiques, avec ses rues et ses toits devenus hostiles, est un régal visuel. Je tire mon chapeau aux développeurs pour le travail abattu sur cette phase du jeu qui, paradoxalement, ne dure qu'une ou deux heures.
Autre excellente surprise : la difficulté. Moi qui trouvais la licence plutôt facile jusqu'ici, je suis mort à plusieurs reprises face aux boss, ce qui est rare pour moi dans ce type de production. Même les objectifs annexes consistant à détruire les nids de symbiotes offrent des pics de tension qui m'ont donné envie de tous les terminer pour le challenge.
Bien sûr, le jeu n'est pas exempt de défauts. On retrouve encore par moments ce vernis beaucoup trop lisse, incarné à la perfection par le podcast de Danika, d'une positivité et d'une bienveillance à s'en endormir. Les phases d'infiltration avec MJ sont malheureusement de retour ; elles sont d'un ennui mortel et d'un manque de réalisme flagrant, bien que, Dieu merci, elles soient courtes. Quelques crashs et ralentissements sont également à signaler, même si l'optimisation globale reste solide. Enfin, je pointerais du doigt un réel manque de contenu de fond. Bien qu'il y ait une pléthore d'objectifs sur la carte, on aurait aimé de véritables quêtes secondaires dotées de leur propre profondeur narrative, de vrais bonus d'histoire, et pas seulement des checklists de collectibles.
Je ressors donc de ce Spider-Man 2 surpris. Surpris par son évolution face à ses prédécesseurs, surpris par sa mise en scène grandiose, surpris par ses partis pris scénaristiques, et surpris d'aimer toujours autant me balancer à toute vitesse entre les gratte-ciel. C'est un jeu marquant, qui m'a redonné foi en la licence pour un futur Spider-Man 3.