Après avoir vengé sa famille en tuant les créateurs du Valkyr et la belle Mona Sax en tuant le traître Vladimir Lem, Max Payne a quitté la police pour le Brésil, où il s’occupe désormais de la protection privée d’une richissime famille. Lui qui souhaite tirer un trait sur le passé, c’est pourtant le business as usual qui va reprendre, entre gangs ultra-violents, flics corrompus et intrigues politiques...


La saga Max Payne, c’est d’abord un monument de la PS2, qui n’est pas célèbre seulement pour son héros en veste de cuir ou son fameux bullet time à la Matrix. C’est aussi un style original et travaillé, des dialogues qui font autant mouche qu’une balle de 9mm. Mais Max Payne, c’est surtout un jeu entièrement construit autour de la déchéance de son héros, une loque poursuivie par ses fantômes, errant dans les pires limbes de New-York (ou de son propre esprit en miettes). Un chasseur écorché par la vie, rongé par l'envie de vengeance, sans cesse en quête de proies car finalement, c’est la seule chose qui l’empêche de se mettre lui-même une balle dans le citron. Sur le plan physique comme psychologique, c’est un peu une plongée dans les abysses de l’horreur humaine, et aucune lumière à l’horizon.


Ceux qui ont joué aux deux opus précédents en seront quittes pour une bonne surprise. Max Payne 3 a de quoi surprendre : un déluge d’action non-stop (ça ne s’arrête vraiment jamais), une séance de shoot à la mitrailleuse depuis un bateau, des cascades, plein de trucs pétés, des explosions en série : Max Payne semble avoir subi une Resident Evil-isation, en s’expurgeant de son excellente ambiance et en misant tout sur le bourrinage testostéroné. Exit le mec torturé dans l’hiver new-yorkais, exit l’ambiance film noir des années 50, on dirait plutôt que Justin Lin ou Michael Bay ont profité du passage à la HD afin de prendre les rênes du projet...


Pour éviter de trop ressembler à un Fast Furious 5 sans bagnoles, Max Payne en fait des tonnes sur l’humour spirituel et caustique du héros (il parle autant qu’il tire, ce qui n’est pas peu dire, vu le nombre de cadavres qu’aligne le jeu). Choix incompréhensible parmi d’autres, le remplacement des scènes style roman-photo par des tas de cinématiques qui font songer à un clip d’électro sous acide, ains que quelques lignes de dialogue qui s’affichent à côté des personnages. Le fameux thème au violon de Max Payne, repris tel quel, mais avec des percussions brésiliennes (si, si) donne à lui seul une idée du malaise ressenti devant cette sauce qui ne prend décidément pas. Le jeu s’est modernisé, ça oui, pour ça... Mais il fait plutôt penser à une modernisation sous la même dose de scotch et tranquillisants que prend le père Payne. Au moins sur ce plan, y’a un lien artistique de tissé.


Quid de la jouabilité ? Car l’intérêt de Max Payne, c’est aussi son système de combat unique. Le bullet time a été conservé, et le jeu nous gratifie de quelques nouveautés, dont une roue des armes (bien plus pratique) et la possibilité de se soigner automatiquement en tuant un ennemi qui voulait vous faire la peau, sous réserve que vous ayez des tranquillisants bien sûr. Cependant, l’approche est assez différente : dans les deux premiers opus, c’était la rapidité et la connaissance du terrain qui déterminaient le succès, ici c’est clairement la précision et l’audace. Surtout, Rockstar a introduit un système de couverture, ce qui rend le concept même d’un gameplay à la Max Payne caduc. Malgré tout, le challenge en mode difficile (qui oblige à violer le bullet time et à utiliser la couverture le plus souvent possible) va vous en faire baver comme il faut. On ne peut pas accuser la saga d’avoir cédé aux sirènes du casual.


Oui, car il y a du bon dans ce jeu, du très bon même, il faut rendre César ce qui est à César. D’abord, sur l’ambiance : la cruauté de São Paulo, la moiteur tropicale, la pluie battante alors qu’on infiltre un port... Tout ça est assez sympathique et aurait mérité d’être bien plus exploité, d’autant que les graphismes sont beaux et les scènes d’action très bien retranscrites. Au-delà du rythme, très soutenu, Max Payne reste pour le coup fidèle à sa tradition du détail, sur PS2 on pouvait déjà voir chaque douille tirée par le bonhomme). Si Rockstar avait bossé une ambiance digne de ce nom, le jeu aurait été grandiose. Au lieu de ça... Entre la roue des armes, l’action, les couvertures, on a surtout l’impression que le studio à l’étoile nous a servi un GTA V en primeur, sans la carte, sans le monde ouvert, sans les activités, sans le grandiose, sans presque tout en fait, d’où un gros arrière-goût de film d’action peu inspiré... Même l’histoire, pas foncièrement plus développée que celle des volets précédents, paraît sans grand intérêt.


Souvent présenté comme une suite, ce Max Payne troisième du nom est en réalité un reboot, tant il a peu à voir avec ses prédécesseurs. En définitive, le jugement final qu’on lui portera est une question de point de vue, comme disait le regretté Ben Kenobi. Soit on considère que c’est un jeu vidéo d’action, auquel cas il est plutôt bon, soit on considère que c’est un Max Payne, et là...


C4r4mel
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le 20 oct. 2025

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