Rien ne symbolise mieux Mixtape que cette descente vertigineuse en skateboard en guise d'introduction – un instant fugitif, aussi bref que futile, gagné par l'euphorie, à l'image d'un été adolescent. Le décor file à toute vitesse, la vie aussi ! Si Mixtape ne se joue pas réellement, un coup de stick par-ci, une vague pression de touche par-là, et qu'il porte davantage ses joueurs et ses joueuses comme le ferait une magnifique partition, c'est parce qu'il matérialise l'insaisissable, des moments vaporeux, éphémères de l'existence, des émotions trop fortes, des rires et des pleurs difficiles à rattacher au réel. Tout cela est trop flou pour être parfaitement incarné. Mixtape se présente effectivement telle une capsule hors du temps, un souvenir presque universel, enrobé de merveilleux, ici transportée par son trio de personnages nostalgiques avant l'heure, conscients qu'une page se tourne. Plus rien ne sera jamais plus comme avant pour Stacey Rockford, qui part vivre à l'autre bout du monde, et pour ses meilleur·es ami·es, Van Slater et Cassandra Morino, à l'inverse coincé·es pour toujours dans leur petite bourgade californienne. La vie est injuste, et Van Slater est peut-être le premier à s'en apercevoir quand il referme, ce qu'il sait être la dernière fois, la porte de la chambre de sa meilleure amie. Il jette un coup d'œil furtif à l'intérieur de la pièce, soupire et CLAC ! C'est la fin !
En tout cas, ça aurait certainement dû l'être, tant ce premier acte, sur trois – un pour chaque personnage –, capture le mieux le tragique du passage à l'âge adulte. L'esprit de la fête à venir – la dernière, une fois de plus –, prend le dessus sur l'écriture. Elle s'immisce dans la relation des héros, casse leur alchimie, leur dicte comment agir. Stacey, Van et Cassandra ne cherchent plus à figer le temps, à immortaliser l'impossible en se remémorant leurs faits d'armes passés, mais se mettent en quête de boissons alcoolisées. C'est tout ce qui compte désormais, et les nombreux échanges entre les personnages ne cesseront de le rappeler. Le trio n'existe plus, ne reste que la fête. Mixtape, malgré ses moments volés qui émaillent l'expérience du début à la fin, n'a très vite plus grand-chose à raconter. Le titre de Beethoven & Dinosaur n'est alors plus qu'une succession de mini-jeux pas toujours très inspirés. Un chef-d’œuvre manqué, tout simplement !