Sur le temps de trois soirées, mon épouse et moi avons fait Mixtape. Enfin « nous » : je l'ai regardée jouer pendant l'intégralité du jeu. Elle a vraiment accroché de A à Z et c'était pour moi un merveilleux spectacle de voir quelqu'un qui n'a vraiment aucun intérêt pour le JV sortir des phrases comme « il est fou ce jeu » ou encore « c'est tellement juste comme il raconte son histoire ».
Très difficile de dire l'avis que j'aurais eu si j'avais fait l'expérience en solo. Même si je suis certain que plus on a de jeux en tête, plus on est capable d'apprécier les jeux pour leur spécificité et de déceler leurs réelles forces et faiblesses. Toutefois, je pense qu'on perd la capacité de s'émerveiller de ce fabuleux média de manière holistique — comme un tout, en gros. L'œil expert a parfois tendance à trop s'attarder sur les détails en perdant de vue l'ensemble.
Pour revenir à Mixtape, je pense que j'aurais été vite agacé par le gameplay bien trop permissif et ennuyé par les pièces où l'on erre à chercher des objets avec lesquels interagir. J'aurais trouvé ça fait et déjà vu. Mais ma compagne, elle, a été absolument prise par ce gameplay qui n'est finalement utile que pour « faire avancer l'histoire ». La permissivité du gameplay, c'est justement ce qui lui a permis de passer le gatekeep de la frustration. C'est aussi le premier jeu où la gestion de la caméra avec le stick analogique droit n'a pas été une galère sans nom. On oublie que la gestion de la caméra n'est pas une évidence.
Pour parler du jeu et de sa narration : oui, c'est juste, le jeu capte à la perfection ce moment incroyable où l'on sort de l'adolescence. Je me suis évidemment reconnu dans ce personnage de Stacey et son obsession de faire « la mixtape parfaite ». C'est une idée très romantique qu'on vivra un moment parfait où la musique et le monde extérieur s'alignent parfaitement et rentrent en osmose. Et surtout, quelle playlist… que des morceaux pratiquement inconnus qui sont tous géniaux à leur manière. Ça me rappelle ma jeunesse où j'allais écouter en magasin et où le vendeur m'amenait des disques. « Si t'aimes The Cure, t'aimeras Siouxsie, si tu aimes le Velvet Underground, tu aimeras Spacemen 3 »… et la pile augmentait et je ne savais plus où donner de la tête.
Évidemment, il y a un souci avec Mixtape : il m'a rendu carrément nostalgique et m'a donné envie de dire « c'était mieux avant ». Oui, ça me manque, les mixtapes faites par un·e curateur·trice qui y met toute son âme, à une époque où les algorithmes semblent parfois avoir pris ce rôle. Fin de la partie réac'.
Bref, jouer à Mixtape, c'est vraiment une belle expérience qui m'a renvoyé dans le passé d'une façon élégante et juste. C'est aussi un jeu qui a donné envie à mon épouse de faire plus de « soirées jeux vidéo » — et ça, c'est la classe totale.