Mass Effect: Legendary Edition (2021) constitue sans doute ce qui est arrivé de meilleur à cette franchise mythique depuis la sortie officielle de chaque épisode de la trilogie. Évitons d’évoquer ici le désastre qu’a été Andromeda (2017). Certes, cette compilation n’est pas exempte de reproches, certains bugs et anomalies n’ont pas été corrigés malgré les années. Pour les nostalgiques comme moi ou pour les novices, il demeure toutefois préférable de découvrir la saga par ce biais : visuels modernisés en haute définition, ensemble des contenus additionnels inclus, transfert automatique des sauvegardes d’un épisode à l’autre (chose loin d’être évidente à l’époque). L’obligation d’installer l’application EA alors que l’on achète le jeu sur Steam reste agaçante, mais en faire un frein majeur serait exagéré. Cessons un peu la chialerie.
Il est vrai que cette édition n’offre aucune refonte substantielle des mécaniques d’origine notamment avec la conduite du Mako qui reste approximative, les interfaces peu ergonomiques, les combats et le système de couverture toujours aussi frustrants. En somme, il s’agit d’une remise à niveau presque exclusivement visuelle, qui rend accessible au plus grand nombre cette odyssée galactique en réunissant les trois opus culte et leurs extensions. Une fois ce constat posé, que faire ? Rien. On achète, on joue, et on ferme sa trappe.
Pour ma part, j’ai pris un plaisir immense à sillonner à nouveau la galaxie aux commandes du Normandy, avec ce bon vieux Shepard qui distribue des patates de forains dans la gueule des journalistes... La bonne époque ! J’avais vingt ans en 2007, lors de la sortie du premier épisode. Tout est dit. Mes souvenirs s’inscrivent dans un contexte que je qualifierais de plus doux et naïf qu’aujourd’hui : une industrie du jeu vidéo encore en pleine maturité, où les consoles de salon (Xbox 360, PlayStation 3) ambitionnaient de conquérir un public plus adulte. C’était l’époque des grands récits solo, des investissements colossaux pour l’époque, d’une volonté farouche de transcender le médium vers le cinéma ou la littérature. Les prémices existaient déjà sur PlayStation 2 ou Xbox première du nom, mais cette génération marque pour moi le véritable passage à l’âge adulte du jeu vidéo.
Bioware avait des ambitions démesurées avec le premier épisode, compte tenu des contraintes techniques de l’époque. Il a fallu consentir des sacrifices dès le deuxième : recentrer le récit sur l’équipage du Normandy plutôt que sur la bataille galactique à grande échelle. Le propos avance moins sur le conflit intergalactique au profit d’une narration plus intime. Cela se ressent dans le rythme et dans le gameplay notamment à partir de Mass Effect 2. Chaque épisode a ses forces et ses faiblesses, aucun n’est franchement inférieur aux autres. Chacun a apporté sa pierre à l’édifice :
- Mass Effect 1 (2007) : l’ambition totale, exploration planétaire en Mako (aussi exaltante qu’exaspérante), l’univers autour des Moissonneurs d’une grande richesse, romances personnalisables, classes de personnage aux builds variés, un design des différentes races franchement réussi et convaincant. En revanche, des combats rigides, quêtes sur la Citadelle interminables et chiantes, Mako incontrôlable et exploration des planètes redondantes.
- Mass Effect 2 (2010) : le virage vers l’intime avec une dimension plus orientée action, des combats affinés, quêtes de loyauté intéressantes (Jack, Garrus, Wrex), mission suicide magistrale avec des répercussion fortes en cas de mauvais choix, de superbes DLC, dialogue nanardesques parfois très drôles. Mais : moins d’ampleur galactique, un récit qui patauge dans la semoule pendant 30 heures, mini-jeu d’extraction lourdingue et inutile, dialogues franchement nanardesques un peu malaisants. Les prémices du féminismes/wokismes pointent le bout de leur museau putride.
- Mass Effect 3 (2012) : l’apothéose (et la controverse) avec une épopée finale où les choix de la trilogie portent leurs fruits, l’extension « Citadelle » magistrale où l’on passe du temps avec ses amis (virage intimiste confirmé à 200%), guerre totale et tragique contre les Moissonneurs avec une fin inattendue. Points noirs : des combats fatigants vers la seconde partie du jeu (des vagues ininterrompues d’ennemis), on joue un peu en mode pilote automatique dans le dernier tiers, fin qui divise la communauté même si cette extension ajoute une fin supplémentaire un peu plus satisfaisante. Discours moralisateur sur les sujets moraux progressistes poussent encore davantage au portillon (même si nous sommes à des années lumières des jeux récents).
En conclusion, procurez-vous cette édition sans hésiter (souvent en promotion à prix dérisoire). Plongez-y, romancez Tali ou Liara pour les chicoter avant l’assaut final, sauvez la galaxie comme un chad et ne laissez personne vous emmerder. C’est ça Mass Effect, des situations loufoques, de l’épique, un univers très bien écrit et profond, une belle réalisation technique et visuelle même en 2026, une bande son mémorable. Rejouer ces opus m’a ramené à mes vingt ans, à cette époque où le jeu vidéo osait enfin rivaliser avec les grands récits cinématographiques tout en conservant un solide gameplay, à la bonne époque de la Xbox 360. Dans un paysage actuel saturé de services en ligne éphémères, cette trilogie solo incarne ce que le médium offre de plus noble et intemporel. Pour les amateurs de belles histoires comme The Last of Us Part I ou de choix aux conséquences profondes comme Baldur’s Gate 3, c’est un pur bonheur nostalgique et une jolie preuve qu’un studio jadis au sommet peut devenir une fosse à merde en seulement quelques années. Mass Effect 4 arrive bientôt semble-t-il, nous verrons bien, mais je reste circonspect. Merci Bioware, aurevoir Bioware.